Dossiers

ETUDES

 

Dans cette partie vous trouverez un certain nombre d'études détaillées visant à vous permettre d'approfondir vos connaissances. Ces pages vous permettront de mieux comprendre les éléments tant sociologiques, psychologiques que pathologiques en rapport avec ces thèmes.

 

Ci-dessous la liste résumée des dossiers disponibles :

Anxiété :

Les traductions physiques et mentales de l'anxiété.

"Serait-ce le prix à payer pour la liberté ?"

Dépression :

Symptômes, facteurs et traitements de ce que certains ont appelé la "maladie de notre siècle".

Angoisse :

La douleur de l'esprit - description des principaux types d'angoisse.

Stress :

Le stress fait désormais partie intégrante de nos vies. Savoir identifier les causes, comprendre les conséquences, et surtout savoir y pallier.

 

Toxicomanie :

Après une longue description (nécessaire) des différents types de drogues, description des aspects psychologiques de la toxicomanie et des traitements possibles.

 

Alcoolisme :

Dépendance à l'alcool : psychopathologie, aspects familiaux et sociologiques, traitements de l'alcoolisme.

 

Adolescence :

"Le conflit est organisateur de la vie - l'absence de conflit est une utopie"

 

Image de la femme :

Importance du facteur socio-culturel sur les représentations sociales du corps de la femme et dans l'émergence des troubles des comportements alimentaires.


 

 

 

 

 

 

L'anxiété

  

 

 

 

L'ANXIETE : UNE NECESSITE ABSOLUE

 

 

Depuis le début de la vie sur terre, toutes les espèces qui ont vécu ou qui vivent maintenant - nous y compris- ont relevé le défi de la survie. L'adaptation biologique est une lutte de tous les instants mettant en jeux nombres de mécanismes, notamment comportementaux.

 

De la bactérie à l'homme, l'anxiété est une réaction automatique normale (réflexe) répondant à la présence d'un danger imminent auquel il convient de réagir (soit en fuyant ou en faisant face d'une quelconque façon) afin de préserver la vie de l'espèce.

 

Il s'agit donc là d'un comportement fondamental dont l'objectif est d'activer l'organisme et le mettre en situation de se protéger contre l'agression ou la menace d'agression.

 

A ce comportement sont associés plusieurs modifications physiques et psychologiques.

 

 

 

L'ANXIETE SE TRADUIT PHYSIQUEMENT :

 

  • Effets biochimiques et neurologiques
  • Effets cardio-vasculaires
  • Effets respiratoires
  • Autres effets physiologiques

 

L'ANXIETE SE TRADUIT MENTALEMENT :

 

  • Les troubles anxieux
  • Anxiété généralisée
  • Phobie sociale
  • Trouble panique
  • Agoraphobie
  • Obsessions-compulsions (" TOC ")
  • Stress post-traumatique

 

 

 

 

Dans les pages suivantes sont détaillées ces modifications tant physiques que mentales qui accompagnent l'anxiété.

COMMENT L'ANXIETE SE TRADUIT ELLE PHYSIQUEMENT ?

 

 

Les effets biochimiques et neurologiques

Quand un danger est perçu ou anticipé, le cerveau envoie un message à une partie du système nerveux appelée système nerveux autonome. Celui se subdivise lui-même en système nerveux sympathique d'une part, et système nerveux parasympathique, d'autre part.

 

Ces deux composantes du système nerveux autonome sont directement impliquées dans le contrôle du niveau d'énergie du corps et dans la préparation à l'action. Pour simplifier, disons que le système nerveux sympathique est le système "faire face ou fuir" qui libère de l'énergie nécessaire pour mettre le corps en condition de réagir au danger, tandis que le système nerveux parasympathique rétablit la normalité.

Le système nerveux sympathique a tendance, dans une large mesure, à être un "système du tout ou rien". Lorsqu'il est stimulé, toutes ses composantes se déclenchent. Autrement dit, soit tous les symptômes se manifestent en même temps, soit aucun d'entre eux ne se manifeste. Il est donc rare que ses effets se concentrent dans une seule partie du corps. Cela peut expliquer la raison pour laquelle la plupart des attaques de panique présentent de nombreux symptômes et non pas juste un ou deux.

Un des effets majeurs du système nerveux sympathique consiste à libérer dans l'organisme deux substances chimiques : l'adrénaline et la noradrénaline, sécrétées par les glandes surrénales situées sur les reins. Ces substances sont utilisées comme messagers par le système nerveux sympathique pour prolonger son effet ; c'est ainsi qu'à partir du moment où l'activité du système nerveux sympathique est déclenchée, elle est prolongée et s'accroît même pendant quelque temps grâce à l'activité des glandes surrénales.

Cette activité est toutefois interrompue de deux façons : premièrement, les messagers chimiques, l'adrénaline et la noradrénaline (des neurotransmetteurs), sont finalement détruits par d'autres substances chimiques présentes dans l'organisme ; deuxièmement, le système nerveux parasympathique (qui réagit généralement en opposition au système nerveux sympathique) se met en branle et rétablit un état de relâchement, de détente de l'organisme.

Autrement dit, l'état d'anxiété ne peut durer indéfiniment et atteindre des niveaux dommageables. Le système nerveux parasympathique est un protecteur interne naturel : il empêche le système nerveux sympathique de s'emballer.

 

Les messagers chimiques (adrénaline et noradrénaline), quant à eux, requièrent un certain délai avant d'être neutralisés par l'organisme. Ainsi, même lorsque le danger est passé et que le système nerveux sympathique a stoppé la réaction, il est fort probable que l'on éprouve encore un peu d'anxiété et d'appréhension pendant un petit laps de temps, car ces substances circulent encore librement dans l'organisme.

 

Les effets sur le système cardio-vasculaire

L'activité du système nerveux sympathique provoque une accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la force des battements. Ces effets sont vitaux pour préparer l'organisme à réagir, car ils contribuent à accélérer la circulation du sang, augmentant ainsi l'apport d'oxygène vers les tissus tout en les débarrassant des déchets de l'organisme.

Il se produit également un changement dans le flux sanguin. En pratique, le sang est détourné des parties du corps d'où sa présence est moins vitale (par une constriction des vaisseaux). Par exemple, le sang est drainé de la peau, des doigts et des orteils.

Cette réorganisation du débit sanguin est fort utile, car si l'organisme est agressé et blessé de quelque façon que ce soit, il y a ainsi peu de risques qu'une hémorragie fatale se produise.

C'est pour cette raison que, lors d'une poussée d'anxiété, la peau devient pâle et froide au toucher, de même que les doigts et les orteils deviennent froids et que l'on ressent parfois de l'engourdissement et des picotements. En fait, le sang est détourné vers les grands muscles tels que ceux des cuisses et des biceps, ce qui est sensé aider le corps à se préparer pour l'action.

 

Les effets sur le système respiratoire

L'anxiété s'accompagne d'un besoin de respirer, de s'oxygéner, accru car les tissus ont besoin d'un apport d'oxygène supplémentaire pour se mettre en condition d'agir. Cette respiration accrue peut toutefois déclencher toute une gamme de symptômes : souffle court, impression de boule dans la gorge, d'étouffement ou de suffocation, et même douleur et oppression au niveau du thorax.

Une intensification de la respiration provoque un autre effet secondaire, surtout si aucune action concrète ne se déclenche : le débit sanguin au niveau de la tête diminue réellement. Bien que cette diminution soit minime et aucunement dangereuse, elle entraîne toute une série de symptômes désagréables (mais inoffensifs) incluant des étourdissements, une vue brouillée, de la confusion, une impression d'irréalité ou de dépersonnalisation, et des bouffées de chaleur.

 

Les effets au niveau des glandes sudoripares

Le déclenchement de l'anxiété provoque une augmentation de la transpiration. Cette surproduction de sueur remplit d'importantes fonctions d'adaptation en rendant la peau plus glissante, plus insaisissable (ancien réflexe destiné à la rendre invulnérable aux attaques de prédateurs) et en refroidissant le corps pour freiner toute élévation anormale de la température du corps (hyperdermie).

 

Les autres effets physiologiques

Un certain nombre d'autres effets sont provoqués par l'activation du système nerveux sympathique. Aucun d'eux ne sont nocifs ou dangereux. Les pupilles, par exemple, vont se dilater pour laisser pénétrer plus de lumière, ce qui peut causer une vision plus brouillée, des points devant les yeux, etc. Il se produit une diminution de la salivation entraînant un assèchement de la bouche. Le système digestif réduit son activité, ce qui provoque souvent des nausées, une impression de lourdeur à l'estomac et même de la constipation. Finalement, plusieurs groupes musculaires se contractent pour préparer le corps à faire face ou à fuir; cette crispation donne une impression subjective ou personnelle de tension pouvant aller parfois jusqu'à des douleurs bien réelles ainsi qu'à des spasmes et à des tremblements.

Dans son ensemble, la réaction d'anxiété provoque une activation générale de tout le métabolisme du corps. Voilà pourquoi certains d'entre nous ont souvent chaud et se sentent congestionnés au niveau de la tête, du visage. Habituellement, parce que cet enchaînement d'effets secondaires exige beaucoup d'énergie, les gens se sentent par la suite fatigués, épuisés, vidés.

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LE MECANISME MENTAL DE L'ANXIETE

 

 

Indépendamment de l'alerte de l'organisme tout entier, l'un des effets majeurs de l'accès anxieux est le détournement immédiat et automatique de l'attention : la vigilance prend les commandes pour scruter les environs afin de détecter toute menace potentielle.

 

Autrement dit, il va donc être difficile de se concentrer sur les tâches quotidiennes. La distraction, l'impossibilité à finir le travail en cours, le manque de concentration et les troubles de mémoire sont choses fréquentes.

 

Lorsque le cerveau ne trouve pas la source extérieure du danger ou de la menace, il réoriente ses recherches. C'est alors que la personne en état d'anxiété se livre à un travail inconscient d'introspection et invente le danger : ainsi, " s'il n'y a rien à l'extérieur qui puisse me rendre anxieux, c'est qu'il doit y avoir quelque chose qui ne tourne pas rond avec moi " .

 

Certaines personnes se disent alors qu'elles sont en train de mourir, de perdre le contrôle ou de devenir folles.

 

Mais alors, s'il n'existe pas de danger ou de menace imminente, pourquoi se met-on dans un état d'anxiété ?

 

Ces symptômes ne sont pas uniquement causés par la peur immédiate. Il semble que des événements liés à l'histoire de l'individu, à son environnement, son mode de vie puissent être en cause. Le stress, la re-souvenance d'événement traumatiques dans certains types de situations vont provoquer une augmentation de la production d'adrénaline et d'autres substances chimiques qui, de temps à autres, déclenchent les symptômes d'anxiété.

 

Si les problèmes d'origine ne sont pas dénoués, il arrive même que les symptômes physiques causés par l'anxiété fassent peur à la personne concernée (c'est le cas dans les crises de panique). S'instaure alors une espèce de boucle infernale dont il est bien difficile de sortir.

 

Selon la théorie psychanalytique, l'anxiété serait la manifestation d'un conflit inconscient, d'une crainte, d'un événement psychologique troublant qui s'est produit durant l'enfance ou l'adolescence. Chez certaines personnes, la manière dont elles ont appris à faire face de façon adaptée ou non aux événements difficiles de cette période de leur vie pourrait entraîner une prédisposition à l'anxiété, avec une réactivation automatique de celle-ci dès qu'une situation évoque l'événement traumatique premier.

 

Les chercheurs en neurosciences quant à eux, soulignent l'importance de l'hérédité et de la biochimie du cerveau et mettraient en cause des déséquilibres biochimiques dans la prédisposition aux troubles anxieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

LES TROUBLES ANXIEUX

 

 

Contrairement à l'anxiété dite " normale " (trac à l'approche d'un examen, peur de l'accouchement, etc…), l'anxiété " pathologique " présente quant à elle un caractère durable, intense et invalidant, révélé sous la forme de tableaux cliniques souvent stéréotypés et désignés sous le terme général de " troubles anxieux ". Les plus fréquents (anxiété généralisée, phobie sociale, agoraphobie, trouble panique, stress post-traumatique, obsessions-compulsions " TOC ",) ont tous la particularité d'être associés à un risque élevé de survenue d'une dépression.

 

 

L'ANXIETE GENERALISEE

Elle est diagnostiquée lorsque les symptômes durent plus de six mois. Ce type d'anxiété débute fréquemment à l'enfance ou à l'adolescence et touche beaucoup plus les femmes que les hommes. L'angoisse y est diffuse et se manifeste par une inquiétude exagérée face au moindre événement de la vie quotidienne. Les personnes qui en souffrent craignent toujours la venue d'une catastrophe dans qu'un danger réel ne soit mis en évidence. Leur famille et leur travail sont pour elles sources d'angoisse. Incapables de se détendre, elles ont de la difficulté à s'endormir et se réveillent souvent la nuit. Même si l'angoissé(e) se rend compte que ses inquiétudes sont exagérées, il/elle est incapable de se raisonner.

Symptômes et signes :

L'anxiété généralisée se manifeste physiquement par des tremblements, une grande tension musculaire, des maux de tête (céphalées de tension) et de l'irritabilité. Elle est souvent accompagnée d'une sensation d'étouffement, de nausées et de réactions physiques variées, telles une transpiration abondante, un pouls accéléré ou une envie constante d'uriner ou d'aller à la selle. Elle entraîne très vite une sensation d'épuisement permanente, des difficultés de concentration et peut évoluer à long terme jusqu'à la dépression.

 

 

LA PHOBIE SOCIALE

La phobie sociale est un trouble grave de l'anxiété. C'est une peur prononcée du jugement des autres. L'exposition aux situations sociales les plus banales de la vie quotidienne provoque de façon systématique une réponse anxieuse pouvant aller jusqu'à l'attaque de panique.

Quelques exemples types de situations anxiogènes pour les phobiques sociaux :

    • Parler en public (sentiment que ce que l'on dit est ridicule ou mal dit, peur de son allure générale ; peur de rougir qui recouvre parfois la crainte d'une faute, en général sexuelle, qui pourrait se lire sur le visage…) ;
    • Manger et boire devant d'autres personnes (peur de faire des bruits incongrus ou de manger salement) ;
    • S'adresser à des personnes non familières, aux supérieurs hiérarchiques (sentiment d'infériorité) ;
    • Passer un entretien pour l'obtention d'un poste (peur d'échouer, de ne pas être à la hauteur) ;
    • Retourner dans un magasin pour un problème d'article non conforme (peur de la confrontation, d'un éventuel conflit) ;
    • Passer devant une ou un groupe de personnes -salle d'attente, réunion, transports en communs, etc…- (peur d'être observé et jugé sur l'allure générale) ;
    • Aller aux toilettes publiques (peur de la saleté)

 

 

 

LE TROUBLE PANIQUE

Ce trouble est diagnostiqué lorsqu'une personne subit au moins quatre attaques de panique en l'espace d'un mois, attaques survenant de manière imprévisible et suscitant la crainte persistante d'une rechute.

L'attaque de panique est un moment d'anxiété très intense qui atteint son apogée en 10 à 20 minutes et dure entre 30 minutes et 1 heure. Elle s'accompagne d'au moins quatre des symptômes ci-après :

    • palpitations, battements de cœur ou accélération du rythme cardiaque
    • transpiration
    • tremblements ou secousses musculaires
    • sensations de "souffle coupé" ou impression d'étouffement
    • sensation d'étranglement
    • douleur ou gêne thoracique
    • nausée ou gêne abdominale
    • sensation de vertige, d'instabilité, de tête vide ou impression d'évanouissement
    • déréalisation (sentiments d'irréalité) ou dépersonnalisation (être détaché de soi)
    • peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou
    • peur de mourir
    • sensations d'engourdissement ou de picotements
    • frissons ou bouffées de chaleur

 

Les symptômes des crises peuvent donc être nombreux et amènent fréquemment les personnes qui en sont victimes à consulter dans les disciplines aussi diverses que la médecine générale, la cardiologie, la pneumologie, l'O.R.L. ou les services d'urgence. En effet, la personne souffrant d'attaques de panique s'y oriente souvent, spontanément, en fonction de la nature des symptômes les plus intenses, même si l'on retrouve, en discutant avec elle, d'autres éléments constitutifs des crises.

 

On ne peut relier la survenue d'une attaque de panique à un traumatisme ou à un facteur déclenchant précis. Ce court-circuit physiologique semble plutôt être le produit de tout un ensemble de circonstances qui ont fini par provoquer une " surstimulation ", voir un dysfonctionnement du système nerveux autonome.

Cela explique pourquoi des gens qui ont manifestement bien géré les vicissitudes de l'existence se retrouvent, à un moment où rien ne le laisse prévoir, broyés par une accumulation de stress dont ils n'avaient pas conscience.

Les attaques de panique peuvent entraîner, par leur répétition, la constitution d'états d'anxiété pathologiques. Les troubles sont souvent accompagnés de phobies invalidantes (agoraphobie) et de complications psychiatriques graves (dépression, alcoolisme, abus médicamenteux).

 



 
L'AGORAPHOBIE

 

C'est la plus fréquente des phobies.

Par essence, elle englobe de nombreuses phobies, parce qu'elle se manifeste par une crainte irrationnelle de nombreux objets et situations. Toutefois, la crainte essentielle est celle d'avoir une crise de panique et de perdre la maîtrise de soi.

On peut dire qu'il s'agit d'une anxiété très forte liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations d'où il pourrait être difficile (ou gênant) de s'échapper et dans lesquelles on pourrait ne pas trouver de secours en cas d'attaque de panique ou de symptômes à type de panique.

 

Les peurs agoraphobiques regroupent un ensemble de situations caractéristiques incluant le fait de se retrouver seul en dehors de son domicile ; d'être dans une foule ou dans une file d'attente ; sur un pont ou dans un autobus, un train ou une voiture.

 

Les situations difficiles sont soit évitées (par exemple : restriction des voyages) soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d'avoir une attaque de panique ou des symptômes à type de panique.

 

L'évitement des situations génère à long terme une totale incapacité des personnes qui en souffrent à voyager, travailler ou assumer leurs responsabilités.

 

 

 

 

 

LES OBSESSIONS-COMPULSIONS

(TROUBLES OBSESSIONNELS-COMPULSIFS " TOC ")

Le terme " obsessionnel " fait partie du langage familier. Il arrive que l'on dise en souriant, lorsque l'on est surpris à ranger trop consciencieusement les objets dispersés sur son bureau avant de se mettre au travail, " c'est mon côté obsessionnel ".

Lorsque l'on parle d'un " trouble obsessionnel ", on décrit quelque chose de très différent, qui est caractérisé par un besoin irrépressible de répéter sans cesse un rituel (compulsion) afin d'empêcher la venue de pensées ou images récurrentes (obsessions) génératrices d'une grande anxiété.

Ce trouble apparaît parfois dans l'enfance mais plus souvent à l'adolescence ou au début de l'âge adulte. Il commence soit de façon très graduelle, soit de façon rapide suite à un traumatisme ou un événement stressant aigu.

Les Obsessions

Ce sont des pensées ou images conscientes pénibles, qui s'imposent à l'esprit automatiquement, de façon répétitive et inappropriée, entraînant une anxiété importante.

Les plus fréquentes se rapportent aux éléments suivants :

 

    • la saleté, les germes (bactéries, virus, champignons, parasites)
    • la peur d'avoir des pensées odieuses sur la sexualité
    • la contamination (maladies)
    • le besoin de symétrie (mettre les objets dans un certain ordre ...)
    • le besoin d'ordre (rangement)
    • la peur de ne pas pouvoir se débarrasser de choses inutiles
    • la peur d'acte ou d'impulsions violentes
    • la peur de l'agression ou d'agresser (écraser quelqu'un avec sa voiture)

 

Les Compulsions

Ce sont des comportements répétitifs (" rituels ") ou actes mentaux que la personne se sent poussée à accomplir en réponse à une obsession selon certaines règles appliquées de façon inflexible.

Ces comportements sont destinés à neutraliser ou diminuer le sentiment de détresse ainsi qu'à empêcher (" conjurer") un événement ou une situation redoutés.

Le soulagement apporté par la compulsion contribue à renforcer et maintenir la maladie.

La personne en souffrance ne peut s'empêcher de réaliser ces actes répétitifs, elle sait que le comportement qu'elle adopte est absurde mais ne peut empêcher son exécution.

 

 

On distingue de nombreuses formes de compulsions :

 

    • le lavage des mains, les vérifications (lumière, porte, gaz) et les opérations arithmétiques font partie des compulsions les plus courantes

on trouve également :

    • la peur injustifiée d'être atteint des maladies graves, de cancer (hypocondrie)
    • calculs mentaux
    • les formules conjuratoires (marcher entre les rainures du trottoir pour conjurer le mauvais sort...)
    • la toilette abusive (prendre plusieurs douches par jour...)
    • les nettoyages excessifs
    • le toucher répétitif des objets
    • le fait de s'arracher des mèches de cheveux (trichotillomanie)
    • le fait de se gratter inutilement
    • le fait de se ronger les ongles (onychophagie)
    • les achats incontrôlés et excessifs (achats compulsifs)
    • les troubles du comportement alimentaire (boulimie/anorexie)
    • l'envie de voler (kleptomanie)

Ces actes répétitifs prennent dans tous les cas plus d'une heure par jour dans la vie de la personne et interfèrent généralement de façon importante avec l'activité professionnelle et les activités et relations sociales habituelles.

 

 

LE STRESS POST-TRAUMATIQUE

Il s'agit d'un ensemble de réactions (ou symptômes) qui peuvent se développer chez une personne après avoir vécu, été témoin ou confrontée à un traumatisme, c'est-à-dire un événement qui ait provoqué la mort ou de sérieuses blessures ou qui impliquait une menace de mort ou de graves blessures et qui ait suscité une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur.

Un tel événement peut être un accident, une agression, un viol, un hold-up, une prise d'otage, un incendie, un tremblement de terre, une inondation, etc.

On parle de stress post-traumatique lorsque la perturbation entraîne une souffrance importante au quotidien et l'altération du fonctionnement social et professionnel de la personne concernée.

Le souvenir de l'événement est souvent d'une extraordinaire précision. Les gens disent revoir la scène comme s'ils y étaient. Les images, le souvenir des cris, des odeurs, etc semblent plus vrais que la mémoire ordinaire.

 

 

Bien que certaines variables personnelles (expériences traumatisantes durant l'enfance, traits de personnalité, troubles mentaux préexistants, etc.) puissent augmenter la probabilité de développer un stress post-traumatique, il semble que le facteur le plus déterminant soit la gravité de l'événement vécu.

Les symptômes de stress post-traumatique sont, de l'avis de plusieurs chercheurs, le résultat de mécanismes d'adaptation de l'organisme.

Par exemple, les symptômes d'hypervigilance et autres symptômes de suractivation physiologique se produisent comme s'il fallait rester en alerte pour s'assurer de faire ce qu'il faut et de prévenir tout autre danger. L'émoussement des émotions et l'amnésie permettent de doser le stress à gérer.

Le problème, quand on ne se rétablit pas, est que ces mécanismes se maintiennent alors qu'ils ne sont plus nécessaires et qu'ils présentent trop d'inconvénients.

Les symptômes les plus caractéristiques du stress post-traumatique sont les suivants :

    • Des souvenirs et rêves répétitifs de l'événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions aussi intenses qu'au premier jour du traumatisme. Chez les enfants, on peut noter des rêves effrayants sans contenu reconnaissable
    • Des impression ou agissements soudains "comme si" l'événement traumatique allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre l'événement, des illusions, des hallucinations et des épisodes dissociatifs (flash-back))
    • Un sentiment intense de détresse psychique lors de l'exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l'événement traumatique (par exemple : dates anniversaires, le temps froid ou le temps chaud, la neige, certains endroits, certaines scènes à la télévision, certaines atmosphères, etc.).
    • Une réactivité physiologique lors de l'exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l'événement traumatique.
    • L'évitement constant de tout ce qui pourrait être associé au traumatisme (pensées, sentiments, conversations) et la réduction nette de l'intérêt pour les activités importantes de la vie quotidienne de même que l'impression de devenir étranger aux autres et démuni de sentiments.

 

 

 

 

 
L'ANXIETE : LE PRIX A PAYER POUR LA LIBERTE

 

 

 

Nos philosophes contemporains se sont interrogés sur un tout autre aspect de l'anxiété : celui de son rapport à la condition d'homme libre.

 

L'anxiété ne serait-elle pas le prix à payer pour entrer dans une société non plus traditionnelle mais démocratique et individualiste, société de compétition forcenée et société où la place de chacun n'est pas fixée à l'avance, où " chacun est condamné à être libre et maître de sa propre destinée" ?

 

La " condamnation à la liberté " pourrait en effet s'avérer anxiogène car le fait d'être protégé par un groupe, d'y avoir une place précise, est en soi rassurant.

 

Emile Durkheim, sociologue, constatait, lui, que le taux de suicide baissait en temps de guerre ou de luttes sociales car en période de conflit, l'individu semble retrouver un rôle à jouer et participe ainsi à une mobilisation collective.

 

L'action et le renforcement de l'identité constituent donc sans nul doute un remède à l'anxiété (et à la dépression, son corollaire).

 

Par rapport aux cultures qualifiées naguères de primitives, qui offrent un monde plus apaisant dès lors que les émotions y sont canalisées par des rites, des coutumes, des places assignées, il semble que l'homme moderne ne puisse plus bénéficier pleinement, quant à lui, du soutien du groupe et ait à porter désormais seul " le poids du monde et de sa condition d'homme ".

 

 

 

 

LA DEPRESSION

 

INTRODUCTION

Omniprésente dans les troubles du comportement alimentaire, la dépression est multiforme. Qu'elle soit décelable au premier plan ou dite " masquée ", elle devra toujours être sérieusement prise en considération et traitée rapidement afin d'éviter une évolution chronique.

Selon une étude du CREDES publiée en 1999, 15 % des français seraient dépressifs. Il est en revanche difficile de dire si cette pathologie est en augmentation, compte tenu non seulement des différences existant dans le type de méthodologie employée mais également dans la nature des déclarations faites par les personnes interrogées qui ont largement tendance à confondre dépression avec anxiété (souvent associées) et dépression avec tristesse, le sentiment de tristesse constituant une réaction émotionnelle normale à la suite de la perte d'un proche ou d'une déception mais ne s'inscrivant pas dans la durée.

I. DEFINITION

L'état dépressif est caractérisé principalement par la persistance d'un sentiment de lassitude et de désintérêt généralisé qui résulte de l'interaction de facteurs organiques, génétiques, psychologiques et sociaux.

L 'évaluation de ces facteurs constitue l'un des grands problèmes auxquels sont confrontées les sciences du cerveau et du comportement.

Il ne s'agit pas d'une faiblesse ou d'un défaut de caractère mais bien d'une véritable maladie ayant des répercussions graves sur l'individu, dont les symptômes sont reconnus et nécessitent fréquemment l'adaptation d'un traitement combiné (anti-dépresseurs/thérapie).

II. SYMPTOMATOLOGIE

La maladie dépressive atteint l'homme et non l'organe. Le comportement habituel du patient cède la place à un autre type de fonctionnement : le comportement dépressif.

Les symptômes fondamentaux sur lesquels s'appuie aujourd'hui le diagnostic de dépression sont les suivants :


Symptômes psychologiques

Tendance à l'inertie

La capacité du déprimé à engager une action est largement entravée. La " mise en route " matinale, par exemple, est difficile. Le temps nécessaire à l'accomplissement de gestes habituels s'allonge. Tout travail devient pesant et demande une attention nouvelle, épuisante venant au détriment des ressources en énergie du sujet, dont l'élocution ralentit jusqu'à ne plus être que l'équivalent vocal d'une démarche traînante. L'activité quotidienne se désorganise progressivement venant ainsi renforcer le sentiment d'incapacité.

Il arrive que ce ralentissement psychomoteur soit " masqué " par l'anxiété, une agitation et une vivacité apparentes qui ont pour but inconscient de dissimuler l'incapacité à agir efficacement. L'anxiété est accompagnée de peur ou de terreur et associée à des manifestations douloureuses bien connues telles que la sensation d'étouffer, la " boule dans la gorge ", des palpitations, des sueurs, une tension musculaire. Dans certains états anxieux aigus, un déprimé dont l'activité n'est que modérément entravée, peut avoir des pensées suicidaires et passer à l'acte.

Le rapport au plaisir

Etonnamment, on constate :

a) Soit que le déprimé est dans l'impossibilité de ressentir réellement les événements qui affectent sa vie. Il n'éprouve plus ni plaisir, ni déplaisir et semble indifférent aux gens et aux choses comme s'il était séparé du monde et abrasait toutes ses émotions. Certains disent " qu'ils ne savent plus aimer ", que " leurs proches leur sont indifférents " ou " qu'ils perdent leurs sentiments ".

b) Soit au contraire une hypersensibilité, les événements quels qu'ils soient le touchant de façon excessive et négative, comme s'il avait la propriété de teinter chaque chose de désespoir, rendant tout insupportablement triste. Ainsi, même les joies de l'existence le font pleurer de chagrin et il n'est plus capable d'en tirer le plaisir escompté.

La perturbation du processus de pensée

L'efficience cérébrale est affectée. On note un ralentissement de l'enchaînement des idées , un affaiblissement de la mémoire, des difficultés de concentration. Le déprimé éprouve fréquemment un sentiment de " vide dans la tête ".

Lorsque la pensée s'emballe, elle " tourne en rond " autour d'un thème forcément douloureux. Il " rumine " des pensées tristes et a fortiori négatives quant à sa propre personne, au monde et à l'avenir.


Passé, présent et futur sont frappés du même sceau négatif et douloureux. Si le déprimé parvient à anticiper l'avenir, ce n'est que pour en donner une représentation sombre ; incapable d'imaginer une amélioration de son état, il projette dans le futur l'image actuelle qu'il se fait de lui-même teintée de désespoir. Cette incapacité à penser le bonheur conduit naturellement le déprimé à vouloir mettre fin à ses jours.


Les troubles de la personnalité

Le déprimé ressent une double incapacité, la sienne en premier lieu, car il s'estime inutile, indigne, " pas à la hauteur ", s'adressant de fait les pires reproches. L'entourage peut, en second lieu, lui aussi être perçu comme incapable : dans ce cas de figure, le déprimé camoufle (toujours de façon inconsciente) le fait d'avoir perdu l'estime de soi par des revendications formulées à l'égard de ses proches qu'il juge responsables de son malheur. Il est d'ailleurs à préciser que la demande affective adressée à l'entourage est souvent considérable. Le déprimé devient hostile, irritable et parfois violent. Se sentant coupable de son agressivité, cela peut, là encore, induire des conduites suicidaires, des troubles du comportement alimentaire (il mange trop ou trop peu) ou d'autres comportements addictifs (achats compulsifs, jeux pathologique, auto-mutilations, sexualité compulsive, toxicomanies, alcoolisme).

Symptômes physiques (ou somatiques)

Ils sont toujours au premier plan de la dépression dite " masquée ".

Les signes généraux

La fatigue (asthénie) est présente dans plus de 90 % des cas, et cette fatigue très caractéristique, est une fatigue matinale. Les déprimés se lèvent fatigués, leur nuit de repos, bonne ou mauvaise, n'a servi à rien. Cette fatigue va aller en s'estompant au cours de la journée mais elle est accompagnée de " coups de pompe " brutaux, avec une sensation d'anéantissement total.

Parmi les autres signes généraux, on note des troubles de la régulation thermique : frilosité et/ou bouffées de chaleur ainsi que très fréquemment des troubles des conduites alimentaires : anorexie ou boulimie.

Les rythmes physiologiques, et notamment le sommeil, sont perturbés par la maladie. Le déprimé se réveille vers deux ou trois heures du matin et éprouve des difficultés à se rendormir. Lorsqu'il finit par se rendormir, il fait des cauchemars épouvantables avec souvent des rêves de chute. Surtout, il se réveille trop tôt par rapport à son horaire habituel. Même lorsque le sommeil est quantitativement peu altéré, sa qualité est médiocre : il perd ses vertus réparatrices et le sujet a le sentiment de se réveiller aussi fatigué qu'il s'était couché.

Lorsque la dépression s'accompagne d'une anxiété élevée, une insomnie d'endormissement vient s'ajouter aux troubles déjà décrits.

Grâce à des enregistrements électroencéphalographiques réalisés au cours de la nuit, on a mis en évidence de profondes altérations dans les stades successifs du sommeil.

Chez un individu normal, le sommeil comporte quatre stades et une phase dite paradoxale, qui se succèdent régulièrement. Chez le déprimé, ce rythme est perturbé : on a notamment constaté un temps de latence dans l'apparition de la première phase de sommeil paradoxal, qui se trouve aussi très raccourcie. Il est possible que ce délai soit en rapport avec l'impression d'avoir mal dormi et d'avoir eu des rêves nombreux et pénibles.

Les signes de localisation

Douleurs chroniques

Ce sont des douleurs sans cause véritable ou dont la cause paraît trop minime pour rendre compte de la persistance des troubles :

- douleurs de la colonne vertébrale au niveau du cou, du dos et surtout de la région lombaire, sans lésions rhumatologiques en évolution. Elles peuvent être déclenchées par un traumatisme minime qui crée une contracture des muscles paravertébraux qui sera entretenue par le cercle douleur/anxiété ;
- douleurs musculaires diffuses ;
- douleurs faciales et dentaires.

Signes vasomoteurs

Ils sont liés à des spasmes des vaisseaux sanguins. Au premier rang, les maux de tête (céphalées) qui peuvent prendre tous les types : en casque ou localisés, rétro-orbitaires, frontaux, migraines vraies localisées sur un côté de la tête. Ils sont permanents ou surviennent par crises.

Les lipothymies ou pertes de connaissance brèves précédées d'un malaise intense avec parfois oppression thoracique, fourmillement des doigts et de la bouche. Ces sujets tombent " dans les pommes " facilement, mais leurs malaises peuvent ne pas aller jusque-là.

Il existe aussi des sensations vertigineuses et des vertiges, des sensations de brouillard et de flou visuel, d'instabilité à la marche, des signes d'hypotension orthostatique (malaises aux changements brusques de position), des troubles vasomoteurs des extrémités allant du refroidissement banal au syndrome de Raynaud (doigts qui deviennent blancs et insensibles au froid).

Signes d'hyperexcitabiltié neuromusculaire

Eux aussi sont liés à l'anxiété :

- crampes musculaires ;
- fourmillements (paresthésies) des mains et des pieds ;
- fourmillements autour de la bouche ;
- fourmillements de la gorge (paresthésies pharyngées) ;
- myoclonies (tressautements musculaires involontaires) ;
- clonies palpébrales (paupières qui sautent ou frétillent).


Signes viscéraux

Ils atteignent les organes profonds et peuvent toucher :

- l'appareil cardio-vasculaire : palpitations, tachycardie, douleurs et oppression thoracique ;
- l'appareil digestif : troubles digestifs divers, pseudo-gastritiques, pseudo-biliaires, pseudo-colitiques, constipations ;
- l'appareil respiratoire : oppression respiratoire pseudo-asthmatique, ou encore sensations de striction laryngée et difficultés de déglutition dont parlent souvent ces malades.

Signes touchant la sphère génitale

Chez la femme
- avortements spontanés ;
- douleurs pelviennes ;
- vaginisme et frigidité ;
- aménorrhées (absence de règles) ; dysménorrhées (règles douloureuses) ;
- cystalgie (douleurs à la miction sans infection décelable) ;
- inflammation des ovaires ;
- stérilité.

Chez l'homme
- éjaculation précoce ;
- pertes séminales ;
- impuissance.

Signes dermatologiques

La peau constitue un des lieux privilégiés où se manifestent les relations entre le physique et l'humeur. Une dépression masquée peut être présente dans bon nombre de troubles divers du revêtement cutané. En effet, la peau participe à l'expression des émotions : on rougit de honte, on devient blanc de colère, on transpire de peur…

De plus, elle exerce un rôle symbolique protecteur représenté par la " frontière " avec l'extérieur et est aussi, sans doute, liée au souvenir de la sécurité apportée par la mère.

Un des symptômes les plus fréquents est le prurit, c'est à dire des démangeaisons persistantes accompagnées du besoin continuel de se gratter. Ce type de prurit est très souvent pur, sans manifestations cutanées objectives et peut toucher l'ensemble du corps.

Autres atteintes comportant la présence de lésions dermatologiques objectives :

- le rougissement chronique ;
- les troubles du fonctionnement des glandes sudoripares (transpiration profuse des extrémités) ;
- les récidives de poussées d'herpès (dermatose virale) en rapport avec de grandes émotions ;
- les furonculoses (dermatoses microbiennes) souvent associées à des états dépressifs francs ou larvés ;
- eczéma et urticaire (dermatoses allergiques) ;
- psoriasis (lésions aux coudes, genoux, cuir chevelu, parfois tout le corps) en rapport avec des désordres immunitaires et dont les poussées sont contemporaines d'états pathologiques de l'humeur anxieuse et/ou dépressive ;
- Maladies du cuir chevelu (en dehors de leurs composantes endocriniennes).



III. FACTEURS

Certains épisodes douloureux précèdent l'apparition d'un état dépressif mais le déclenchement n'est pas immédiat. Il y a en général une période de latence de quelques mois qui peut faire croire, à tort, que l'individu a " bien réagi ".

Les événements les plus fréquemment impliqués dans ce processus sont des expériences de perte, au sens large du terme : perte ou éloignement d'un être cher, d'un objet, d'un animal familier, d'une fonction (mise à la retraite, chômage), d'un organe (ablation), rupture d'un lien affectif.

D'autres situations constituent des facteurs de risque, ainsi les conflits personnels ou professionnels, la mésentente conjugale ; il peu s'agir aussi d'un changement de poste, de travail imposant une activité nouvelle que le patient ne se sent pas à même de maîtriser ou, inversement, du maintien dans un poste sous-qualifié.

A. Facteurs déclenchants

Perte d'un proche

*Les personnes les plus vulnérables sont celles qui entretenaient une relation ambivalente amour/haine avec le disparu ou encore celles qui avaient envers lui une attitude de dépendance passive. Dans ce cas, le point crucial est ce " sentiment de libération d'une relation difficile avec le partenaire, accompagné toutefois d'un sentiment de culpabilité dû au fait que l'on ne se sent pas affligé ". Le sentiment de culpabilité se transforme vite en haine de soi, ce qui débouche sur une dépression.

*Un autre cas de figure également : dans quelle mesure la personne disparue dépendait-elle de nous et nous investissait-elle par là d'un sentiment de valeur ? A présent, nous avons perdu l'estime de soi acquise par le simple fait " d'être là pour quelqu'un ", par le sentiment que nous savions que l'autre avait besoin de nous.

*La mort d'un proche peut aussi nous rendre conscient de notre propre fin. Ceci fait naître des sentiments que nos cultures nous interdisent plus ou moins d'exprimer et qui suppriment parfois en nous les débouchés d'action possible parce qu'ils génèrent une peur panique de notre incontournable " devoir mourir ".

Séparation

La séparation d'avec le conjoint est le facteur le plus important pouvant précipiter une dépression. Les conjoints perdent chacun une petite parcelle d'eux-mêmes : cette partie d'eux-mêmes, ils peuvent l'aimer ou non ; il reste qu'elle les aidait à savoir qui ils étaient. De nombreuses personnes récemment divorcées disent qu'elles ont l'impression d'avoir été projetées dans l'inconnu, dans le noir. Souvent, ces personnes ont perdu quelqu'un avec qui elles ont vécu de nombreuses années et qui assurait une présence constante. La souffrance qui s'instaure est celle de la perte du rôle, de l'identité que l'autre nous fournissait.

Problèmes professionnels

A la base, il s'agit surtout de conflits avec les supérieurs et les collègues que beaucoup ont le sentiment d'être impuissants à résoudre. A cette occasion, ce sentiment les amène à considérer leur emploi comme insignifiant. Ainsi, s'ils ne sont pas appréciés, ils éprouvent naturellement un sentiment d'échec et plus rien ne leur paraît avoir de sens, ce d'autant qu'ils pensent fréquemment que c'est l'activité professionnelle qui donne sa signification à la vie. Historiquement, cet idéal et cette attitude sont habituels chez l'homme qui a la charge de la famille. Néanmoins, on constate désormais ce comportement chez la femme en activité professionnelle.
Avec le chômage, au désastre qu'il représente pour l'estime de soi, s'ajoute la difficile compensation avec un accès aux intérêts de loisirs et une gamme restreinte de relations privilégiées, car, de quoi le chômeur peut-il bien parler, hormis de sa déception, et avec qui ?

Maladies organiques

Elles sont également un facteur de risque non négligeable : qu'il s'agisse d'une atteinte corporelle constituant une menace permanente et non contrôlable (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral), d'une intervention chirurgicale plus ou moins mutilante ou de l'évolution d'une affection chronique et invalidante, ce sont autant de conditions dépressiogènes. Il ne faut pas non plus négliger les conséquences sur le système nerveux central de certaines maladies neurologiques ou endocriniennes.

Il est important de comprendre que les personnes dotées de personnalités dépressives ne courent pas plus de risques d'avoir des maladies graves. Par contre, une personne souffrant d'une affection grave et dotée d'une personnalité dépressive sera dans une situation beaucoup plus délicate, puisque vivant quotidiennement dans l'incertitude quant à l'évolution de son état ; elle éprouvera de fait des difficultés à envisager de nouvelles possibilités de vie.

Certains médicaments semblent impliqués dans le déclenchement d'une dépression, par exemple, les bêta-bloquants, les anti-hypertenseurs, les oestroprogestatifs, les corticoïdes, les " coupe-faim ". Mais, dans ce cas, il est difficile de faire la part exacte de la prédisposition du patient et du retentissement psychologique de la maladie ainsi traitée.

Troubles dépressifs de la puerpéralité

Outre son impact psycho-affectif et social, la maternité entraîne de profonds remaniements biologiques, notamment endocriniens. Cette période de la vie d'une femme, particulièrement importante en troubles psychiques, peut être subdivisée en trois périodes :

La grossesse doit elle-même être considérée selon ses trois trimestres, au cours desquels se manifeste surtout une symptomatologie psycho-physiologique principalement liée aux remaniements anatomiques et endocriniens propres à cet état ;

L'accouchement, précédé par l'anticipation anxieuse de l'événement est, pour de nombreuses femmes, l'occasion d'un état dysphorique (ou d'instabilité de l'humeur) normalement très transitoire, le baby blues, qui traduit, pour certains, l'effondrement de l'imprégnation progestative, pour d'autres, le " deuil de l'état de grossesse " ;

Le post-partum qui est une période confrontant la jeune maman non seulement à la fatigue résultant de la naissance et des soins à apporter au nouveau-né, mais aussi aux difficultés matérielles occasionnées par la naissance (logement, reprise de travail éventuelle, nécessité de trouver un mode de garde, réaménagement de la dynamique familiale…).

Il s'agit d'une phase d'inquiétude qui échappe souvent à l'entourage et durant laquelle apparaissent des crises de larmes itératives, un sentiment d'abattement laissant la jeune mère perplexe par ce manque de plaisir ressenti aux contacts et aux soins prodigués à l'enfant. Elle peut aussi ressentir des idées de culpabilité et/ou d'incapacité grandissante, alimentant une anxiété qui pousse parfois à la multiplication des consultations sous des motifs purement médicaux. Ce tableau peut se compléter par des difficultés d'endormissement, la survenue de cauchemars.

Troubles dépressifs de la ménopause

Il s'agit aussi d'une période sensible, marquée par un certain nombre de renoncements, notamment la perte de la capacité de procréation, l'éloignement des enfants, l'arrêt de l'activité professionnelle. Il apparaît que la phase préménopausique constitue la phase à plus haut risque dépressif et il n'est pas impossible que les modifications du fonctionnement hormonal soient en partie responsables des troubles psychiques de la femme. Cependant, elles ne suffisent pas à expliquer la fréquence des dépressions survenant au cours de cette partie de l'existence.

La femme ménopausée s'interroge évidemment sur son utilité, sa capacité à être encore " femme" puisqu'elle se sait diminuée et impuissante face à la réalité des transformations physiologiques qui la touchent. Ce processus de changement, s'il n'est pas psychologiquement intégré et accepté, pourra très certainement induire des risques de dépression.


Dépression et syndrome prémenstruel

Le syndrome prémenstruel se manifeste par une symptomatologie dépressive et/ou anxieuse survenant, pendant la dernière semaine de la phase lutéale, à chaque cycle menstruel. Les symptômes disparaissent dès les premiers jours des règles (phase folliculaire) et sont toujours absents dans la semaine qui les suit. Selon de nombreuses études américaines, ce syndrome peut se manifester dès la puberté et jusqu'à la ménopause.

Par ailleurs, il s'est avéré qu'il pouvait aggraver une dépression ou contribuer aux facteurs de vulnérabilité de survenue d'une rechute ou de récidive dépressive. Une augmentation des admissions pour trouble psychiatrique aigu des femmes a d'ailleurs été constatée en période prémenstruelle. De même, plusieurs auteurs ont rapporté l'augmentation des tentatives de suicide pendant cette phase du cycle. Il semble, d'après les études faites sur ce sujet, que le syndrome soit plus lié à des causes hormonales que psychologiques.

B. Facteurs psychologiques

Du point de vue psychanalytique, la dépression est interprétée comme la rencontre d'un événement traumatique (l'expérience de perte) et d'une prédisposition de l'individu. Deux conditions sont ainsi requises pour son apparition : la valeur subjective de la perte et les caractéristiques de la personnalité.

La perte est considérée dans sa dimension symbolique et il faut tenir compte d'événements apparemment banaux en soi, mais qui revêtent aux yeux de la personne déprimée une valeur particulière. Seule une analyse strictement individuelle permet donc de faire surgir d'une apparente continuité l'épisode qui a réactivé des expériences passées de perte ou d'abandon. Cependant, même sans motif précis, le déprimé n'en ressent pas moins un sentiment de perte. L'expérience dépressive réalise en soi une expérience de perte.

Au cours de son développement psycho-affectif, l'individu acquiert une aptitude fondamentale à la séparation, au seuil, à la déception, c'est à dire à la perte au sens large du terme : il perd progressivement l'illusion infantile de sa toute puissance et prend conscience de la réalité et de ses limites ; en même temps, il tend à réduire ses exigences et se forge peu à peu des idéaux à sa mesure.

Cet abandon des illusions infantiles s'effectue précocement dans la relation avec la mère : vers la deuxième année de sa vie, l'enfant réalise progressivement que sa mère est un être différent de lui-même, une source de satisfaction mais aussi de frustration. Il éprouve donc envers elle des sentiments contradictoires, marqués par l'ambivalence qui caractérise toute relation humaine. La qualité du lien qui unit l'enfant à sa mère est essentielle pour assurer la maîtrise de cette ambivalence : le souvenir des expériences heureuses passées avec elle lui permet de surmonter sa frustration (son impuissance) et d'accepter les aspects les plus douloureux de leur relation, notamment la séparation.

Parallèlement à l'effondrement de l'image de mère idéale, toute puissante et toujours bonne, l'enfant voit sa propre image se modifier : il abandonne sa mégalomanie, entrevoit et accepte ses faiblesses et ses défauts, comme il a accepté ceux de sa mère. Cette tolérance tant envers soi-même qu'envers autrui est la condition nécessaire pour que l'enfant développe la capacité d'être seul (le lien subsiste même dans l'absence) et renforce sa résistance aux blessures d'amour-propre (il persiste, malgré tout, à se sentir digne d'être aimé).

Or, la personnalité du déprimé est marquée par une grande vulnérabilité à la perte. Que l'on insiste sur son incapacité à contrôler l'ambivalence de sa relation avec autrui ou sur la persistance d'un Moi mégalomaniaque infantile, on retrouve toujours des exigences inhumaines, idéales, infligées par le déprimé à lui-même et/ou aux autres.

Ce type de relation où l'ambivalence n'est pas maîtrisée, tandis que persistent des scénarios " tout bon " et " tout mauvais " issus de la petite enfance, alimente la vulnérabilité au conflit et à la perte.

Certains auteurs estiment que c'est dans l'idéal du moi qu'il faut chercher la prédisposition à la dépression. La persistance d'un idéal du Moi mégalomaniaque soumet le déprimé à l'impératif de perfection, reflet, semble-t-il, du modèle que se constitue l'enfant par imitation de ses parents perçus comme parfaits : au regard de ce modèle, il considère que ses propres réussites resteront toujours insuffisantes ; cette auto-condamnation est renforcée par l'attitude critique du père et de la mère.

Ces quelques éléments apportés par la psychanalyse constituent des points de repère dans l'analyse des pensées du déprimé et des scénarios inconscients qui les sous-tendent.

Il faut mentionner, par ailleurs, l'importance du réseau social, qui constitue un support protecteur contre une réponse dépressive. Famille, amis, loisirs, sont autant d'éléments qui offrent au sujet un soutien face au risque dépressif, alors que l'isolement est un facteur de vulnérabilité. Il ne faut donc pas sous-estimer l'importance des facteurs psychologiques en jeu pour mettre en place ce tissu de relations amicales.


IV. TRAITEMENTS

Le traitement de la dépression se fonde sur l'association de thérapeutiques biologiques et de stratégies psychothérapeutiques, d'où l'appellation de traitements bidimensionnels ou combinés.

Chaque expérience dépressive est unique, aussi convient-il de déterminer les stratégies en fonction de chaque cas. Il n'est pas toujours possible, ni souhaitable, de commencer un traitement en ambulatoire (hôpital). Lorsqu'une hospitalisation se justifie, les raisons en sont soulignées au patient et à sa famille afin de s'assurer leur collaboration, garante d'une bonne prise en charge.

A. Traitements biologiques

Anti-dépresseurs

Ils sont toujours justifiés en cas de dépression avérée. Si tous les antidépresseurs ont par définition, une action sur l'humeur dépressive, leurs mécanismes d'action et leurs effets secondaires varient selon leur nature chimique.

On distingue : les tricycliques classiques dont l'efficacité est incontestable, les IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase) également efficaces mais dont l'emploi nécessite des précautions et notamment un régime alimentaire particulier, les nouveaux anti-dépresseurs dits de " seconde génération ", mis au point afin d'améliorer efficacité et tolérance par le patient.

Le délai d'action des antidépresseurs varie de quinze jours à trois semaines environ. Si le traitement s'avère efficace, l'amélioration se manifeste dès la fin du premier mois.


Traitements complémentaires

En début de traitement, il est toujours préférable de se limiter à un seul médicament, mais il arrive que l'anti-dépresseur ne suffise pas à atténuer une anxiété ou une insomnie, ce qui nécessite la prescription de tranquillisants et d'hypnotiques ; dès que le patient constate une amélioration, ces traitements complémentaires doivent être rapidement réduits, puis arrêtés.

Chez certains patients, il convient de maintenir des tranquillisants à faibles doses pour assurer le confort du malade ; au contraire, dans d'autres cas, ces médicaments peuvent gêner la reprise de l'activité normale par suite de leur effet sédatif.

Les électrochocs ou sismothérapie

Très décriée de nos jours, la thérapie électro-convulsive (production artificielle d'une crise d'epilepsie) reste cependant le traitement le plus efficace des dépressions graves (mélancolie) et permet d'obtenir 85 à 90 % de succès, contre 70 % avec les anti-dépersseurs.


B. Traitements psychologiques

Psychothérapies d'inspiration psychanalytique

Elles se fondent sur l'idée que le comportement du déprimé est entretenu par des scénarios inconscients et que la prise de conscience de ces mécanismes réduit le poids de leur action. Il est conseillé d'adjoindre à ce type de psychothérapies un traitement biologique, car il permet ainsi de lever les résistances induites par le système dépressif et redonne au patient la possibilité de poursuivre efficacement sa cure.

S'il est illusoire de vouloir commencer une psychothérapie dans les cas graves de dépression, la seule prescription de médicaments durant cette période est insuffisante : un soutien psychologique est toujours nécessaire. Il faut, en effet, aider le patient à identifier les événements qui ont pu intervenir dans le déclenchement de l'accès dépressif (deuil, déception, blessure narcissique…).

Il faut en premier lieu qu'il prenne conscience que son état exprime l'existence d'une maladie : la dépression. Il doit également savoir que ses efforts personnels ne peuvent être que limités, que toute décision importante engageant l'avenir doit être différée et que, en règle générale, ce n'est pas en modifiant brusquement ses conditions de vie qu'il parviendra à surmonter ses difficultés : la guérison demande un certain temps.

Il doit apprendre à tolérer la prise d'un médicament malgré ses effets secondaires parfois gênants et sa valeur symbolique généralement négative. Guérir d'une dépression, ce n'est ni annuler ni masquer la souffrance ou les difficultés de l'existence, c'est retrouver l'énergie pour y faire face.

Psychothérapies cognitives

Les déprimés possèdent un style cognitif particulier, dont certains auteurs jugent le rôle fondamental : à leurs yeux, ce style cognitif dépressiogène préexisterait à la dépression et constituerait un facteur de risque majeur. Il s'exprime nous l'avons vu dans les contenus de pensée négatifs, sans cesse renforcés par les erreurs que comment le patient dans l'interprétation des faits (distorsions cognitives).

Les traitements cognitifs visent donc à développer chez le déprimé une vision critique de son système pathologique de pensée et, ainsi, à lui permettre de s'en dégager. Il existe différents types de thérapies cognitives :

  • la thérapie " rationnelle émotive " qui se propose d'apprendre au patient à rectifier ses jugements irrationnels. Il s'agit de repérer derrière tout jugement négatif émis l'a priori sur lequel il se fonde.
  • la thérapie cognitivo-comportementale qui consiste, pour le thérapeute, à souligner l'efficacité des actions du patient (que celui-ci à tendance à nier ou juger insuffisantes) en dressant avec lui un bilan de ce qu'il a réalisé de positif durant la semaine écoulée, rétablissant ainsi une évaluation plus exacte de ses propres capacités.

L'intérêt de ces traitements apparaît surtout dans les formes mineures, où le patient est capable de coopérer avec le thérapeute, et dans certaines formes chroniques, peu accessibles aux traitements biologiques et entretenues, à l'évidence, par un système de pensée dépressiogène. Dans les formes sévères, une telle coopération est rendue difficile par l'intensité des critiques que le patient s'adresse et la disqualification systématique de ses actions.

 

CONCLUSION

Le passage à la chronicité est l'un des risques majeurs de la maladie dépressive, il est donc essentiel de ne pas attendre pour consulter les professionnels concernés (thérapeute/psychiatre) car il ne fait aucun doute que ce retard constitue un élément de résistance au traitement et nuit grandement à son efficacité.
L'existence des formes chroniques ne doit cependant pas faire oublier que le plus grand nombre des déprimés guérissent. La guérison d'un état dépressif ne se résume pas à la disparition des symptômes : elle implique que le patient ait pu harmonieusement intégrer cet épisode à son histoire, qu'il en ait saisi le sens ou du moins qu'il ait compris ce qu'était une dépression et comment y réagir et que, averti des possibilités de rechute, il puisse la reconnaître et la traiter au plus vite.

 

 

L'ANGOISSE ou la douleur de l'esprit

 

 

 

 

Tandis que l'anxiété simple est un sentiment d'inquiétude, voire de panique, devant un péril que l'on peut définir au moins approximativement, l'angoisse elle surgit sans sujet, sans raison et même sans prétexte.

 

L'angoissé ne sait pas pourquoi il est angoissé. Dans l'accès, il éprouve l'impression physique et psychique -extrêmement dramatique- d'un danger énorme et inconnu qui s'avance. Il est dans l'attente d'une catastrophe imprévisible mais presque inéluctable.

 

Freud dans son ouvrage " Inhibition, Symptôme et Angoisse " (1926) nous décrit ainsi l'angoisse: " l'angoisse (…) a pour caractères inhérents l'indétermination et l'absence d'objet ; dans l'usage correct de la langue, son nom lui-même change lorsqu'elle a trouvé un objet : il est remplacé par celui de peur ".

 

L'angoisse se définit donc comme "un sentiment pénible d'attente d'un danger imprécis et mal définissable, une " peur sans objet ".

 

 

 

La crise d'angoisse

 

Nommée également "attaque de panique" ou plus spécifiquement " névrose d'angoisse ", elle se traduit par l'installation brutale - sans circonstance déclenchante - d'un état d'anxiété intense, qui va souvent de pair avec une peur de mourir de façon imminente ou de perdre la raison ; parfois la conscience de l'individu est défaillante au point qu'il ne sait pas qui il est ou en quel endroit il se trouve. Cette angoisse s'accompagne d'une oppression thoracique et d'un resserrement épigastrique et laryngé très caractéristique (sensation de boule dans la gorge).

 

Le mot angoisse (du latin angustiae, étroitesse, resserrement ; Angst en allemand) fait précisément ressortir la gêne, l'étroitesse de la respiration au moment où se produit l'accès.

 

Peuvent s'ajouter à ces symptômes un tremblement, des palpitations, une augmentation du rythme cardiaque et de la tension artérielle.

Cet état intense d'anxiété peut devenir chronique ou généralisé. Il correspond alors à un sentiment durable de tension interne, de peur et d'insécurité qui perturbe la vie sociale du sujet en l'empêchant de se concentrer et de continuer à nouer des relations avec son entourage.

 

 

 

Le traumatisme de la naissance : prototype de toutes nos angoisses ?

 

D'Otto Rank à Freud, nombreux sont les auteurs qui considèrent que l'expérience que le nouveau-né fait du traumatisme de la naissance est à l'origine de l'angoisse névrotique de l'adulte.

 

Jusqu'au moment de la naissance, le bébé se trouve dans un état de plénitude. C'est le bonheur utérin, l'union primale. Tous les besoins sont satisfaits : le bébé se sent rattaché.

 

Il vient de passer neuf mois de sa vie dans un milieu liquide, maintenu de toutes parts par la pression amniotique, sans être soumis à la pesanteur.

 

Au moment de la naissance, les contractions utérines sont telles qu'elles le mettent dans un état de contrainte extrême.

 

Puis, il s'engage dans le canal utérin où, là encore, la pression physique est considérable, avec certainement un sentiment très fort de suffocation. Il lui faut donc livrer bataille pour sa survivance.

 

Dernière étape, celle de la naissance à proprement parler, où il est d'un coup projeté dans le monde aérien, à la manière d'un astronaute qui aurait perdu sa combinaison spatiale.

 

Il s'agit là d'une chute dans un vide angoissant qui ne prendra fin que lorsqu'il aura perçu, dans un futur encore bien lointain, le sens intime de sa peau et de ses limites corporelles propres. Dans l'intervalle, c'est le contact et la chaleur du corps maternel qui reconstitueront l'" enveloppe de suppléance " la plus proche de l'état antérieur.

 

Le cordon ombilical coupé, le bébé se trouve pour toujours séparé de ce qui l'englobait (c'est le " paradis perdu "). Désormais, le voilà pris en charge de l'extérieur et non plus de l'intérieur, coupé de ce qui le contenait, le nourrissait, le réchauffait.

 

De cette étape, on ne se remet pour ainsi dire jamais. Cet état d'angoisse, de détresse psychique, de séparation, nous le revivons tous, à des degrés différents, dans notre vie de tous les jours.

 

L'angoisse

L'angoisse de séparation : phénomène universel

 

Il s'agit d'une émotion si proche et si familière que nous devons presque faire un effort pour nous apercevoir qu'il s'agit d'une préoccupation qui accompagne chaque instant de notre vie de tous les jours. Pensons simplement à ce que nous disons lorsque nous accueillons ou nous quittons des amis ou des proches : " Je me réjouis de te revoir, je te croyais disparu, j'étais inquiet de ne plus recevoir de tes nouvelles... ne me laisse pas seul..."

 

A travers ces mots nous exprimons dans les circonstances apparemment les plus banales un besoin fondamental de relation affective en même temps qu'une nostalgie à la pensée de quitter une personne chère. L'angoisse de séparation traduit donc l'émotion douloureuse - plus ou moins consciente - qui accompagne la perception du caractère éphémère des relations humaines, de l'existence d'autrui et de notre propre existence.

 

Mais en même temps, c'est une émotion structurante, car percevoir la douleur de notre solitude nous fait prendre conscience d'une part que nous existons en tant qu'être seul et unique par rapport à autrui, et que autrui est différent de nous. C'est ainsi que l'angoisse de séparation fonde notre sentiment d'identité aussi bien que notre connaissance de l'autre.

 

Lorsqu'elle est apprivoisée, l'angoisse de séparation devient source d'élan de vie : apprivoiser la solitude, ce n'est pas supprimer l'angoisse, mais apprendre à y faire face et à l'utiliser pour la mettre au service de la vie. Alors, se sentir seul signifie prendre conscience qu'on est soi-même unique, que l'autre est également unique, et le lien de relation qu'on entretient avec soi-même et avec autrui devient infiniment précieux.

 

 

L'angoisse de castration

 

 

Il s'agit d'une angoisse, étroitement liée à la résolution de l'Œdipe et qui apparaît au cours du troisième stade, dit aussi " stade phallique " (3-5 ans), de l'évolution de l'enfant.

 

Le mythe de "l'innocence de l'enfant ", accepté depuis longtemps, fut bouleversée par la théorie psychanalytique et notamment grâce aux écrits de Sigmund Freud qui décrivit le développement sexuel de l'enfant, comme passant par différents stades appelés encore stades libidinaux.

 

Il faut noter que, la succession des stades n'est pas limitée et fixée dans le temps. Elle peut être faite dans des périodes, plus ou moins longues, suivant les enfants. Le premier stade est dit oral, le second anal ou sadique-anal, le troisième phallique, le quatrième dit phase de latence et le cinquième enfin, dit stade génital.

 

Vers 3/4 ans l'enfant met en place une manipulation des organes génitaux. Il fait la découverte de son sexe. Il commence par découvrir le plaisir cutané qu'il obtient grâce aux attouchements : c'est la période de la masturbation infantile directe ou indirecte, obtenue en se frottant les cuisses par exemple.

 

Le petit garçon remarque à cet âge l'absence de pénis chez sa mère. Il commence d'abord par nier l'évidence et puis lorsqu'il accepte cette idée, il a peur de perdre le sien : c'est l'"angoisse de castration".

 

Cette angoisse est d'autant plus grande que ses parents ne manquent pas de lui interdire de manipuler sa verge, ou du moins de l'en dissuader. L'enfant a peur d'une punition qui consisterait à lui couper son pénis.

 

La petite fille, elle, n'a pas peur de perdre son sexe mais elle est jalouse. Elle aurait aimé avoir un pénis : c'est l'"envie du pénis". Elle cherche auprès de son père à l'acquérir ou du moins à obtenir ce qu'elle ressent comme un équivalent : un enfant.

 

Chez la petite fille, les problèmes sont beaucoup plus compliqués. A cet âge, l'enfant (garçon ou fille) ne connaît qu'un seul organe génital : le pénis. Le vagin n'est en effet découvert qu'aux approches de la puberté. La différence des sexes ne peut être perçue que par rapport au pénis : peur de le perdre chez le garçon, désir de l'acquérir chez la fille.

 

La petite fille voit, elle, dans le clitoris comme un commencement de pénis, qui va grandir. Chez elle, l'angoisse est donc redoublée : d'une part, l'angoisse de ne pas avoir de pénis : il lui manque un attribut essentiel, elle n'est pas un garçon ; d'autre part, l'angoisse de devoir attendre -jusqu'à quand ?- la compensation inconsciemment escomptée du clitoris grandi.

 

Cette découverte de la différence des sexes s'accompagne d'une grande curiosité sexuelle et d'un intérêt pour les mystérieuses activités des parents dans leur chambre. Le problème de la fécondation commence à se poser : comment les enfants viennent-ils au monde ? L'enfant imagine les rapports sexuels de ses parents comme une activité agressive, sadique, dans un rapport de dominé-dominant : c'est le "fantasme de la scène primitive".

 

Parallèlement à ces découvertes, l'enfant se rend compte de la relation triangulaire qui existe entre lui et ses deux parents. Le jeune enfant s'aperçoit que la mère éprouve un sentiment tendre envers le père et que lui-même n'est pas le seul objet de préoccupation de sa mère. Cette découverte marque l'entrée dans le "complexe d'Œdipe".

 

L'agressivité, la jalousie marquent les rapports du garçon avec son père. Sa préoccupation principale est de devenir l'unique objet du désir de la mère. Le père est un rival plus ou moins dangereux qui occupe la place convoitée dans le lit maternel. Une sorte de rivalité s'instaure entre le petit garçon et son père. C'est celui des deux qui sera le plus fort, le plus grand, le plus rapide à la course, etc. Cette compétition représente un déplacement inconscient de la rivalité sexuelle : lequel des deux a le pénis le plus intéressant pour la mère. L'enfant cherche en même temps à être comme son père et à l'écarter. Il éprouve la crainte que son père ne le punisse et ne lui supprime son pénis.

 

Ces sentiments ambivalents sont donc doublés d'une angoisse de castration. Cette angoisse peut être telle qu'elle bloque tout désir de compétition et que s'installe alors une sorte de soumission passive au père.

 

Puis l'admiration prend le relais.

 

La relation du complexe de castration avec l'Œdipe est complète : il ouvre l'Œdipe à la fille qui commence à désirer le pénis paternel ; il clôt l'Œdipe du garçon en venant arrêter le désir vers la mère puisqu'il serait puni par le père.

 

Ces deux notions jouent un rôle fondamental dans la structuration de la personnalité et dans l'orientation du désir humain. Les psychanalystes en font l'axe de référence majeur de la psychopathologie.

 

 

 

L'angoisse de mort

 

 

C'est bien parce que nous ne savons rien de la mort qu'elle nous angoisse. Comment concevoir de ne rien en savoir, de ne rien en avoir vécu et de tendre ainsi chaque jour vers elle, inéxorablement. Quoi de plus angoissant que de savoir qu'une séparation définitive nous attend, séparation d'avec la vie, d'avec les autres et d'avec soi-même, sa conscience d'être au monde.

 

 

Naître à la mort

 

"L'expérience de la naissance est la première expérience de l'émergence de la mort", déclarait Françoise Dolto dans "Parler de la mort". Notre venue au monde nous installe parmi ceux qui vont mourir. Elle implique d'emblée une perte : celle du placenta protecteur vécu par le nouveau-né comme une part de lui-même. Cette notion de perte est importante car c'est elle qui tout au long de notre vie réactive l'angoisse de la mort.

On peut dire que c'est l'émergence de la sexualité et par voie de conséquence l'accès vers l'age adulte qui entraînent les représentations psychiques mortifères et l'angoisse de mort.

 

La perte de l'enfance pour accéder à l'âge adulte nécessite l'acquisition des valeurs accordées à la vie et à la mort. Ainsi donc, l'idée et la notion de la mort sont nécessaires pour quitter l'enfance (les enfants se croient immortels). Cette dualité (couple) vie - mort est le fondement même de la vie adulte. Il est par exemple classique et normal que certains adolescents témoignent d'une attirance ou d'une répulsion pour les événements macabres (obsèques, cimetières etc. ) en raison du symbolisme de ces événements et de leur participation dans l'évolution psychique. N'oublions pas qu'être adulte signifie "devoir mourir" un jour, l'angoisse de la mort résulte donc de l'affrontement de deux idées : vouloir vivre et devoir mourir . Il s'agit d'une évolution naturelle et normale de l'état psychique.

 

C'est la mort des autres qui nous fait prendre conscience de notre mortelle condition.

 

Moi aussi, je vais mourir. Un constat propre à l'homme et impossible pour l'animal qui vit dans l'ignorance du sort qui l'attend. Etre un homme c'est craindre la mort et inventer des rituels pour marquer son passage. Les spécialistes de la préhistoire ne parlent d' "hominisation " qu'à partir du moment où les grands singes velus que nous tenons pour nos premiers ancêtres se sont mis à honorer leurs morts par des rites funéraires. Pourquoi ont-ils, dans la foulée, inventé les religions ? Probablement pour essayer de donner un sens à la vie et des images à la mort, univers de l'invisible et du non-représentable par excellence. Ce n'est pas un hasard si la majeure partie de la littérature philosophique s'emploie à nous aider à la penser. Peut être pour mieux la dénier : il est inutile d'y songer déclare Epicure : " tant que nous sommes là, elle n'est pas ; quand elle est là, nous ne sommes plus. " ou tout simplement pour nous persuader de l'accepter avec sérénité.

 

Ne pas dormir ou la peur imminente de sa propre mort

 

Le sommeil, en psychanalyse, correspond à une pulsion de "mort". Il existe les pulsions de "vie", celles qui nous gèrent au quotidien et qui en général prennent le dessus. Le sommeil répond à une pulsion de mort (inactivité inconsciente où l'on ne maitrise plus rien, à commencer par ses rêves).

 

L'insomniaque s'empêche de répondre à cette pulsion de mort : moins il dort et plus, inconsciemment, il se persuade qu'il est encore en vie. C'est d'ailleurs le cas des bébés qui pleurent la nuit, bien souvent pour répondre à l'angoisse des parents : dire que tout va bien, "tu vois maman, c'est la nuit et je suis en vie, alors rassure-toi, il ne m'arrive rien". Pourtant le sommeil répond à un besoin physiologique. Paradoxe de la situation, si l'on ne dort pas on finit par mourir.

 

 

Peur de la mort ou peur de mourir

 

La peur de la mort n'est pas la même chose que la peur de mourir. La mort est prise comme entité, représentée et nommée comme s'il s'agissait de quelqu'un. Certaines légendes la représente comme "la faucheuse", elle vient et vous emporte : ce n'est pas vous qui décidez et c'est là que l'angoisse prend son sens. Comme si c'était quelqu'un qui décidait pour vous le moment où vous ne serez plus sans finalement vous "demander votre avis", or sa vie n'est ce pas le principal élément de soi ? Sans la vie on ne peut être. La peur de la mort ce serait la peur de ce qui est "nommable" sans pour autant prendre un sens concret, un voyage vers l'inconnu que l'entendement ne pourrait atteindre.

 

La peur de mourir est plus à rapprocher d'une angoisse à vivre, de cette incapacité à profiter pleinement des événements de son existence, incapacité liée pour certaines aux difficultés rencontrées durant l'enfance ou à la suite de traumatismes survenus à l'âge adulte. Lorsque cette peur est trop grande et qu'elle donne lieu à des comportements phobiques, il est important d'aller consulter afin de mieux repérer les événements en cause.

 

 

Le stress

 

 

Depuis de nombreuses années déjà, le mot " stress " est entré dans notre vocabulaire quotidien. Il arrive parfois que les enfants eux-mêmes l'utilisent lorsqu'ils se préparent à des épreuves scolaires.

 

Cette soudaine célébrité est-elle un phénomène de mode citadin ou répond-elle en fait à un problème de fond lié à notre époque ?

 

En fait, la notion n'est pas nouvelle et il est bien possible que notre civilisation génère davantage de stress qu'autrefois. Nous vivons dans un monde plus complexe, où les événements se déroulent à un rythme accéléré et exigent de nous des décisions plus rapides, où les exigences de performance sont élevées (ne pas y satisfaire peut nous marginaliser très vite), où les changements sont fréquents et les repères de moins en moins visibles.

 

 

 

DES ORIGINES DU MOT, DE LA NOTION DE STRESS

 

Le mot stress nous vient du latin " stringere " (serrer), puis du vieux français " estrece " qui signifiait " étroitesse, oppression ". Apporté en Angleterre par les envahisseurs normands, il a donné le mot " stress " qui a pendant longtemps, évoqué des phénomènes physiques de pression mécanique, comme par exemple la pression exercée sur une poutre ou une arche de pont.

 

Dans les années 50, un chercheur canadien d'origine hongroise, Hans Selye, dans un ouvrage intitulé " The stress of life ", applique pour la première fois le terme de stress aux phénomènes manifestés par des êtres vivants soumis à des agressions de l'environnement. A partir de ce moment, le terme va connaître une fortune croissante, sans doute en raison de son adéquation complète avec nos modes de vie contemporains.

 

 

QU'EST-CE EXACTEMENT QUE LE STRESS ?

 

On peut dire qu'il s'agit de la réponse de l'organisme en vue de s'adapter à toute demande de son environnement.

 

Le stress, c'est tout ce qui se passe en vous lorsque vous devez faire face aux exigences rencontrées sur votre chemin. C'est donc un processus normal et inévitable : vivre normalement, c'est accepter de rencontrer des circonstances pouvant s'avérer stressantes.

 

 

Les trois phases de réaction

 

 

La phase d'alarme

 

Elle correspond au stress aigu.

 

C'est ce qui se passerait par exemple si au cours d'une croisière en mer, vous tombiez dans l'eau glacée en pleine nuit. L'organisme mobilise alors instantanément ses défenses pour s'adapter très vite aux besoins de la situation : nager, crier, se repérer, chercher un endroit, un objet où s'accrocher.

 

 

La phase de résistance

 

Elle correspond à l'adaptation plus durable à la situation stressante. Exemple : personne n'a entendu vos appels et vous devez vous résigner à nager pour flotter, en attendant que l'on remarque votre absence et que l'on vienne à votre recherche. Durant cette phase, votre organisme fonctionne toujours de manière à répondre aux besoins, mais plus dans un esprit d'endurance que de performance.

 

 

La phase d'épuisement

 

Où les ressources de l'individu ne lui permettent plus de s'adapter à la situation. Par exemple : après plusieurs heures dans l'eau froide, votre température commence à baisser, vos muscles sont de plus en plus faibles, votre vigilance altérée et vous commencez à vous laisser couler.

 

Ces trois phases correspondent souvent à des aspects moins dramatiques de notre vie. Par exemple, en milieu professionnel : annonce d'un gros surcroît de travail (alerte), efforts importants pendant plusieurs jours pour le faire vite et bien (résistance), démoralisation face à la difficulté de mener la tâche à bien et besoin de se reposer (épuisement).

 

 

LES STRESSEURS

 

Le stresseur est l'événement qui déclenche la réaction de stress. Il apparaît dans votre environnement : votre voiture tombe en panne, une lettre de rappel arrive, une dispute avec un collègue ou un conjoint survient, etc….

 

 

On note deux catégories de stresseurs :

 

 

Les événements de vie ou " stresseurs existentiels "

 

    • Mort d'un conjoint
    • Divorce
    • Blessure ou maladie
    • Mariage
    • Arrivée d'un nouveau membre dans la famille
    • Conflits conjugaux répétés
    • Nouvel emploi
    • Licenciement
    • Retraite
    • Dette ou emprunt importants
    • Déménagement
    • Départ en vacances

 

Remarquons au passage que certains événements dits positifs (mariage, naissance d'un enfant) sont ravalés au rang de vulgaires stresseurs….choquant ? Peut être, mais cela nous rappelle avec justesse que ce qui compte en matière de stress, ce sont les efforts d'adaptation que va demander la situation nouvelle à l'individu ; or, la venue d'un enfant ou d'un nouveau conjoint nécessite des efforts adaptatifs importants même si ceux-ci sont censés se faire dans la joie.

 

Face à la même quantité de stresseurs, chacun va réagir très différemment, en partie d'ailleurs parce qu'il va les percevoir différemment en fonction de son vécu propre. Un exemple classique est celui du décès d'un proche. Si ce proche était une belle-mère tyrannique, le décès représentera alors peut être un soulagement plutôt qu'un stresseur.

 

 

Les petits tracas quotidiens

 

Ce sont eux surtout qui creusent le lit du stress. L'accumulation quotidienne d'une multitude de petites contraintes, irritations et frustrations. Celles-ci ne comportent isolément qu'un faible caractère stressant mais c'est leur répétitivité qui en font des stresseurs à prendre en considération, un peu à l'image de la goutte d'eau anodine en elle-même, mais qui finit par percer la pierre la plus résistante à force de tomber toujours au même endroit.

 

Ces stresseurs quotidiens sont de nature diverses :

 

- Les contraintes ménagères (courses, ménage, repas à préparer)

- Les tensions interpersonnelles (petits conflits avec les proches)

- La pression horaire, stresseur le plus fréquemment mentionné (horaires chargé, travail en temps limité, manque de temps pour se faire plaisir…)

- L'environnement physique (bruit répété, entassement, durée et conditions de transports en milieu urbain).

 

Freud, dans son ouvrage intitulé " Inhibition, symptôme et angoisse " attribue la source de l'angoisse à la crainte de la séparation et de la perte d'objet (à l'origine l'amour de la mère).

 

Selon lui, l'angoisse est un état de détresse psychique du moi devant un danger qui le menace, danger qui réveille la détresse psychique et biologique éprouvée par l'enfant en l'absence de sa mère, personne aimée et ardemment désirée. Freud fait donc de la crainte de la séparation le prototype même de l'angoisse.

 

Par la suite, lorsque l'individu se met à la recherche de nouveaux objets, il cherche non seulement à trouver un objet, selon Freud, mais à retrouver l'objet originel perdu (" paradis perdu "), qui avait autrefois apporté une satisfaction réelle.

 

Lorsqu'on parle de séparation dans un contexte de relation entre personnes, l'angoisse de séparation normale correspond au sentiment douloureux de crainte éprouvé par un individu lorsque la relation affective, établie avec une personne importante de son entourage, se trouve menacée d'interruption ou est interrompue.

 

Il peut s'agir d'une interruption par suite de la perte du lien affectif (perte d'amour) ou d'une rupture consécutive à une perte réelle de la personne importante. On parle plutôt de séparation lorsque la perte est provisoire, et de perte lorsque celle-ci a un caractère définitif. Cependant, les fantasmes de séparation tendent à se confondre avec ceux de perte, et la séparation est alors vécue comme une perte.

 

 

 

Ne pas dormir ou la peur imminente de sa propre mort

 

Le sommeil, en psychanalyse, correspond à une pulsion de "mort". Il existe les pulsions de "vie", celles qui nous gèrent au quotidien et qui en général prennent le dessus. Le sommeil répond à une pulsion de mort (inactivité inconsciente où l'on ne maitrise plus rien, à commencer par ses rêves).

 

L'insomniaque s'empêche de répondre à cette pulsion de mort : moins il dort et plus, inconsciemment, il se persuade qu'il est encore en vie. C'est d'ailleurs le cas des bébés qui pleurent la nuit, bien souvent pour répondre à l'angoisse des parents : dire que tout va bien, "tu vois maman, c'est la nuit et je suis en vie, alors rassure-toi, il ne m'arrive rien". Pourtant le sommeil répond à un besoin physiologique. Paradoxe de la situation, si l'on ne dort pas on finit par mourir.

 

 

Peur de la mort ou peur de mourir

 

La peur de la mort n'est pas la même chose que la peur de mourir. La mort est prise comme entité, représentée et nommée comme s'il s'agissait de quelqu'un. Certaines légendes la représente comme "la faucheuse", elle vient et vous emporte : ce n'est pas vous qui décidez et c'est là que l'angoisse prend son sens. Comme si c'était quelqu'un qui décidait pour vous le moment où vous ne serez plus sans finalement vous "demander votre avis", or sa vie n'est ce pas le principal élément de soi ? Sans la vie on ne peut être. La peur de la mort ce serait la peur de ce qui est "nommable" sans pour autant prendre un sens concret, un voyage vers l'inconnu que l'entendement ne pourrait atteindre.

 

La peur de mourir est plus à rapprocher d'une angoisse à vivre, de cette incapacité à profiter pleinement des événements de son existence, incapacité liée pour certaines aux difficultés rencontrées durant l'enfance ou à la suite de traumatismes survenus à l'âge adulte. Lorsque cette peur est trop grande et qu'elle donne lieu à des comportements phobiques, il est important d'aller consulter afin de mieux repérer les événements en cause.

 

Le stress

 

 

Depuis de nombreuses années déjà, le mot " stress " est entré dans notre vocabulaire quotidien. Il arrive parfois que les enfants eux-mêmes l'utilisent lorsqu'ils se préparent à des épreuves scolaires.

 

Cette soudaine célébrité est-elle un phénomène de mode citadin ou répond-elle en fait à un problème de fond lié à notre époque ?

 

En fait, la notion n'est pas nouvelle et il est bien possible que notre civilisation génère davantage de stress qu'autrefois. Nous vivons dans un monde plus complexe, où les événements se déroulent à un rythme accéléré et exigent de nous des décisions plus rapides, où les exigences de performance sont élevées (ne pas y satisfaire peut nous marginaliser très vite), où les changements sont fréquents et les repères de moins en moins visibles.

 

 

 

DES ORIGINES DU MOT, DE LA NOTION DE STRESS

 

Le mot stress nous vient du latin " stringere " (serrer), puis du vieux français " estrece " qui signifiait " étroitesse, oppression ". Apporté en Angleterre par les envahisseurs normands, il a donné le mot " stress " qui a pendant longtemps, évoqué des phénomènes physiques de pression mécanique, comme par exemple la pression exercée sur une poutre ou une arche de pont.

 

Dans les années 50, un chercheur canadien d'origine hongroise, Hans Selye, dans un ouvrage intitulé " The stress of life ", applique pour la première fois le terme de stress aux phénomènes manifestés par des êtres vivants soumis à des agressions de l'environnement. A partir de ce moment, le terme va connaître une fortune croissante, sans doute en raison de son adéquation complète avec nos modes de vie contemporains.

 

 

QU'EST-CE EXACTEMENT QUE LE STRESS ?

 

On peut dire qu'il s'agit de la réponse de l'organisme en vue de s'adapter à toute demande de son environnement.

 

Le stress, c'est tout ce qui se passe en vous lorsque vous devez faire face aux exigences rencontrées sur votre chemin. C'est donc un processus normal et inévitable : vivre normalement, c'est accepter de rencontrer des circonstances pouvant s'avérer stressantes.

 

 

Les trois phases de réaction

 

 

La phase d'alarme

 

Elle correspond au stress aigu.

 

C'est ce qui se passerait par exemple si au cours d'une croisière en mer, vous tombiez dans l'eau glacée en pleine nuit. L'organisme mobilise alors instantanément ses défenses pour s'adapter très vite aux besoins de la situation : nager, crier, se repérer, chercher un endroit, un objet où s'accrocher.

 

 

La phase de résistance

 

Elle correspond à l'adaptation plus durable à la situation stressante. Exemple : personne n'a entendu vos appels et vous devez vous résigner à nager pour flotter, en attendant que l'on remarque votre absence et que l'on vienne à votre recherche. Durant cette phase, votre organisme fonctionne toujours de manière à répondre aux besoins, mais plus dans un esprit d'endurance que de performance.

 

 

La phase d'épuisement

 

Où les ressources de l'individu ne lui permettent plus de s'adapter à la situation. Par exemple : après plusieurs heures dans l'eau froide, votre température commence à baisser, vos muscles sont de plus en plus faibles, votre vigilance altérée et vous commencez à vous laisser couler.

 

Ces trois phases correspondent souvent à des aspects moins dramatiques de notre vie. Par exemple, en milieu professionnel : annonce d'un gros surcroît de travail (alerte), efforts importants pendant plusieurs jours pour le faire vite et bien (résistance), démoralisation face à la difficulté de mener la tâche à bien et besoin de se reposer (épuisement).

 

 

LES STRESSEURS

 

Le stresseur est l'événement qui déclenche la réaction de stress. Il apparaît dans votre environnement : votre voiture tombe en panne, une lettre de rappel arrive, une dispute avec un collègue ou un conjoint survient, etc….

 

 

On note deux catégories de stresseurs :

 

 

Les événements de vie ou " stresseurs existentiels "

 

    • Mort d'un conjoint
    • Divorce
    • Blessure ou maladie
    • Mariage
    • Arrivée d'un nouveau membre dans la famille
    • Conflits conjugaux répétés
    • Nouvel emploi
    • Licenciement
    • Retraite
    • Dette ou emprunt importants
    • Déménagement
    • Départ en vacances

 

Remarquons au passage que certains événements dits positifs (mariage, naissance d'un enfant) sont ravalés au rang de vulgaires stresseurs….choquant ? Peut être, mais cela nous rappelle avec justesse que ce qui compte en matière de stress, ce sont les efforts d'adaptation que va demander la situation nouvelle à l'individu ; or, la venue d'un enfant ou d'un nouveau conjoint nécessite des efforts adaptatifs importants même si ceux-ci sont censés se faire dans la joie.

 

Face à la même quantité de stresseurs, chacun va réagir très différemment, en partie d'ailleurs parce qu'il va les percevoir différemment en fonction de son vécu propre. Un exemple classique est celui du décès d'un proche. Si ce proche était une belle-mère tyrannique, le décès représentera alors peut être un soulagement plutôt qu'un stresseur.

 

 

Les petits tracas quotidiens

 

Ce sont eux surtout qui creusent le lit du stress. L'accumulation quotidienne d'une multitude de petites contraintes, irritations et frustrations. Celles-ci ne comportent isolément qu'un faible caractère stressant mais c'est leur répétitivité qui en font des stresseurs à prendre en considération, un peu à l'image de la goutte d'eau anodine en elle-même, mais qui finit par percer la pierre la plus résistante à force de tomber toujours au même endroit.

 

Ces stresseurs quotidiens sont de nature diverses :

 

- Les contraintes ménagères (courses, ménage, repas à préparer)

- Les tensions interpersonnelles (petits conflits avec les proches)

- La pression horaire, stresseur le plus fréquemment mentionné (horaires chargé, travail en temps limité, manque de temps pour se faire plaisir…)

- L'environnement physique (bruit répété, entassement, durée et conditions de transports en milieu urbain).

 

CONSEQUENCES DU STRESS

 

 

Réactions psychologiques

 

Une question est fréquemment posée aux spécialistes du stress : quelle différence y a-t-il entre l'anxiété et la dépression ? Les rapports entre le stress et ces deux notions sont complexes, mais il semble bien que l'anxiété et la dépression puissent parfois être des conséquences directes du stress.

 

Pour simplifier, on peut dire que vous êtes stressé tant que prédomine l'aspect de réactivité aux événements : vous vous sentez tendu, agacé parce que votre travail vous stresse, mais en rentrant chez vous le soir, ou en week-end, ou même en partant en vacances, votre tension baisse parce que vous n'êtes plus soumis aux événements stressants. Mais au bout d'un certain temps, si vous êtes trop régulièrement stressé, vous risquez d'intérioriser ce stress et de glisser sensiblement vers l'anxiété : à ce moment, même si vous n'êtes plus en contact avec vos stresseurs, vous continuerez d'y penser et d'y réagir, de ruminer ou d'anticiper les stresseurs.

 

Ainsi, même en week-end ou en vacances, vous ne pourrez complètement vous détendre en songeant au travail qui vous attend. Enfin, encore un pas, et vous voilà en zone de tendances dépressives, vous dévalorisant, vous sentant incapable de faire face à vos stresseurs et ayant envie de tout laisser tomber.

 

Bien sûr, les choses ne sont pas toujours aussi simples mais les tendances sont bien là.

 

Le plus souvent, le sujet stressé n'en arrive pas à ces manifestations, mais présente des signes plus discrets de surcharge psychologique :

 

  • irritabilité, qui fait que l'on se sent vite agressé et énervé,
  • perte de confiance en soi,
  • baisse de la motivation,
  • diminution de la créativité, de la mémoire ou de la concentration,
  • augmentation du nombre d'erreurs commises.

 

 

Réactions physiologiques

 

Lorsque nous sommes soumis à un stresseur, notre organisme réagit souvent de lui-même, avant même que nous en soyons conscients. En ce sens, les réactions physiques de stress sont ce que l'on appelle des réactions " phylogénétiques ", c'est-à-dire héritées de notre espèce, et de son évolution au travers des âges.

 

Dans un stress, l'individu est le siège de réactions hormonales complexes. Celles-ci sont marquées dans un premier temps par la libération de ce que l'on a appelé " les hormones du stress ", adrénaline et noradrénaline, destinées à nous préparer à l'action physique, à nous permettre de " passer l'obstacle ".

 

Puis dans un second temps, si les stresseurs se maintiennent, les hormones cortico-surrénales entrent en action : elles sont destinées à favoriser notre endurance et notre résistance, à nous permettre de " tenir le coup ".

 

Toute cette chimie est parfaitement au point mais il arrive parfois que, trop sollicitée, elle dépasse ses objectifs ou se dérègle quelque peu. Le stress peut alors déboucher sur des maladies psychosomatiques. C'est le cas par exemple d'un grand nombre d'allergies et de maladies de peau, de l'asthme, mais aussi de certaines hypertensions artérielles et maladies coronariennes.

 

De façon plus quotidienne et anodine, des manifestations comme la fatigue et les tensions musculaires (dorsalgies), les troubles du sommeil, les palpitations et les sensations d'oppression thoracique, les colites, les spasmes digestifs et ulcères représentent le lot quotidien des populations urbaines stressées.

 

 

Réactions comportementales

 

Il est assez facile de déceler si une personne est stressée en observant sa façon de se comporter (ladite personne pouvant très bien ne pas avoir le sentiment de l'être). Sous la pression du stress, les individus adoptent en général des gestes vifs, plus précipités, marchent et parlent plus rapidement.

 

Un des symptômes du stress est souvent que les individus agissent comme sous le coup d'une urgence, là ou cela ne s'impose pas. C'est par exemple ce qui frappent les provinciaux en visite à Paris : tous les passants marchent dans la rue avec précipitation, alors que tous ne sont pas en situation d'urgence.

 

L'individu stressé adopte aussi des attitudes plus vite agressives ou hostiles en cas de contrariété ou de frustration. D'amusantes études ont été conduites sur des cabines de téléphone volontairement déréglées, pour observer à partir de quel moment le sujet agacé commençait à s'en prendre à la machine.

 

Des comportements plus complexes encore, comme le recours à l'alcool ou au tabac sont assez souvent corrélés au stress.

QUE FAIRE FACE AU STRESS ?

 

Le problème des réactions de stress vient avant tout du fait que ces réactions sont en grande partie innées, non contrôlées et souvent non conscientes et non identifiées.

 

Nous nous apercevons en général beaucoup trop tard de nos symptômes de tension physique, au moment où ils se sont accumulés : c'est en fin de journée ou de semaine qu'apparaissent les maux de dos, maux de tête, maux de ventre, sentiment de lassitude, de découragement, d'irritabilité, etc…

 

 

Alors, plus tôt on identifiera ses réactions de stress, mieux l'on pourra y faire face. Mais plusieurs obstacles existent : souvent, on ne prend même pas le temps d'écouter son corps. Par ailleurs, il n'est pas facile de s'avouer que les événements ont un impact émotionnel et physique sur nous.

 

Dire tout simplement : j'ai eu peur, j'ai été ému, j'en tremble encore est perçu parfois (surtout chez les hommes) comme un aveu d'infériorité. Toujours la même vieille équation erronée : être stressé, c'est être faible, manquer de maîtrise.

 

Alors, quelle est la solution ?

 

 

Mettre en place une réponse de relaxation instantanée

 

Au quotidien, ce peut être très simple :

 

    • aussi souvent que possible dans la journée, vérifier que l'on est installé, où que l'on se trouve, de la manière la plus confortable possible ;
    • respirer alors calmement pendant une ou plusieurs minutes pour relancer une bonne ventilation ;
    • essayer de relâcher les muscles de ses mâchoires, de ses épaules, de sa nuque ;
    • visualiser un spectacle agréable (un paysage que l'on aime) ou se dire tout simplement intérieurement une phrase apaisante (" je me détends, je prends soin de moi ").

Bien sûr, ceci est adapté aux petits stresseurs quotidiens et ne permet pas toutefois de traverser la vie dans un état de décontraction absolue, proche de la sérénité ou du zen !

 

 

Mettre en place des activités physiques et/ou intellectuelles régulières

 

Elles sont indispensables pour aider à l'évacuation de la tension accumulée au quotidien (travail, vie de famille). Rien de tel par exemple qu'une bonne heure de piscine, de chant, de yoga ou même une heure de thérapie pour libérer le trop plein et notamment résoudre le stress lié à des événements existentiels importants.

 

Chaque jour, il est important de se réserver quelques instants, même brefs, d'activité plaisante (téléphoner à un ami, lire quelques pages d'un bon livre, prendre un verre à une terrasse ensoleillée…).

 

 

 

Un des éléments clé pour faire face au stress est également le principe d'auto-observation.

 

Ainsi, pour mieux anticiper la réaction faut-il :

 

  • ne pas en nier l'existence (" Stressé, moi ? jamais ! ")
  • en connaître correctement les mécanismes
  • ne pas sous-évaluer sa propre personnalité en matière de stress, en surévaluant le rôle des stresseurs (" C'est parce que j'ai une vie, un travail, un conjoint, des enfants, etc… stressants. Sinon tout irait parfaitement bien ! ").

 

Drogues et toxicomanies

 

 

  

Trois parties pour ce dossier :

  1. Les produits
  2. Les aspects psychologiques de la toxicomanie
  3. Les traitements de la toxicomanie

 

 

 

 

 1ère partie : Les produits

 

 

 

Les DROGUES, leurs effets, leur histoire

 

 

Sommaire

    • Les Opiacés , l'Opium, la Morphine, l'Héroïne, les opiacés de synthèse.
    • La Cocaïne et le Crack.
    • Le Cannabis
    • Les drogues d'aujourd'hui : L'Ecstasy, le LSD, les amphétamines, le GHB, la Kétamine, les gaz hilarants.
    • Autres, toujours d'actualité: Peyotl et Mescaline, champignons, solvants.

 

 

 

 

 

 

LES OPIACES

l'OPIUM

 

L'opium est le suc provenant de la capsule du pavot. Il contient de nombreuses substances actives appelées " alcaloïdes : morphine (10 % environ), papavérine codéine, etc.

L'opium est fumé ou avalé sous forme de boulettes ou encore de préparations pharmaceutiques.

 

Des origines au début du XIXe siècle :

Il est considéré que l'origine et l'usage de l'opium se situe dans les plaines de Mésopotamie 3000 ans, avant J-C.

 

Sous Ramsès II, treize siècles avant J-C, il y est fait référence en précisant une indication : "les enfants qui crient trop fort".

 

Les civilisations avancées de l'antiquité l'ont utilisé très précocement puisque, outre les Égyptiens, les Grecs et les Romains en ont parlé, et que de nombreux objets retrouvés dans tout le Bassin méditerranéen s'ornaient de représentations du pavot blanc.

 

Notons que Morphée a prêté son nom au premier alcaloïde extrait de l'Opium au début du XIXe siècle (la morphine). Dans la mythologie grecque Morphée était le Dieu des Songes, fils de la Nuit et du Sommeil.

 

Dans l'antiquité romaine l'usage de l'opium est bien connu ; DIOSCORIDE,( 77 après J.-C.), parle avec précision du suc obtenu par incision des capsules de pavot et nommé en tant que tel alors "opium".

 

Durant le Moyen Âge, les médecins arabes diffusent largement l'opiophagie et l'on retrouve mention de l'opium dans toutes les pharmacopées du Moyen-Orient et du Maghreb.

 

AVICENNE, célèbre médecin et philosophe arabe, mourut d'ailleurs intoxiqué par l'opium en 1037 en Perse.

 

En 1660 c'est à un médecin anglais, Thomas de SYDENHAM, que l'on devra une préparation encore prescrite aujourd'hui le célèbre "laudanum® de SYDENHAM ". ( une teinture d'opium safranée ). Cette préparation était employée comme sédatif de la douleur ou comme antispasmodique. Elle reste employée de façon occasionnelle en psychiatrie.

Composition :

  • Poudre d'opium officinal………… 110 g
  • Safran incisé . ….. . .. .. … . 50 g
  • Alcool à 30° ………………..920 g

 

Du début du XIXe siècle à nos jours :

 

Les guerres de l'opium

 

On sait que le pavot était connu en Chine et qu'il en était fait un usage médicinal.

L'introduction du tabac dans cette région du globe par des marins hollandais et portugais au XVIe siècle, aura pour conséquence que l'opium y sera de plus en plus fumé.

 

A partir de la fin du XVllle siècle, les anglais, ont au Bengale le monopole de la production d'opium.

En Chine où ils possèdent aussi des colonies, l'argent métal constitue la base du système monétaire chinois. Or, pour les anglais, un excellent moyen d'obtenir de l'argent est de vendre de l'opium aux Chinois eux-mêmes.

 

Pour illustrer l'ampleur du problème, citons deux chiffres sur l'évolution des importations d'opium en Chine : elles passent de 300 tonnes en 1821 à près de 3 000 tonnes en 1848.

 

II y a un nombre croissant d'intoxiqués dans les diverses catégories sociales chinoises, notamment chez les militaires.

Ces éléments, joints aux difficultés économiques, pousseront la Cour impériale à réagir de plus en plus énergiquement, ce qui débouchera sur les 3 guerres de l'opium .

 

Elles vont se dérouler entre 1839 et 1858.

 

Deux ans pour la première et quelques mois pour la dernière à laquelle les Français participent. Chaque fois, les Chinois peu adaptés à ces types de conflits vont subir les conditions des vainqueurs.

 

Au total, la Chine devra payer de lourdes indemnités, ouvrir plusieurs ports au commerce extérieur, et tolérer le christianisme sur toute l'étendue de son territoire.

 

Paradoxe final, le nombre de Chinois intoxiqués qui était probablement d'environ deux millions en 1850 sera estimé à cent vingt millions en 1878, et, au début du XXe siècle, la Chine sera devenue le plus grand producteur mondial d'opium.

 

L'opium en Occident

 

Le goût pour le " laudanum® " est très important en Angleterre depuis déjà un certain temps au début du XIXe siècle.

Les pharmaciens anglais en délivrent beaucoup.

 

Les ouvriers l'absorbent souvent pour rendre tolérable leur harassante vie quotidienne dans l'univers industriel naissant.

Notons qu'en 1804 Thomas de QUINCEY publiera un livre entièrement consacré à son expérience :"Les confessions d'un mangeur d'opium".

 

Il y décrit les diverses phases de l'intoxication, de "la lune de miel " à la " lune de fiel ", la tyrannie de la dépendance et les difficultés du sevrage.

 

Un autre type de médication que les comprimés d'opium et de laudanum de Sydenham a vu le jour dans sa première formule en 1837 : "l'élixir parégorique® ".

L'élixir parégorique® ou teinture d'opium benzoïque (antidiarrhéique) est fréquemment détourné de son emploi par les sujets dépendants. Il est 20 fois moins concentré en morphine que la teinture d'opium safranée.

BAUDELAIRE écrira un certain nombre de textes relatifs à l'opium et au haschich, ils constitueront "Les Paradis artificiels".

C'est à partir de 1900 et en rapport avec les conquêtes coloniales françaises de l'Asie du sud-est que, l'opium, cette fois fumé, reviendra au devant de la scène.

Sous cette forme, l'intoxication concernera les officiers de marine, les milieux littéraires et de la bourgeoisie.

A Paris, à Toulon et dans la plupart des grands ports français, les fumeries se comptent par centaines (en 1905 on en dénombre 200 à Toulon).

Les fumeries parisiennes sont des lieux très privés, fréquentés par des gens célèbres ou qui le deviendront : APOLLINAIRE, Henry BATAILLE, MODIGLIANI, Alfred JARRY, TOULOUSE-LAUTREC, PICASSO, entre autres.

Les lois interdictrices de l'import de l'opium firent disparaître en quelques années les fumeries. Ces disparitions ont été probablement accélérées, surtout dans les ports, par l'action des cafetiers qui ont fait pression dans le dessein évident de récupérer une clientèle.

En 1929 Jean COCTEAU écrit un livre intitulé : "Opium", évoquant les subtilités de son usage et décrivant avec précision sa désintoxication.

Il fut l'un des rares écrivains a décrire directement et en détail les sensations éprouvées lors du sevrage.

 

En Occident l'usage de l'opium, peu courant aujourd'hui va dès lors être remplacé par des alcaloïdes extraits et des produits de synthèse.

Il n'en sera pas de même en Orient ou dans des pays comme la Turquie et l'Iran où l'opiophagie se poursuit de nos jours.

 

 

LA MORPHINE

 

La Morphine est l'extraction du principal alcaloïde de l'opium.

 

Découverte au début du XIXè siècle, elle fut présentée initialement comme une panacée universelle, à une époque où la médecine ne disposait pratiquement d'aucune thérapeutique efficace.

 

Son usage ne prendra de dimension que grâce à l'invention de la seringue, vers 1850.

 

De plus en plus utilisée à partir des années 1860 dans les hôpitaux, la morphine sera d'une grande utilité pour les chirurgiens lors de la guerre de Crimée, de la Guerre de 1870 et sur d'autres champs de bataille.

 

Une utilisation énorme en sera faite tant pour ses propriétés antalgiques que pour lutter contre la fatigue et la dépression.

Mais, revers de son efficacité et de sa rapidité d'action, l'utilisation abusive de la morphine va s'étendre rapidement pendant et après ces guerres, elle va remplacer très rapidement le laudanum®.

 

En dehors du monde médical et paramédical qui constituera longtemps un des milieux les plus touchés c'est dans les milieux bourgeois et littéraires que les adeptes de la " fée grise" vont se multiplier.

 

En France, en dehors de la cocaïne, la morphine était l'alcaloïde préférentiellement utilisé depuis le début du siècle.

 

On a évalué à 50 000 le nombre de morphinomanes français dans les années précédant la guerre de l914.

 

Cette consommation était de façon prépondérante d'origine thérapeutique et se cantonnait toujours aux mêmes milieux : intellectuels, artistiques, de la prostitution, de la couture et surtout médicaux.

 

Dans l'Encyclopédie médicale Quillet de 1936 on trouve cette phrase : "la morphine, cet alcool des riches".

 

Ceci n'est pas sans évoquer les ravages dus à l'absinthe (Liqueur alcoolique, obtenue par macération d'un mélange de plantes : anis, fenouil puis distillation) à l'autre extrémité de l'échelle sociale. On peut en voir une illustration dans le tableau : "l'absinthe" de Edgar Degas (1875) au musée d'Orsay.

 

Il semble d'ailleurs qu'il y ait eu plus de femmes morphinomanes que d'hommes.

 

"La lutte" d'Alphonse DAUDET parue en 1907 donne une description presque clinique de l'intoxication avec précision et finesse.

Déjà à cette époque on propose des cures de sevrage de la morphine et c'est à cette période que le premier traitement de substitution de l'histoire va être préconisé grâce à une invention qui fera beaucoup parler d'elle depuis : "l'héroïne".

L'HEROÏNE

 

Produit semi-synthétique; il suffit de di-acétyler la morphine pour l'obtenir; l'héroïne a vu le jour en Angleterre en 1874. C'est le produit de prédilection de la plupart des toxicomanes aux opiacés.

 

Elle se présente sous forme de poudre (blanche ou brune).

 

Son action analgésique est mise en évidence à partir de 1890; son indication était les maladies pulmonaires, notamment la tuberculose.

Elle était décrite comme une médication énergique ("heroisch" en allemand d'où son nom français d'héroïne).

 

Très rapidement, on va se rendre compte de tout le profit que l'on peut tirer de son utilisation pour " guérir ", pense t-on, les morphinomanes.

 

Dès 1900, un journal médical souligne : "l'héroïne remplaçant la morphine : plus de toxicomanes".

 

Vers 1913, on estimait à New York que 98% des toxicomanes utilisaient de l'héroïne.

 

Il faut ajouter qu'entre 1920 et 1924 il existait plus d'une quarantaine de cliniques proposant des "maintenances" à l'héroïne.

 

En fait, le plus puissant des produits dits toxicomanogènes commence sa carrière.

Il ne sera retiré de la pharmacopée française qu'en 1970 (décret du 6 février).

 

Son usage médical en France était, bien avant cette date, tombé en désuétude.

 

Quelques pays d'Europe occidentale, dont la France, la Belgique et le Royaume- Uni, sont restés jusqu'aux années soixante producteurs et exportateurs d'héroïne.

 

Il faudra attendre les années Soixante aux U.S.A. et soixante-dix en France pour que l'héroïnomanie intraveineuse prenne l'ampleur qu'on lui connaît.

 

Quelques caractéristiques des opiacés :

- ils sont considérés comme entraînant à la fois une dépendance physique et une dépendance psychique.

- la dose d'opiacé mortelle pour un individu recule avec le phénomène de tolérance; ainsi, un sujet toxicomane pourra arriver à absorber une dose lOO fois supérieure à celle d'un non toxicomane.

- Voir l'empereur romain qui pour se prémunir d'un empoisonnement avalait chaque jour un peu plus une dose de poison.

 

 

INTOXICATION AIGÜE

 

Pour le sujet venant de s'injecter de l'héroïne il y a : analgésie, euphorie ou état stuporeux. Surtout ce qui est recherché par les toxicomanes : le " flash ", sensation brutale comparée à un orgasme généralisé au niveau du corps, avec sensation de plaisir de durée variable: 8 heures avec la morphine, 4 à 5 heures avec l'héroïne).

 

Les autres symptômes : dépression respiratoire (jusqu'à l'arrêt respiratoire) constipation, nausées, vomissements, myosis,(rétrécissement de la pupille, comme sous l'effet du soleil).

 

 

LE SEVRAGE

 

C'est le "manque " à l'arrêt de la drogue.

Il survient entre 8 à 12 heures après la dernière injection.

 

L'action des Endorphines

Au début, anxiété bâillements, nervosité puis, sueurs, écoulement nasal et lacrymal. Viennent ensuite, mydriase, (dilatation anormale et persistante de la pupille ) piloérection, tremblements, sensation de " chaud et froid ", douleurs musculaires.

 

Après le premier jour d'abstinence, les symptômes sont maximum : douleurs diffuses (lombaires et abdominales surtout) vomissements, diarrhée, insomnie, agitation, et angoisse.

 

Après le troisième jour, les symptômes somatiques diminuent progressivement et disparaissent en une semaine environ. Bien entendu le "manque" physique est étroitement imbriqué avec le "manque " psychique, ce qui complique ce déroulement un peu idéal dans sa présentation.

 

On compte environ 300 000 toxicomanes en France dont 150 000 sont héroïnomanes.

 

Les ¾ environ sont des hommes.

 

Ce sont les patients qui consultent le plus souvent dans les centres de soins car il y a une dépendance physique importante en plus de la dépendance psychique.

 

Les accidents de surdosage (overdose)

En 1995 on comptait 500 morts par overdose par an en France, aujourd'hui moins de 100.

 

Par comparaison l'alcool tue 60 000 personnes par an soit par maladies soit par accidents de la route.

LA COCAÏNE

 

La feuille de coca, issue d'un petit arbuste pousse principalement dans les montagnes des Andes, à une altitude peu élevée. Elle est principalement cultivée en Bolivie, Colombie...

 

Des origines à la conquête espagnole

 

L'histoire de la coca remonte dans certaines régions de l'Amérique latine jusqu'à 2000 à 2500 ans avant J.-C.

 

L'usage de la coca peut s'expliquer par le caractère difficile des conditions de vie des indigènes, qui ne connaissaient, avant l'arrivée des Espagnols, ni le cheval, ni l'élevage, ni même la roue, bien qu'ils aient pu mener à bien des réalisations impressionnantes.

 

Apportant ainsi l'endurance et la force, permettant de supporter le froid, la maladie et la fatigue, la feuille de coca faisait le lien entre la santé et le plaisir et il n'est pas étonnant qu'elle fût l'objet d'un culte.

 

Les Incas avaient placé la coca au centre de leur système social et religieux.

 

Le contrôle absolu de cet usage restrictif peut avoir joué un rôle de protection contre l'abus de son utilisation mais aussi celui d'un procédé garantissant les pouvoirs divins de la classe dirigeante.

 

Amérigo Vespucci a été le premier Européen à décrire la consommation de la coca, en débarquant sur l'île de Margarita, au large des côtes du Venezuela en 1499.

 

En Europe : La cocaïne dans la thérapeutique

 

La cocaïne fut le dernier des grands alcaloïdes du XIXe siècle à être isolé.

 

Un des objectifs principaux de la recherche médicale étant de supprimer la douleur, il n'est donc guère étonnant que la cocaïne obtienne très rapidement une place égale à celle de l'opium et de la quinine dans la pharmacopée.

 

Carl KOLLER devait découvrir les propriétés anesthésiantes de la cocaïne.

 

Il remarqua que celle-ci provoquait l'insensibilisation de la langue et réalisa soudain que cette propriété pouvait être utilisée en chirurgie oculaire.

 

En 1884 FREUD publia le premier des cinq articles qu'il devait écrire sur la cocaïne : "Uber Coca".

 

Parmi les premiers à effectuer des recherches sur la cocaïne, il en décrit les effets stimulants et en recommande l'utilisation dans de multiples cas.

 

Il en justifie l'emploi comme anesthésique local, et surtout dans la cure de sevrage des morphinomanes et des alcooliques.

 

L'entrée de la cocaïne dans le domaine thérapeutique, sous la forme d'injections sous-cutanées, voie d'administration la plus courante à l'époque, fit beaucoup pour sa renommée de remède et, par-là, détermina son abus potentiel.

 

Le docteur A. CONAN DOYLE, ophtalmologiste, mentionna l'usage de la cocaïne pour son personnage, le célèbre détective Sherlock Holmes, dès 1886.

 

Ce dernier pratiquait l'injection intraveineuse de la fameuse solution à 7 % avec une élégance raffinée. Son créateur en était d'ailleurs lui-même usager.

 

Cependant la cocaïne en prise nasale constituera rapidement un mode d'introduction dans l'organisme largement répandu dans la mesure où il ne nécessitait pas l'utilisation d'un matériel spécifique et permettait une certaine discrétion en ne laissant pas de traces de piqûres.

 

Ce mode d'administration contribua beaucoup a la diffusion dans toutes les couches sociales de l'usage de la cocaïne en poudre.

La cocaïne au XXe siècle

 

Le succès de la cocaïne, secondaire à celui de la morphine en tant que drogue de plaisir s'émailla d'incidents divers tels que les ulcérations nasales, l'insomnie ou la malnutrition mais aussi de cas de paranoïa.

 

Coca et cocaïne furent classés dans les stupéfiants et interdits aux U.S.A. ouvrant par-là la porte au trafic.

 

Le trafic alimenta la consommation clandestine au-delà de la Seconde Guerre mondiale qui vit les amphétamines et les morphiniques synthétiques remplacer l'usage de la cocaïne quand son approvisionnement fut interrompu par les conflits.

 

Depuis l'après-guerre, un usage plus discret se poursuivait parmi les artistes et les musiciens, dans la jet society et les milieux de créations.

 

Depuis 1970, on a vu s'accroître régulièrement la consommation de la cocaïne, souvent associée à des morphiniques, dans toutes les couches de la société en Occident.

 

Les signes cliniques

 

D'une façon générale, la consommation de cocaïne se traduit par une tachycardie, une dilatation pupillaire (mydriase), une hypertension artérielle, des sueurs avec frissons, des nausées et parfois des vomissements, sur fond d'agitation psychomotrice avec parfois confusion mentale.

 

L'abus de cocaïne

 

L'alcool est le produit le plus utilisé pour éviter les effets secondaires de la cocaïne.

 

Les prises d'alcool s'intensifient à la fin de la journée car chacun appréhende la "descente " de la coke et essaie de retarder l'échéance d'où le "cercle infernal " : les prises se rapprochent et les quantités d'alcool atteignent des proportions démesurées. C'est dans ces conditions que peuvent apparaître les symptômes d'un pré D.T. (Delirium Tremens) attribué à l'alcool alors que l'intoxication alcoolique s'avère en réalité secondaire par rapport à l'intoxication cocaïnique.

 

Lorsque l'abus chez l'usager provoque des troubles, c'est l'intensité et la gravité de ceux-ci qui déterminent le type de suivi et d'aide recherchée : le cabinet de médecine générale quand il s'agit d'atténuer l'anxiété, l'insomnie, l'épuisement physique et psychique ; l'hôpital psychiatrique quand les troubles rappellent un tableau de psychose aiguë : état paranoïde, délire, hallucinations, troubles du comportement avec agitation, agressivité, idées suicidaires, etc.

 

Beaucoup de consommateurs de cocaïne ne sont pas demandeurs de soins et, quand ils le sont, s'adressent plutôt à la médecine libérale.

 

Notons le "Speed-ball" : cocaïne et héroïne par voie intraveineuse.

Commentaire d'un usager : "le shoot est bien meilleur, la cocaïne s'ajoute au piquant de la défonce"

 

Les héroïnomanes parlent peu de leur consommation de cocaïne même si elle est importante. Ils viennent demander une aide pour une autre consommation qui leur , pose problème : celle des opiacés.

 

En fait l'utilisation de l'héroïne évite la torturante dépression qui s'empare du toxicomane lors de la "descente de la coke".

 

Manifestations somatiques et neurologiques :

La cocaïne provoque :

 

  • Nécroses de la cloison nasale chez les usagers.
  • Une contraction de la plupart des vaisseaux sanguins. Les tissus, insuffisamment irrigués, s'appauvrissent et, par conséquent, se nécrosent. C'est souvent le cas de la cloison nasale avec des lésions perforantes chez les usagers réguliers.
  • Des troubles du rythme cardiaque. Ils peuvent être à l'origine d'accidents cardiaques, notamment chez des personnes fragiles et/ou qui consomment de fortes quantités de tabac. D'autant que la consommation de tabac, comme celle de l'alcool, est souvent augmentée lors des prises de cocaïne.
  • Risques d'infarctus. 7 décès par surdose recensés par les services de police en 1999.

 

La cocaïne abaissant le seul épileptogène, des convulsions sont fréquentes et peuvent survenir même lors d'une administration unique.

Manifestations psychiques :

La cocaïne est un psychostimulant puissant.

 

Lors d'un usage occasionnel, le consommateur ressent une sensation d'euphorie, de bien- être, de facilitation relationnelle, d'accroissement de la vigilance avec insomnie et anorexie.

 

Cette phase d'excitation psychique s'accompagne de perturbations de l'humeur, d'une sensation subjective d'amélioration des performances physiques, avec augmentation de la force musculaire, diminution de la sensation de fatigue, diminution de l'appétit et du sommeil, logorrhée, sudation, douleurs musculaires. Leur arrêt se traduira par une anxiété, voire une dépression incitant le sujet à reprendre du produit.

 

Une autre caractéristique de la cocaïne est de lever les inhibitions, ce qui peut conduire à commettre des actes de violence, des agressions sexuelles, des dépenses compulsives, etc. La sensation de "toute-puissance" entraînée par la cocaïne en fait un produit qui risque d'engendrer des passages à l'acte.

 

Par ailleurs, les matériels utilisés pour "sniffer" peuvent transmettre les virus des hépatites A, B et C, s'ils sont partagés entre plusieurs usagers. En cas d'injection, le matériel partagé peut transmettre le virus du sida.

 

Cependant, aucune étude ne prouve aujourd'hui la constitution de lésions centrales irréversibles par la seule action de la cocaïne sur les neurones.

 

Dépendance et tolérance :

 

Si l'existence d'une tolérance à la cocaïne n'est pas établie l'usage de la drogue donne lieu à une dépendance psychique majeure ainsi qu'à une dépendance physique d'intensité moindre.

 

Lors de l'arrêt de la consommation de cocaïne ou lors d'une simple réduction de l'utilisation de la drogue, des signes de sevrage apparaîtront en quelques heures, et vont aller s'accroissant pendant douze à quatre vingt seize heures. Ils s'accompagnent d'une humeur dysphorique, de troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), de boulimie, d'agitation ou de ralentissement psychomoteur et d'une fatigue intense.

 

La cocaïne ne donne pas lieu à des manifestations de sevrage physiques importantes.

 

Spécificité de la consommation de la cocaïne :

 

Les consommateurs de cocaïne se distinguent des consommateurs d'héroïne.

 

C'est une consommation qui implique plutôt l'irrégularité et les hautes fréquences : une prise nasale selon un rythme d'une fois par heure ou davantage, une injection répétée vingt fois en une journée.

 

Cette consommation peut faire alterner épisodes d'usage intensif, voire frénétique, et épisodes beaucoup plus calmes.

 

Les prix et les quantités :

 

Le prix moyen pour un gramme est d'environ 800 F, certains sujets disent dépenser jusqu'à 1 500 F pour 1 gramme dans certains cas. Les prix les plus habituellement pratiqués, cependant, sont de 600 à 1 000 F le gramme.

 

 

 

Le Crack

 

Le "Caillou " est un produit obtenu à partir d'un mélange de bicarbonate de soude d'ammoniaque et chlorhydrate de cocaïne et qui aboutit à ce que l'on appelle "Crack " aux États Unis. L'opération a pour objectif de transformer le chlorhydrate de cocaïne en un produit à fumer.

 

"Le Caillou, c'est de la cocaïne pure qu'on mélange avec de l'eau et du bicarbonate dans une grande cuiller ou une louche qu'on chauffe avec un briquet jusqu'au moment ou le tout se rassemble à la surface et où la poudre se transforme en petits grains qu'on retire à l'aide d'une allumette et qu'on dépose dans un mouchoir. On laisse sécher les grains qui ressemblent à des cristaux blancs vitreux".

 

La cocaïne, sous forme de "base" au sens chimique du terme, ne se détruit pas lors de sa combustion. La fumée peut donc être inhalée et les effets de la cocaïne se trouvent démultipliés du fait que la drogue passe directement, et donc rapidement, dans le sang artériel.

 

Les consommateurs de Crack :

 

Aux États Unis, le Crack est apparu au début des années 1980.

 

A Paris, nous avons constaté son apparition au début de l'année 1989.

 

Il est vendu sous forme de "galettes" ou "demi-galettes".

 

En une nuit, une même personne peut consommer une dizaine de "galettes".

 

Les effets surviennent en cinq ou dix secondes et durent environ cinq à dix minutes, ce qui contraint l'usager à réitérer très fréquemment l'administration.

 

Les hommes sont en nette majorité. Les femmes, le plus souvent, s'adonnent à la prostitution. Il suffit d'un mois environ pour voir ces sujets passer de l'expérimentation à une dépendance avérée avec toutes ses conséquences : amaigrissement, pâleur, épuisement, état de confusion. Il n'est pas exceptionnel de rencontrer des sujets, surtout les prostituées, n'ayant pas dormi un instant pendant des périodes de trois à quatre journées.

 

Les toxicomanes qui utilisent différents produits (méthadone, Subutex) pour se stabiliser et éviter le manque, consomment le Crack pour le flash.

 

L'usage régulier du crack peut provoquer :

 

  • des dommages rapides sur le cerveau
  • de graves altérations des voies respiratoires
  • des arrêts respiratoires et/ou cardiaques pouvant entraîner la mort

 

Sa consommation régulière crée rapidement une forte dépendance psychique et une neurotoxicité très importante. Les usagers, même après avoir cessé d'en consommer, restent souvent soumis à des altérations de l'humeur et connaissent pendant plusieurs mois des épisodes de rechute éventuels.

Le cannabis

 

C'est à l'heure actuelle la drogue la plus répandue avec l'alcool et le tabac.

 

LA PLANTE

 

Cultivé sur les pentes de l'Himalaya 3500 ans avant notre ère, le cannabis atteignit au début du deuxième millénaire avant J.-C. les bords du Nil et la Perse où son usage se répandit parmi les populations.

 

On a pu également établir que le chanvre était cultivé en Chine il y a 5000 ans pour sa fibre textile et qu'il fut utilisé plus tard pour ses vertus sédatives et médicinales.

 

Aujourd'hui, le cannabis pousse dans le monde entier.

 

Le Cannabis présente cette particularité de s'enrichir en produits psychoactifs aux dépens de la longueur et de la qualité de la fibre textile.

Au fil des ans, sous le soleil, ce chanvre textile s'enrichit en résine et sa fibre devient impropre à la fabrication des cordages. Il peut contenir alors de 5 à 10% de principes actifs (THC).

 

Ce sont les romains qui donnèrent au chanvre le nom de cannabis. Il existait à cette époque de nombreuses cultures de chanvre sur tout le pourtour méditerranéen : les cannebières.

 

Vers 1530, RABELAIS fait la description d'une herbe aux qualités très évocatrices de celles du cannabis, dans le "Pantagruelion".

 

George WASHINGTON note dans son journal des 12 et 13 mai 1765 qu'il a semé du chanvre. Le 7 août il écrit laconiquement, "Commencé à séparer le chanvre mâle du femelle... un peu trop tard".

 

En 1798, Napoléon Bonaparte lors de sa campagne d'Égypte et devant l'utilisation massive par ses troupes du haschich, dût interdire ce dernier, fumé ou bu. Les soldats en rapportèrent cependant l'usage à Paris.

 

En 1845, le Dr MOREAU DE TOURS publia son traité: " Du haschich et de l'aliénation mentale ", dans lequel il se fait le spécialiste de son usage dans le traitement des affections mentales.

Médecin à Bicêtre, il connaissait le haschich depuis 1837 et en faisait usage lui-même pour tenter de comprendre les mécanismes de la folie.

 

C'est l'époque du célèbre "club des Haschichins" créé par Théophile GAUTIER.

Il comptera parmi ses membres, DELACROIX, Gérard de NERVAL, BAUDELAIRE, FLAUBERT, DUMAS... qui se réunissaient dans l'île Saint-Louis, chez le peintre BOISSARD DE BOISDENIER pour y consommer le " Dawamesk ", confiture verte au chanvre indien.

 

C'est en 1910 qu'intervint la première interdiction du cannabis.

 

L'usage toxicomaniaque ne parvint en Europe occidentale que vers 1950.

 

Il fallut attendre 1965 pour qu'un chercheur israélien, isolât le delta 9 tetrahydrocannabinol, (THC) principal alcaloïde responsable des effets psychiques de la drogue.

 

Les particularités du cannabis.

 

L'herbe, mélange des sommités desséchées et des graines, est la préparation de base, la moins riche en THC.

 

Le haschich et ses équivalents est constitué de résine séchée et compressée, commercialisés sous forme de "barrettes "

 

Le produit est souvent coupé de henné (lorsqu'il y en a beaucoup, comme dans le haschich provenant du Liban, la drogue devient rougeâtre et cassante)

 

Le cannabis est donc utilisé sous trois formes :

 

  1. sous la forme de feuilles séchées, appellation commune : l'herbe ou la marijuana
  2. sous forme de résine, appellation commune : le haschich
  3. sous forme d'huile, produit extrêmement dangereux puisque sa teneur en THC peut aller à 70%, et assimilée alors à une drogue dure pour la puissance de ses effets (hallucinogènes essentiellement).

 

Sous ces différentes formes, il peut être fumé ou ingéré.

 

 

L'Ecstasy

 

Les usagers, notamment les jeunes, présentent souvent L'Ecstasy comme une bonne drogue à la différence des " drogues dures ". Ils banalisent les risques. Plus généralement, ils les ignorent.

 

Le produit et ses effets :

 

Sur le plan chimique, cette drogue est une amphétamine, le MDMA (méthylène dioxy-méthamphétamine).

 

Elle se présente sous forme de comprimés ou de gélules. Selon la nature et la proportion des composants l'Ecstasy s'appelle : pill's, colombe, trèfle.

 

La composition d'un comprimé présenté comme étant de l'ecstasy est souvent incertaine ; la molécule MDMA n'est pas toujours présente et peut être mélangée à d'autres substances : amphétamines, analgésiques (substances qui atténuent ou suppriment la douleur), hallucinogènes, anabolisants.

 

L'ecstasy peut également être coupé avec de la caféine, de l'amidon, des détergents, du savon... !

 

Le MDMA a été découvert en 1914 par un allemand, il servait à l'époque de coupe-faim.

 

LE MDMA n'est pas hallucinogène à faible dose et il ne désorganise pas les processus de pensée.

 

Contrairement au LSD qui altère toutes les fonctions cérébrales, le MDMA sélectionnerait certaines fonctions psychiques et amplifierait la capacité d'empathie et l'aptitude à la sérénité.

 

Certains professionnels l'ont proposé ( il en fut de même pour le LSD ) comme instrument facilitant l'élaboration psychothérapique. C'est à cette époque que le MDMA fut baptisé Adam ou Ecstasy. I1 recevra ultérieurement bien d'autres qualificatifs.

 

Sur le plan psychopathologique, une symptomatologie anxieuse et une insomnie rebelle peuvent s'observer pendant un ou plusieurs jours. Des phénomènes d'illusions, voire d'hallucinations visuelles ou auditives (avec des doses supérieures à 200 mg de MDMA) ont été décrits.

 

Les usagers d'ecstasy recherchent la sensation d'énergie, de performance et la suppression de leurs inhibitions (les blocages, les défenses et les interdictions tombent). À l'effet de plaisir et d'excitation s'ajoute une sensation de liberté dans les relations avec les autres.

 

L'ecstasy provoque tout d'abord une légère anxiété, une augmentation de la tension artérielle, une accélération du rythme cardiaque et la contraction des muscles de la mâchoire ; la peau devient moite, la bouche sèche. Suit une légère euphorie, une sensation de bien-être et de plaisir. Elle s'accompagne d'une relaxation, d'une exacerbation des sens et d'une impression de comprendre et d'accepter les autres.

 

Toxicité et mortalité :

 

Dans les cas les plus graves, la mort est la conséquence d'une hyperthermie sévère associée à une coagulation intravasculaire disséminée.

 

Il arrive que l'usager ressente, trois ou quatre jours après la prise, des passages à vide qui peuvent provoquer des états d'anxiété ou de dépression nécessitant une consultation médicale.

 

Une consommation régulière et fréquente amène certains à maigrir et à s'affaiblir ; l'humeur devient instable, entraînant parfois des comportements agressifs. Cette consommation peut révéler ou entraîner des troubles psychiques sévères et durables.

 

Les risques de complication semblent augmenter avec la dose "gobée", la composition du produit et la vulnérabilité de l'usager. Les personnes qui suivent un traitement médical s'exposent à des effets dangereux, à cause des interactions médicamenteuses qui risquent de se produire, notamment avec l'aspirine, certains médicaments anti-VIH et certains antidépresseurs.

 

La consommation d'ecstasy est particulièrement dangereuse pour les personnes qui souffrent de troubles du rythme cardiaque, d'asthme, d'épilepsie, de problèmes rénaux, de diabète, d'asthénie (fatigue) et de problèmes psychologiques.

 

Les travaux scientifiques établissent une possible dégénérescence des cellules nerveuses dont on ne sait pas si elle est réversible et qui peut entraîner à terme des maladies dégénératives ou des troubles responsables d'une dépression.

Le L.S.D.25

 

Le diéthylamide de l'acide lysergique, appelé L.S.D.25 est le plus connu des hallucinogènes utilisés dans le monde occidental.

Ses propriétés furent découvertes par hasard vers la fin de la première moitié de notre siècle.

 

Il est dérivé de certains alcaloïdes de l'ergot de seigle, champignon parasite des céréales.

 

Les propriétés médicinales de ce dernier semblent avoir été connues dans les temps éloignés.

 

Il paraît avoir été utilisé en Chine ancienne et dans la civilisation aztèque précolombienne, 2 à 3 000 ans avant J.-C.

 

Les premières épidémies d'ergotisme éclatèrent à Paris en 945 sous le nom de " peste de feu ". D'autres, en période de famine prirent le nom de "feu sacré" ou "feu de St Antoine".

 

Voir l'histoire du médecin de GIGA :

son père médecin dans les années 50 en Provence avait décelé une épidémie d'ergotisme et avait dû faire appel aux autorités sanitaires et à l'armée pour mettre en quarantaine la population d'un petit village dont certains habitants présentaient des signes d'hallucinations graves, certains en étaient morts.

 

Un des signes de ce mal consistait en la gangrène des extrémités entraînant le dessèchement et la chute des membres.

En fait le pain de seigle préparé avec des grains ergotés en était responsable.

 

Ce dernier exerçait ses ravages en période de disette parce que, pendant ces temps difficiles, on ne séparait pas le seigle de l'ergot pour des raisons d'économie.

 

En 1934 on isole l'acide lysergique, noyau commun à tous les alcaloïdes de l'ergot.

 

A partir de 1918, deux chercheurs qui avaient préparé une série de corps de synthèse, fabriquent la 25e d'une série de 27 molécules synthétisées : le Lysergic Diethylamid Saure (dénomination allemande).

 

L'acide fut au centre de la grande vague psychédélique des années 60 aux U.S.A. et plus tard en Europe, de 1967 à 1974.

La consommation orale du L.S.D. prit au fil du temps divers aspects de présentation : de la goutte de L.S.D. déposée sur un simple morceau de sucre ou sur un buvard, aux" pills " et aux cristaux.

 

Aujourd'hui :

 

Il se présente sous la forme d'un buvard, d'une "micropointe" (ressemblant à un bout de mine de crayon) ou sous forme liquide.

Un "trip" contient entre 50 et 400 micro-grammes, de LSD.

 

Le LSD est un hallucinogène puissant. Il entraîne des modifications sensorielles intenses, provoque des hallucinations, des fous rires incontrôlables, des délires. Ces effets, mentalement très puissants, sont très variables suivant les individus.

 

Un "trip" dure entre cinq et douze heures, parfois plus longtemps.

 

La redescente peut être très désagréable ; l'usager peut se retrouver dans un état confusionnel pouvant s'accompagner d'angoisses, de crises de panique, de paranoïa, de phobies, de bouffées délirantes.

 

L'usage de LSD peut générer des accidents psychiatriques graves et durables.

 

 

 

Les amphétamines ou speed

 

Les amphétamines (speed ou ice ou cristal) sont des psychostimulants puissants et coupe-faim.

 

Elles se présentent sous forme de cachets à gober ou de poudre à sniffer. Elles sont très souvent coupées avec d'autres produits.

 

L'association avec de l'alcool ou d'autres substances psychoactives comme l'ecstasy (MDMA) accroît les risques.

 

Stimulants physiques, elles donnent la sensation de supprimer la fatigue et l'illusion d'être invincible. Les effets durent plusieurs heures.

 

Leur consommation peut entraîner une altération de l'état général par la dénutrition et par l'éveil prolongé conduisant à un état d'épuisement, une grande nervosité et, parfois, des troubles psychiques (psychose, paranoïa).

 

On peut assister à l'apparition de problèmes cutanés importants (boutons, acné majeure).

 

La descente peut être difficile, provoquer une crispation des mâchoires, des crises de tétanie, des crises d'angoisse, un état dépressif, et comporter des risques suicidaires.

 

Ces produits s'avèrent très dangereux en cas de dépression, de problèmes cardio-vasculaires et d'épilepsie.

 

 

 

Les poppers

 

Les poppers sont des vasodilatateurs utilisés en médecine pour soigner certaines maladies cardiaques.

 

Sniffés à des fins non médicales, leurs effets sont quasiment immédiats : brève bouffée vertigineuse et stimulante.

 

L'usager ressent une sensation de vive chaleur interne et sa sensualité est exacerbée.

Cet effet dure à peu près deux minutes.

 

La consommation fait apparaître des plaques de rougeur sur la peau, provoque des vertiges, des maux de tête qui peuvent être violents mais de courte durée et augmente la pression interne de l'œil. À forte dose, les poppers peuvent créer une dépression respiratoire, endommager les cloisons nasales.

 

Une consommation régulière entraîne des anémies graves (fatigue due à la baisse de la capacité des globules rouges à fixer l'oxygène), des problèmes passagers d'érection, des rougeurs et des gonflements du visage, des croûtes jaunâtres autour du nez et des lèvres.

 

Concentrés, ils provoquent des vertiges violents, voire des malaises.

 

Les poppers contenant des nitrites de butyle et de pentyle sont interdits au public depuis 1980.

 

 

 

Le GAMMA OH ou le GHB

 

Le Gamma OH est connu sous de nombreuses appellations dont les plus courantes sont "GBH" (Grievous Bodily Harm), "GHB", Liquid Ecstasy, Fantasy...

 

Il est vendu en poudre ou en granulés à dissoudre dans l'eau.

 

Il est utilisé en anesthésie et plus particulièrement en obstétrique. Il est utilisé à des fins non médicales ou abusivement depuis une dizaine d'années.

 

Son utilisation est devenue festive et parfois criminelle, d'où son nom de "date rape drug" (drogue du viol), en raison des propriétés de la molécule : amnésie, état semblable à l'ébriété, délais d'action très courts.

 

Des cas de coma ont été observés notamment lors d'une absorption simultanée d'alcool.

 

Kétamine ou Spécial K

 

La kétamine présente des effets hallucinogènes et elle possède des propriétés anesthésiques et analgésiques.

 

Vendue sous forme de comprimés sous le label "ecstasy", elle est souvent associée à des substances ou à des médicaments tels que l'éphédrine ou la sélégifine au Royaume-Uni.

 

Connue sous les appellations Ket, Ketty..., elle est "sniffée" en ligne pour ses effets hallucinogènes dans les "rave parties".

 

Elle est notamment très souvent utilisée dans les expériences de "voyages aux confins de la mort" (near death expérience), sous le nom de "Vitamine K" ou de "Special K".

 

L'utilisation illicite de la kétamine est dangereuse en raison des effets entraînés tels que :

  • perte de connaissance accompagnée de vomissements et risque d'asphyxie par invasion pulmonaire des vomissements ;
  • troubles d'ordre psychique (anxiété, attaques de panique), neurologiques (paralysies temporaires) ;
  • troubles digestifs (nausées, vomissements).

 

En cas de surdosage, il y a risque d'arrêt respiratoire et défaillance cardiaque.

Il n'existe en France que des spécialités injectables à usage humain, pratiquées à l'hôpital ou à usage vétérinaire.

Le protoxyde d'azote ou gaz hilarant

 

Le protoxyde d'azote est un gaz conditionné, liquéfié sous sa propre pression, dans des bouteilles métalliques. Ces usages sont variés, par exemple comme gaz de pressurisation, d'aérosols alimentaires, ou comme anesthésique en chirurgie et ceci exclusivement mélangé à de l'oxygène. Le protoxyde d'azote fait l'objet d'usages détournés, sous l'appellation "Proto" dans les soirées et les manifestations festives. Il est inhalé sous forme de ballons, vendus à un prix modique.

 

Il entraîne des modifications de la conscience, euphorie, distorsions visuelles et auditives, effets sédatifs, également vertiges, angoisse, agitation, manifestations digestives (nausées, vomissements). Il peut présenter des risques, immédiats ou à long terme, pour la santé.

 

Risques immédiats :

les effets très rapides et fugaces peuvent inciter à consommer plusieurs ballons à la suite, exposant l'usager à des risques d'asphyxie par manque d'oxygène (surtout si le gaz est pur) ou par invasion pulmonaire des vomissements.

 

Les risques sont accrus lorsque le protoxyde d'azote est utilisé en association avec d'autres produits (alcool, cannabis, ecstasy...).

 

Risques à long terme :

l'utilisation chronique (utilisation journalière, par exemple) peut entraîner des troubles neurologiques (tremblements, coordination des mouvements) liés à une carence en vitamine B12.

 

Elle peut provoquer des chutes avec parfois des traumatismes. Il faut éviter de conduire un véhicule. De plus, avec le protoxyde d'azote, la proximité de fumeurs, risque d'initier des réactions chimiques explosives.

 

 

Peyotl et mescaline

 

L'origine divine du PEYOTL se confond avec le début des civilisations précolombiennes.

 

Ses propriétés hallucinogènes viennent d'un petit cactus des régions semi désertiques du nord du Mexique.

 

Il est consommé mâché ou en décoction.

 

L'usage du peyotl se répandit au siècle dernier dans les tribus indiennes des Etats-Unis.

 

La MESCALINE (du nom des Indiens Apaches Mescaleros) est le principal alcaloïde du peyotl.

 

Antonin ARTAUD dans ses écrits évoque son expérience de la mescaline. Plus recherchée que le L.S.D. pour la qualité des hallucinations visuelles qu'elle engendre, on trouve la mescaline synthétique sous forme de comprimés sur le marché illégal.

 

 

 

Les champignons hallucinogènes

 

L'utilisation des champignons sacrés remonte elle aussi bien avant notre ère. Les psilocybes possèdent des propriétés hallucinogènes dont l'activité est estimée 50 fois plus puissante que celle de la mescaline mais 100 fois moins que celle du L.S.D.25.

 

La FAUSSE ORONGE est connue en Europe depuis des siècles et les intoxications inévitables qui se sont produites étaient caractérisées par un délire hallucinatoire.

 

L'amanite tue-mouches en fait partie.

 

La croyance populaire du Moyen Age attribuait la cause de la folie à la pénétration d'insectes dans la boite crânienne d'où le qualificatif de " tue-mouches " dont on peut retrouver le sens dans des expressions comme " avoir une araignée au plafond " ou " prendre la mouche ".

 

Les champignons hallucinogènes sont inscrits depuis 1966 au tableau 8 des substances vénéneuses.

 

Il est à noter que la convention internationale sur les psychotropes de 1971 n'a visé que les principes actifs sans concerner les végétaux eux-mêmes.

 2ème partie : les aspects psychologiques de la toxicomanie

 

 

 

Introduction

 

Toutes les sociétés, depuis l'origine des temps, ont connu la consommation de produits euphorisants, hallucinogènes, et les connaîtront toujours. De ce point de vue la prise de drogues n'est pas un problème nouveau..

 

Cependant, depuis une trentaine d'années, la banalisation des drogues et des pratiques de consommation associée à une augmentation des produits disponibles, il est de fait aujourd'hui que nous nous trouvons devant un véritable phénomène de société.

 

Il est donc important de faire la distinction entre :

 

  1. une prise de produits qui est souvent occasionnelle, et donc sans conséquences sérieuses. Chez les consommateurs, on distingue : usage récréatif, occasionnel, régulier, problématique de produits licites et/ou illicites chez les jeunes et les adultes.
  2. et la toxicomanie (qui suppose une conduite pathologique de la prise de produits).

 

Concernant la toxicomanie, nous nous trouvons face à une pathologie de la dépendance : dépendance à un objet inerte, et en même temps source de jouissance.

 

Il en est d'autres telles que :

 

    • l'alcoolisme (on compte en 99 : 2 millions d'alcoolo-dépendants, en France).
    • la toxicomanie médicamenteuse
    • l'anorexie/boulimie, vis-à-vis de la nourriture.

 

Mais, il est de fait que parmi ces pathologies diverses, la toxicomanie a bien mauvaise presse auprès de la population autant que de bon nombre de soignants.

 

Il suffit de s'interroger quelque peu sur ce formidable lieu commun de "la drogue" pour s'apercevoir que son mythe est le symétrique, en négatif , du mythe du médicament idéal, de la pilule du bonheur........ Les produits qui y sont associés (les drogues) sont accusés de détruire simultanément l'individu et la société, alors que les autres (les médicaments) en seraient les meilleurs auxiliaires du mieux-être et du progrès.

 

Et pourtant, on sait combien en France la surconsommation de médicaments psychotropes est très proche pour certains d'une pathologie toxicomaniaque.

 

Devant la diversité des toxicomanies (diversité des produits utilisés), la diversité des individus concernés, des traitements utilisés, il est difficile de proposer une définition claire et précise de la toxicomanie.

 

Aussi, nous serons amenés à passer en revue différentes théories et pratiques dans ce champ si complexe des toxicomanies.

 

Les différentes théories et pratiques :

 

Rappelons que la notion de toxicomanie est née, à la fin du XIXème siècle, d'une volonté de quelques cliniciens de globaliser dans une même entité des consommations nocives de différentes substances. Il s'agissait de dépasser les séparations d'alors entre morphinomanie, cocaïnomanie, éthéromanie, etc., mais aussi de dessiner une nouvelle figure pathologique caractérisée par l'impulsivité et l'"incurabilité" : le toxicomane.

 

L'alcoolisme est à cette époque une question autre, traitée différemment. L'alcool, en effet, ne peut être considéré comme toxique en soi car ce serait mettre en accusation le vin, un symbole trop intimement lié à l'identité française pour que cela puisse s'imaginer.

 

Durant plusieurs décennies depuis les années 1950, la nosographie psychiatrique française a rangé la toxicomanie et l'alcoolisme à côté des perversions sexuelles dans le vaste fourre-tout des "psychopathies" ou des "déséquilibres psychiques", premier chapitre des maladies mentales chroniques dans le manuel de psychiatrie d'Henri Ey (ouvrage qui a servi de base à la formation de générations de psychiatres). Cette conception reliant confusément alcoolisme et toxicomanie aux perversions a perduré longtemps et elle est à l'origine de nombreuses contre-attitudes d'équipes soignantes. Avec le DSM, on peut craindre qu'elle retrouve une apparence de modernité à travers la catégorie quelque peu ambiguë des "personnalités anti-sociale".

 

 

Parmi les théories très en vogue et donc des traitements qui en découlent citons :

 

Le comportementalisme

 

D'une façon générale le courant de pensée comportementaliste ne fait aucun lien entre la consommation de drogue et d'éventuels soubassements psychologiques. Elle réfute par principe l'existence de motivations inconscientes.

 

Dans les structures comportementalistes on présuppose que la drogue est venue se greffer de façon accidentelle sur un organisme sain et qu'il suffit d'empêcher un certain temps la mauvaise habitude de s'exercer pour que le sujet redevienne sain.

 

Ceci peut être le cas pour certaines toxicomanies récentes mais, là les sujets consultent rarement et parviennent à décrocher seuls.

 

Autant la cure de sevrage physique est facile, autant il est difficile de rester abstinent longtemps. La fréquence des rechutes après sevrage physique peut conduire l'entourage a rêver d'un traitement radical, voire d'un traitement miracle qui puisse être appliqué à l'insu du toxicomane qui refuse de se faire soigner.

 

D'où le foisonnement de structures et de techniques de soins différentes proposant toutes un traitement radical.

 

Exemple la postcure d'APT® dans l'Ain, crée par Jane Birkin). Dans cette postcure on propose un temps de travail de deux mois avec des psychothérapies tous les jours. Au préalable il est demandé au patient d'être complètement sevré de méthadone et de tous médicaments, ce qui n'est pas sans risque lorsque l'on a affaire à une pathologie état limite ou psychotique qui peut se décompenser en l'absence de médicaments et sous la pression du travail psychothérapeutique intensif. L'objectif étant ici comme ailleurs d'en finir radicalement avec les conduites toxicomaniaques.

 

la théorie neuro biologique

 

Sur le plan neurobiologique, un consensus scientifique existe sur le fait que la plupart des substances psychoactives agissent sur les circuits neuronaux dits " de la récompense " en activant les neurones de l'aire tegmentale ventrale et leurs projections dopaminergiques d'un côté sur le cortex préfrontal et de l'autre sur le noyau accumbens.

 

Les phénomènes d'auto-administration chez l'animal et les mécanismes de renforcement semblent également comparables.

 

De plus, il apparaît que, quelle que soit la substance en cause, les phénomènes de dépendance reposent sur (ou provoquent) des perturbations de ces circuits neurochimiques, en particulier la voie dopaminergique mésolimbique.

 

Cette dépendance se traduit, à l' arrêt de la consommation, par un syndrome de sevrage dont l'expression symptomatique et l'intensité sont différentes selon le produit en cause.

 

Rappelons cependant que depuis longtemps, la tendance est de réduire la problématique de l'addiction à une simple affaire de produits.

 

L'élaboration théorique et le compte-rendu des données cliniques dont nous disposons nous montrent tout au contraire que cette affaire est loin d'être une simple affaire de molécules.

 

Cette tendance ne fait que conforter la société d'abord, et les addictés ensuite que tout cela n'est qu'une affaire de désordres chimiques.

Théories psychopathologiques :

Dans une perspective nosographique, le toxicomane donne à observer des éléments psychopathologiques relevant de chacune des grandes structurations psychologiques, sans qu'il soit possible de les systématiser dans l'un des modèles les plus typés que sont:

  • La Psychose.
  • La Perversion
  • La Névrose.
  • Les Etats Limites

 

S'il est bien vrai que chaque toxicomane est différent, que donc nous avons affaire à des personnalités très différentes, à des structures psychiques différentes ; ici, dans cette perspective psychopathologique les traitements de soins sont souvent d'ordre psychiatrique et donc médicamenteux.

 

Il est largement admis aujourd'hui par les chercheurs et les cliniciens qu'on ne devient pas toxicomane par hasard et que la grande majorité des toxicomanies actuelles sont à mettre en rapport avec des troubles dans les processus de maturation de la personnalité.

 

Pour CI. Olievenstein le problème de la drogue est une équation à trois paramètres : la rencontre du produit, d'une personnalité et d'un moment socioculturel.

 

 

La Psychose

 

Dans le premier cas, la drogue (le plus souvent un opiacé) vient calmer l'angoisse de morcellement ou anesthésier la persécution paranoïaque.

 

En leur "prêtant du corps", elle permet à ces sujets d'éviter ou de retarder l'entrée dans une activité délirante. Il s'agit souvent là de personnes se présentant comme de grands toxicomanes qui ne peuvent sans risque abandonner des prises de toxiques tant elles préservent leur intégrité psychique.

 

La prise de drogues prend alors une valeur d'auto-médication remplaçant efficacement le traitement neuroleptique que le patient ne souhaite pas prendre.

 

Le sevrage trop brutal ou la mise sous traitement de substitution insuffisamment dosé sont susceptibles de réactiver de terrifiantes angoisses jusque-là contenues par la toxicomanie, pouvant donner lieu à un passage à l'acte suicidaire ou bien à l'éclosion d'un syndrome délirant (discordance, hallucination, automatisme mental, etc.).

 

L'un des premiers objectifs de la prise en charge va souvent consister à faire accepter ce traitement psychiatrique, ce qui se heurte à de sérieuses difficultés: de nombreux patients préférant maintenir une pseudo-identité de toxicomane plutôt que d'endosser celle du "fou".

 

Cela conduit certains patients à devenir ces "patates chaudes" renvoyées d'un service à un autre, chacun s'appuyant sur la part du diagnostic qui ne les concerne pas pour ne pas avoir à prendre en charge des malades souvent difficiles.

 

La Perversion

 

Si l'on retient l'hypothèse psychanalytique d'une organisation perverse (souvent reliée au déséquilibre psychique, marquée par " le primat de l'agir, l'absence de conflit, l'incapacité au transfert ", il faut souligner d'abord qu'on la rencontre peu dans la clinique des toxicomanies.

 

Sans doute parce que le système défensif pervers, constitué pour éviter et même dénier l'angoisse, est suffisamment efficace pour ne pas recourir à une drogue. Sans doute aussi parce que ce type de personnalité est tourné vers l'assujettissement de l'autre, ce qui est peu compatible avec l'assujettissement à une drogue.

 

On le rencontre probablement plus du côté des dealers.

 

Ce type de patients met à rude épreuve les équipes et les soignants : ils poussent généralement très loin une sorte de mise en compétition de l'institution avec " la drogue " pour mieux démontrer son impuissance, et ils produisent un contre-transfert tellement négatif, une telle impossibilité à s'identifier à eux, que le traitement n'aboutit généralement qu'à renforcer le montage initial.

 

La Névrose

 

Si la psychose et la perversion ne concernent qu'une minorité d'individus, tant dans la population générale que parmi les toxicomanes, il n'en va pas de même pour la névrose et/ou la dépression.

 

Ce sont des toxicomanies qui peuvent débuter à tout âge, aussi bien chez des adultes que chez des adolescents pour lesquels elle sert de mise en scène d'un conflit œdipien non surmonté.

 

Les parents ou le partenaire sont extrêmement présents dans l'évolution du rapport à la drogue, très actifs aussi tout au long du parcours.

 

Cela rend ces toxicomanies assez souvent accessibles à une psychothérapie individuelle et à une aide thérapeutique familiale.

 

On ne peut donc pas définir un "profil psychologique type du toxicomane ".

 

Témoignage d'une jeune femme toxicomane :

 

"J'ai une personnalité excessive qui est dominée par la peur et c'est beaucoup pour ça et pour calmer une angoisse une espèce de tension, que j'ai encore d'ailleurs et avec laquelle j'apprends à vivre ; j'ai consommé pour me calmer; c'était l'effet inverse mais c'était ce que je recherchais ; à partir du moment où je consomme il y a une espèce de compulsion qui se produit en moi. Avec la volonté j'ai beau me dire "ça n'est pas bon, c'est pas la peine", c'est plus fort que moi, c'est quelque chose de physique, une compulsion qui envahit ma volonté !"

 

Témoignage d'une toxicomane :

 

"A l'époque ça servait à structurer ma vie ; je me levais, j'avais besoin de consommer, je faisais ce qu'il fallait, j'étais en manque, je cherchais l'argent pour obtenir ce dont j'avais besoin ; je structurais ma vie comme ça, la drogue structurait ma vie, sinon j'étais face à moi et à toutes mes angoisses, c'est dans ce sens là que je pense que c'était une structure ; si je n'avais pas eu ça je pense que je serais devenue folle!"

 

Témoignage d'un toxicomane :

 

"J'ai commencé à consommer des drogues dites douces à l'âge de dix-huit ans, puis ça a été vite une consommation pour essayer de rendre la vie plus supportable. Essayer de remplir quelque chose qui pourrait s'appeler la peur. J'ai toujours eu cette sensation de peur et je me suis aperçu qu'en consommant ce produit j'arrivai à combler cette espèce de manque, le manque de confiance en moi et la peur par rapport aux autres, et très vite ça été quelque chose qui a été nécessaire dans ma vie."

 

"Dans une soirée avec des amis il fallait que je tombe. J'avais une expression comme ça : "je me finissais" et puis le lendemain matin j'étais mal et il fallait que je recommence, jusqu'au jour où j'ai rencontré un produit qui était encore plus miraculeux parce que plus pratique à prendre ; je n'ai jamais utilisé de seringue, mais c'était extrêmement pratique de pouvoir faire une ligne comme ça ; au début quand j'ai découvert ce produit c'était très bien parce que une ligne ça durait pendant plusieurs heures."

 

"Et du coup c'était très bien parce que il n'y avait plus d'angoisse, plus d'anxiété, c'était vraiment quelque chose de miraculeux ; je me rappelle très bien d'ailleurs quand j'ai goûté l'héroïne pour la première fois de ma vie j'ai eu l'impression d'avoir trouvé ce que je cherchais et cette sensation là est encore très nette aujourd'hui."

 

Témoignage d'un autre toxicomane :

 

"C'est-à-dire qu'au départ il y a un grand malheur chez les toxicomanes et c'est chez 99 % des cas; ça vient d'un grand malheur d'une solitude d'un manque d'amour ; c'est pas pour rien qu'on appelle ça le manque, le manque de drogues, mais avant le manque de drogue il y a le manque d'amour ; de toute façon il y a un gros vide dans la personne et donc dans la mienne!"

Théorie psychanalytique

 

LA QUESTION DE LA DÉPENDANCE

Une des questions qui se pose régulièrement au toxicomane mais aussi aux soignants est celle de la dépendance ; dépendance physique (le manque) et dépendance psychique.

 

 

la dépendance physique :

Certains produits entraînent une dépendance physique : l'organisme réclame le produit à travers des symptômes, variant selon la substance consommée, qui traduisent un état de manque. La privation de certains produits tels que les opiacés, l'alcool et certains médicaments psychoactifs engendre des malaises physiques : douleurs avec les opiacés, tremblements majeurs avec l'alcool, convulsions avec les barbituriques et les benzodiazépines. Celui-ci peut s'accompagner de troubles du comportement (anxiété, irascibilité, angoisse).

 

La dépendance psychique : 

Comment expliquer en effet qu'après 4 ans d'incarcération un sujet puisse " raccrocher " à l'héroïne le jour de sa sortie, alors même que son organisme sevré depuis de longues années n'est plus imprégné de drogue?

 

Définition :

La privation d'un produit entraîne une sensation de malaise, d'angoisse, allant parfois jusqu'à la dépression. Une fois qu'elle a cessé de consommer, la personne peut mettre longtemps à s'adapter à la vie sans le produit. L'arrêt de la consommation bouleverse ses habitudes, laisse un vide et permet la réapparition d'un mal être que la consommation visait à supprimer. Cela explique l'apparition possible de rechutes ; elles font partie du lent processus vers l'abstinence, qui, à terme, peut permettre d'envisager la vie sans consommation.

 

D'un point de vue psychanalytique nous pouvons dire que l'homme se construit à partir de son état de dépendance primaire, mais en le dépassant.

 

Tout commence en effet par la dépendance :

 

Il suffit d'observer un nouveau-né attendant en pleurs la tétée, puis de l'observer en pleine succion pour comprendre ce qu'est la dépendance du nourrisson vis-à-vis de sa mère, tant dans la souffrance aiguë de la faim que dans la quiétude paradisiaque de la complétude.

 

L'état de dépendance est donc la matrice où va s'initier et se mémoriser l'expérience du besoin et de la jouissance ; une matrice où l'angoisse va trouver ses significations, ses apaisements, ses représentations imaginaires, ses mécanismes de défense pour différer l'état de frustration, et pour produire la satisfaction.

 

L'intériorisation de l'absence temporaire de la mère est couramment considérée comme fondatrice du passage du besoin au désir: " C'est le manque qui, introduisant la dimension temporelle de l'attente, constituera le désir. "

 

Cet accès au désir en même temps qu'à la relation objectale (c'est-à-dire la relation à un autre sujet capable d'amour) est donc conditionné par la qualité des satisfactions et des séparations qu'il peut trouver dans ses échanges avec l'objet. Dans le cas contraire, celui-ci sera devenu " le Grand Frustrateur " ou " l'impossible à Manquer ".

 

D'où, dans certains cas l'utilisation de toutes ces choses qui peuvent satisfaire un besoin et éviter la confrontation au désir et à la pensée : " la drogue " bien sûr, mais aussi le jeu, la compulsion au travail, à l'argent, à la consommation, etc.

Tous ces pourvoyeurs de plaisirs instantanés, dénués en eux-mêmes d'affects, et censés n'être là que pour combler les moindres vides, les moindres manques.

 

En quelque sorte, le sujet qui s'abandonne à " un mariage heureux avec la drogue ", veut faire le saut de la dépendance à l'indépendance en faisant l'économie du conflit, de la perte et de la rencontre incertaine avec le désir de l'Autre. Mais à ce faire il s'interdit d'entrer véritablement en relation, il s'isole (" la came isole de force "), il s'empêche le mouvement et le changement. Il se fige dans une histoire qui devient une non-histoire.

 

En vérité c'est la situation d'être piégé qui est inconsciemment recherchée d'emblée.

 

Les prédispositions de certains sujets à la toxicomanie :

 

Importance de la relation mère-enfant :

 

Pendant la petite enfance, on retrouvera dans nombre de cas une difficulté à établir la " juste distance " entre mère et enfant :

 

    • Trop peu de présence, trop peu de maternage (qui peut laisser la trace psychique d'un sentiment d'abandon, de vide affectif insupportable). La consommation de drogues est alors tentative de lutter contre la dépression, et le sentiment d'abandon. Lutte aussi contre la culpabilité qui pousse l'enfant à penser qu'il est responsable de cet abandon, ( il n'était pas le bon objet de la mère), donc haine de soi.
    • Ou bien, au contraire, surprotection (une mère trop présente qui étouffe son enfant)
    • Ou alors la mère qui ne saurait pas, ou ne pourrait pas distinguer la signification des cris de son bébé (la demande) et y répondrait par une réponse nourriture systématique, favorise la dimension orale, donc le recours ultérieur à des pratiques d'incorporation, à la place de la parole, de l'échange, donc d'un processus de mentalisation
    • La mère qui anticipe les besoins, qui écrase la demande de l'enfant, donc pas de frustration, de perception de manque, (c'est le manque de manque)
    • Parfois les deux extrêmes alternent ; parfois l'ambivalence traduit sous forme surproductrice un désir profond et censuré de rejet ou de mort sur l'enfant
    • Les maltraitances physiques et, singulièrement chez les jeunes filles, les antécédents de viols, sont souvent rapportés parmi les blessures infantiles chez des adolescent(e)s présentant des troubles graves des conduites sociales (comportements délinquants, etc.).

Mais se retrouvent très souvent aussi, des blessures affectives laissées par des abandons, des rejets, des indifférences ou des relations ambivalentes et non maîtrisées par les parents.

 

Des parents alors eux-mêmes accaparés par leurs propres dépendances non dépassées qui prennent parfois figures pathologiques (alcoolisme notamment chez le père, dépression chronique de la mère, etc.).

 

Rappelons, à propos de la "juste distance " l'importance de la Loi symbolique, celle qui pose la question de la séparation, par conséquent l'importance à accorder ici au pôle paternel.

 

Ce qui se trouve donc interrogé c'est la qualité des relations mère-enfant, relations souvent insuffisamment soumises à une Loi symbolique, la Loi du Père.

 

Les personnalités "addictives" sont bien souvent aux prises avec la problématique de la séparation impossible.

 

La difficulté de séparation n'est pas élaborée mais contournée et remplacée par une relation de dépendance toxicomaniaque dans une consommation répétitive de la drogue; toute confrontation au manque est ainsi évitée.

 

Le registre est celui du " manque de manque", caractéristique selon C. Olievenstein, de la toxicomanie.

Du coté du père :

 

      • Défaillance paternelle, qui n'aurait pas introduit la loi entre la mère et l'enfant, loi structurante (loi interdictrice puisqu'elle interdit les désirs incestueux sur la mère, mais non persécutrice puisqu'elle ouvre la relation aux autres, au désir de l'autre).
      • Identification au père, si celui-ci est aussi dans un mode de dépendance (alcool) ou un mode de vie marginal non toléré par la mère.

 

Dans les antécédents pathologiques des toxicomanes on retrouve beaucoup de tentatives de suicide, ce qui donne à penser qu'il existe des analogies structurales à l'origine de ces deux comportements autodestructeurs.

 

La période de l'adolescence

 

Pour comprendre la nature psychopathologique des conduites toxicomaniaques, il faut les resituer dans le contexte plus général des troubles du comportement des adolescents.

 

En effet la forme de toxicomanie qui pose problème est celle qui advient à l'adolescence et au début de l'âge adulte autour de la question oedipienne et de la menace de castration.

 

L'autonomisation

 

Se construire une autonomie (non pas une abolition de toute dépendance mais une diversification et une plus grande distance vis-à-vis de ce dont on dépend), c'est se construire comme sujet en tant qu'ayant sa propre identité. C'est accepter de renoncer aux protections du Jardin d'Eden de l'enfance.

Mais il n'y a pas d'identification sans une certaine reconnaissance de ses dépendances. Si celles-ci sont violemment rejetées, c'est souvent pour tenter de répondre aux besoins internes de rompre avec celles trop intenses ou trop absentes - de l'enfance.

 

 

Sans cette sécurité du lien, c'est la peur de l'abandon qui prédomine, et il ne peut y avoir d'individualisation assumée.

 

La clinique de l'adolescence est marquée du sceau de sa problématique dont les caractéristiques sont la dépression, la sexualisation, le choix de son identité et la tendance à agir.

 

Les différents symptômes de mal-être à l'adolescence se rattachent à cette problématique qu'il s'agisse de conduites suicidaires, de conduites à risque, de délinquance, d'inhibition, d'anorexie-boulimie ou d'usage de drogues.

 

L'événement biologique et psychologique de la puberté prend toujours l'adolescent de court, c'est-à-dire que bien qu'il ait su et attendu cette transformation en corps adulte, bien que cette attente ait été valorisée: "quand je serai grand ", il fait l'expérience que la transformation réelle de son corps et de ce qui s'y passe ne concorde pas au cadre de représentation qui la préformait, que le jeu de maîtrise de la phase de latence est inadéquat pour contenir les nouvelles données de son existence.

 

Pour faire face aux pulsions nouvelles, érotiques ou agressives, l'adolescent normal doit faire des efforts complexes d'adaptation psychique. Certains, incapables de fournir ces efforts vont recourir à la drogue pour " geler " les pulsions.

 

Parmi les solutions pathologiques trouvées, la solution toxicomaniaque tient une place à part, car elle établit des compromis à la source même des paradoxes, court-circuitant en ce sens tout travail d'élaboration psychique pouvant exister quand même dans des solutions pathologiques plus névrotiques.

 

La première expérience

 

Il est rare que l'initiation à une drogue se fasse en dehors d'un groupe. Même si, antérieurement, préexistaient un désarroi, un malaise diffus ou plus précis, conscient ou inconscient, la "solution " proposée le sera toujours par des pairs, des compagnons de vie.

"Dans la bande, il faut prouver aux autres que l'on est digne d'eux, en transgressant avec eux la loi des adultes, en faisant la preuve de son courage et de sa détermination."

 

On voit se répandre certains usages de drogues au sein de groupes "en galère ", comme ceux de jeunes adolescents errant au centre des grandes villes et consommateurs de barbituriques, de trichloréthylène ou de benzodiazépines. Comme ce fut le cas aussi pour certains groupes ayant vu le jour dans les banlieues depuis les années quatre-vingt, adeptes de l'héroïne et, peut-être bientôt du crack et du maniement des armes, comme aux Etats-Unis.

 

Dans d'autres milieux sociaux le temps de l'adolescence s'allonge et l'ennui s'installe, les jeunes cherchent à trouver limites, intérêts dans des expériences nouvelles telles que les rave-parties ou plus banalement des regroupements autour de jeux interdits (cannabis, alcool, ecstasy, etc.).

 

Citons d'autres facteurs de risques tels que la précocité des premiers usages de drogues, l'incapacité des adultes proches à faire limite, la déscolarisation ou encore l'adhésion à un groupe qui scelle ses relations internes à un style de vie comportant l'usage de drogues.

 

La découverte du produit se fait souvent à un moment fort de l'histoire de l'adolescent. Par la découverte de cet objet bizarre qu'est la drogue, l'adolescent règle d'un coup, tout et tout de suite dès le départ, le sort du temps: de l'attente, de la frustration, du conflit, de l'investissement narcissique de la transformation du corps, de l'angoisse de castration liée aux identifications sexuelles.

 

Avec cet objet, l'adolescent pense ne plus être tributaire du désir de l'autre et de la déception qu'il peut occasionner. Mais le piège se referme sur lui, et là où il croyait se délivrer du pouvoir, de l'objet, il retrouve la dépendance par rapport à un objet, matériel qui va le dominer bien plus que, lui-même ne le dominera.

Les conduites à risque à l'adolescence : 

 

A l'âge adolescent, ces sujets manifesteront volontiers des conduites à risques, comme une ultime tentative pour rompre la dépendance primitive.

 

Le recours à l'agir signe la défaillance des processus psychiques à maintenir un lien stable à l'objet.

 

Dans ces conditions, le passage à l'acte devient une nécessité de l'économie psychique afin de sauvegarder cette identité menacée.

 

En agissant, l'adolescent se redonne un rôle actif, restaure des limites entre dedans et dehors, entre l'objet et lui et suscite une réaction de l'entourage.

 

Cet appel à la réaction de l'environnement peut prendre la dimension d'une véritable "fonction ordalique ".

 

La fonction ordalique

 

Le concept de " conduites ordaliques " serait le fait d'un sujet de s'engager de façon objective dans des épreuves possiblement mortelles.

Le fantasme ordalique consisterait à s'en remettre corps et âme à une puissance extérieure, pour la laisser décider soit de sa mort, soit de son droit absolu à la vie

 

Le jugement de Dieu a été avec le serment, le mode preuve universel de toutes les sociétés. Il s'agissait initialement d'épreuves qui utilisaient des éléments naturels: l'eau, le feu, les plantes... pour interroger directement les puissances sacrées présentes dans l'univers quotidien, pour éprouver à la fois la frayeur et la protection des ces puissances sacrées.

 

Aujourd'hui, dans un contexte général de prophylaxie et de lutte contre tous les risques mortels nous voyons paradoxalement se développer un goût pour des pratiques risquées : Pratiques sportives tout d'abord, de " sports à sensation ", de glisse, de vitesse, de vertige dans lesquels existe bien une réalité ou un sentiment de prise de risque. Ainsi voit-on à Paris des jeunes en patins à roulettes s'accrocher à des voitures pour essayer de battre des records de vitesse.

 

D'une certaine façon l'adolescent réintroduit la dimension de la mort de plus en plus déniée dans la société occidentale.

Mais c'est aussi la mort de l'enfance (la mort de son enfance) qu'il met en acte, de façon d'autant plus risquée et répétée que les adultes, à commencer par ses parents, ne veulent pas voir ou reconnaître la métamorphose de leur enfant.

 

Une fonction éternelle des héros aujourd'hui de film, de télévision, de bande dessinée, de littérature est de nous permettre de vivre par procuration un risque, tout en étant assurés de la protection du Destin, de Dieu, "le plaisir de risquer sa vie, tout en sachant que tout se passera bien ".

 

Le propre des sportifs à risque, de champions de Formule 1, des matadors, des cascadeurs, est bien de mettre en avant un tel savoir-faire, qu'ils permettent d'oublier la réalité des risques encourus.

 

En opposition à cette technique, à cette maîtrise qui se voudrait absolue, c'est de façon plus sauvage, sans grand apprentissage que des adolescents pratiquent des conduites à risque. Depuis les années 50, la prise de risque a constitué une arme importante dans ce que l'on devait appeler le "conflit, de générations". Ce furent des épreuves dangereuses d'initiation à des bandes, mises en image par exemple dans la " Fureur de vivre" ou des duels comme dans " West Side Story"... En bande ou de manière plus informelle, plus solitaire, moins socialisée, les jeunes s'imposaient des épreuves possiblement mortelles.

 

Une métaphore initiatique: " le passage "

 

Pour tenter d'expliquer ces différentes conduites, la psychologie, la psychanalyse ou la sociologie recourent souvent de façon explicite ou implicite à la problématique du passage, à ce que l'on peut appeler la métaphore initiatique : les adolescents actuels, en s'imposant des épreuves, en prenant des risques, rejoueraient des scénarios de rites de passage de sociétés sauvages.

 

Mais il est évident qu'une épreuve imposée devient absurde, voire insensée en l'absence de toute reconnaissance par le groupe social, puisqu'il ne saurait y avoir initiation sans reconnaissance du passage par le groupe. On voit cependant dans cette démarche, dans la prise de risque elle-même la quête d'une limite, la recherche d'une loi dont les adultes ne seraient plus vécus comme les dépositaires.

 

Il est bien évident que l'usage de drogues comporte une part de provocation, de défi, de recherche délibérée du risque et ce qui fait toute l'importance du recours si dramatisé à l'injection, au shoot : véritable mythologie moderne, l'overdose a terrifié les parents, fait la Une des médias.

 

Certaines conduites transgressives ont pour but d'invalider les dépositaires ordinaires de la loi, les parents, les éducateurs, les juges... pour s'adresser directement à un "Autre" énonciateur de cette loi: Dieu ou le destin, la chance, le hasard... Ainsi peuvent se rapprocher le jeu du vrai joueur, des conduites délinquantes, la toxicomanie, d'autres formes de prise de risque.

 

La toxicomanie comme symptôme familial

 

La dépendance toxicomaniaque n'a de sens que si on la resitue dans le contexte familial. Toute approche familiale devrait d'ailleurs être envisagée d'un triple point de vue : la famille au moment de l'enfance du sujet, la famille à l'adolescence du même sujet, la famille après la découverte de la toxicomanie.

 

Redisons avec netteté qu'il n'existe pas de famille type " toxicomanogène " et qu'il faut se garder d'établir des relations simplificatrices de causalité directe entre telle occurrence dans l'histoire familiale et la survenue ultérieure d'une toxicomanie. Il s'agit de facteurs complexes et multiples parfois très précoces dont la résultante d'ensemble a pu jouer un rôle dans l'organisation problématique de la personnalité du sujet.

 

Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment il est intéressant de voir quelle place prend le symptôme dans l'économie de l'ensemble des relations familiales.

 

Nous pouvons retenir plusieurs problématiques présentes dans les familles de toxicomanes :

      • Les séparations impossibles, lorsque la toxicomanie légitime le maintien de l'enfant au domicile familial, évitant de confronter ses parents à leur propre solitude dans un contexte de deuil à faire ou à venir de leurs propre parents.
      • Les conduites incesteuses ou para-incestueuses, sorte de " mariage " intrafamilial, relation privilégiée et fortement érotisée entre par exemple une mère et son fils, que la prise de drogue vient légitimer.
      • Les transgressions transgénérationnelles, transgression de la loi par les parents, déviances ou fascination pour les conduites déviantes
      • Les problèmes d'acculturation, lorsque les jeunes doivent obéir à un double système de valeurs, parfois contradictoires.

 

Avec l'adolescence, la perspective du départ de la maison peut être ressentie comme une menace pour l'équilibre familial. Le maintien ou le renforcement des liens de dépendance entre le sujet et son milieu familial que l'on voit alors se développer peut constituer un environnement favorable à l'émergence d'une conduite addictive.

 

On observe tout un va-et-vient de l'adolescent entre ses conduites marginales, toxicomaniaques, risquées, lointaines et les retours répétitifs vers l'univers maternel ou ce qui en tient lieu d'où il repartira de nouveau à grand fracas pour y revenir irrésistiblement.

 

Une fois la toxicomanie établie il n'est pas rare que les parents, malgré la multitude d'indices inquiétants, passent des mois voire des années avant de pouvoir admettre le problème. Tout se passe le plus longtemps possible " comme si " tout continuait d'aller bien, sans menace pour le statu-quo.

 

Lorsque les faits deviennent incontournables les parents sont abasourdis, ne comprennent pas : " Comment en est-il arrivé là ? Nous lui avons toujours tout donné, il n'a jamais manqué de rien ". En effet, dans ces cas, les frustrations ont toujours été évitées au mieux et les relations à type de comblement ont été fréquentes. Il n'a manqué de rien... sauf de manque.

 

En apparence, ces conduites sont susceptibles de faciliter la séparation, mais en réalité tout et tous concourent toujours à permettre le retour au bercail.

 

L'usage de drogues est objectivement déploré, des démarches d'aides et des soins sont organisés, on prend des mesures... mais on paye financièrement les dettes de la drogue le plus longtemps possible. On observe les départs tonitruants mais on rappelle que la porte est toujours ouverte.

 

A bout de patience on finit par dire qu'elle est fermée, mais on accueille à nouveau à la première manifestation. On dit qu'il faut qu'il se débrouille mais on déclare qu'il est si fragile en ce moment qu'il faut bien s'occuper de lui, de ses affaires, de sa santé, de son travail...

 

Tout se passe comme si un équilibre nouveau, autour de la toxicomanie et des souffrances pour tous ceux qui l'accompagnent, s'établissait désormais pour cette famille, équilibre que tout le monde inconsciemment concourt à maintenir.

 3ème partie : Les traitements de la toxicomanie

 

 

 

 

Sommaire :

Les traitements médicamenteux

    • Les cas d'urgence
    • sevrages : en ambulatoire ou en hôpital.
    • traitements de substitution : Méthadone®. Subutex®
    • le toxicomane aux urgences
    • autres éléments du traitement de la toxicomanie.

 

Il y a encore quelques années la toxicomanie était traitée principalement en psychiatrie. Ça n'est que depuis quelques années que des centres spécialisés en soin aux toxicomanes se sont ouverts et que des services de médecine générale ont accepté de recevoir et de soigner des toxicomanes.

 

LES TRAITEMENTS MEDICAMENTEUX

 

Les cas d'urgence

 

Dans les cas de coma par overdose, le seul antidote aux opiacés est le NARCAN® (dont le principe actif est la Naloxone). C'est un antagoniste pur de la Morphine utilisé pour traiter la dépression respiratoire liée aux opiacés.

Attention car le Narcan® déclenche un syndrome de sevrage brusque,

 

Les sevrages

 

Précisons qu'avant les traitements de substitution le seul traitement possible de la toxicomanie était l'abstinence; pour la majorité des médecins : "hors le sevrage point de salut".

 

Sevrage choc :

 

Le sevrage choc ou "méthode brusque" est simple : on arrête tout d'un seul coup et sans aucun soutien médicamenteux.

 

Beaucoup de toxicomanes l'ont essayé à un moment ou un autre de leurs parcours, mais peu s'en sont sortis définitivement (pour les produits provoquant une pharmacodépendance).

 

L'électrothérapie :

 

L'application d'électrodes à certains endroits du corps permet de simuler la production d'endorphines et ainsi d'atténuer le manque.

Un appareil : " l'anesthélec " envoie du courant dit de "Limoges " au moyen d'électrodes placées sur les tempes et entre les deux yeux. La cure dure de cinq à sept jours et est parfois complétée par un traitement médicamenteux léger.

 

Sevrage ambulatoire (à domicile) :

 

Il s'agit d'un traitement médicamenteux prescrit par un médecin, qui s'adresse à des toxicomanes ne pouvant où ne désirant pas faire un sevrage à l'hôpital.

 

Le sevrage hospitalier :

 

C'est la méthode la plus courante : une hospitalisation de 7 à 10 jours durant laquelle le patient suit un traitement médicamenteux léger.

 

La prescription médicamenteuse dans les cures de sevrage a pour but d'éviter au patient les souffrances physiques de l'état de manque. Le traitement de sevrage est en général celui-ci :

 

  • Equanil® : tranquillisant utilisé dans l'anxiété et les contractures douloureuses, (Attention car possibilité de dépendance et syndrome de sevrage).
  • Avafortan® analgésique (atténue les douleurs modérées).
  • Catapressan® : aux effets hypertenseurs (fait baisser la tension artérielle et diminue les impulsions nerveuses---> Problème si oubli de prendre le médicament: élévation brusque de la tension artérielle).
  • Théralène® : antihistaminique, neuroleptique. (contre les affections allergiques, toux d'origine allergique, insomnies, état d'agitation).

 

L'insomnie est fréquente lors des cures de sevrage des toxicomanies opiacées.

 

Le sevrage, au cours des pharmacodépendances, constitue un temps médical et psychologique essentiel pour la prise en charge ultérieure.

 

Pour toute intoxication, une hospitalisation initiale pour sevrage peut constituer un élément thérapeutique car elle entraîne une rupture du sujet avec les contacts habituels . les autres toxicomanes, dealers, voire un milieu familial pathogène.

Ainsi, la cure de sevrage peut se concevoir comme une séparation du sujet avec son milieu habituel de vie, comme un moment médical indispensable et comme le premier élément d'une relation psychothérapeutique qui débouchera sur une prise en charge au long cours, temps du sevrage psychologique.

Toute cure de sevrage est aussi l'occasion d'un bilan somatique car toutes les intoxications importantes entraînent des retentissements somatiques, même pour les substances qui ne donnent pas lieu à dépendance physique.

 

Toutes les intoxications majeures, aux opiacés, aux barbituriques, aux amphétamines, voire au cannabis, aboutissent à un amaigrissement avec des déficiences vitaminiques, et parfois des infections diverses, notamment quand l'intoxication s'effectue par voie parentérale (injection).

 

L'état dentaire est souvent critique. 

 

Notons que les rechutes sont très fréquentes après sevrage.

 

Des accidents surviennent dès la première prise post-sevrage.

 

La majorité des décès par overdose arrive après un sevrage. En effet l'organisme s'est désaccoutumé et les doses que le toxicomane consommait avant peuvent désormais le tuer. Par ailleurs il faut souligner que certaines pathologies psychiatriques sous-jacentes à la toxicomanie, telles que les psychoses peuvent être décompensées après sevrage de produits stupéfiants, remplissant jusqu'alors une fonction contenante (stabilisant la dépression, le délire etc.).

 

Notons qu'après tout traitement de sevrage il est recommandé au patient de suivre une postcure soit dans un centre de postcure soit en famille d'accueil soit en appartement thérapeutique.

 

Les difficultés de la relation soignant/ soigné (pendant l'hospitalisation pour sevrage) :

 

Le sevrage, qui constitue une étape décisive souvent répétée dans l'histoire du toxicomane, est un révélateur précieux de sa personnalité.

Une des caractéristiques du toxicomane est sa difficulté à supporter la frustration.

 

Dans son désir de prendre sa drogue ou dans son désir d'en être délivré (sevré), c'est tout et tout de suite.

 

Sa peur du manque (souffrance physique du manque) est souvent majorée (plus psychique que physique).

 

La dimension manipulatrice se retrouve dans toutes ces relations où le toxicomane cherche à obtenir la complicité de l'autre et en particulier du soignant, pour satisfaire son besoin en médicament.

 

Les soignants sont particulièrement exposés à réagir vigoureusement à ce type de relations manipulatrices qui ont en général plus à voir avec une crainte de la souffrance physique, une peur du vide, plus qu'à une relation perverse.

 

La qualité du cadre thérapeutique dépend donc de sa capacité à intégrer une fonction limitative nécessaire et structurante, ainsi qu'à une capacité d'écoute qui peut souvent suffire à elle seule à désamorcer des demandes intempestives (de médicaments ou autre).

Les traitements de substitution (ou de maintenance).

 

Notons que la substitution existe déjà chez les toxicomanes :

 

Le Néo-codion®, acheté sans ordonnance en pharmacie, ou auparavant prescrit de façon non légale par des médecins sous forme de: Moscontin®. Palfium®. Skénan®.

 

Seuls 2 traitements de substitution ont obtenu une autorisation de mise sur le marché par le ministère de la santé :

 

  • la Méthadone® (en 1995)
  • le Subutex® (en- 1996)

 

La Méthadone :

 

Le chlorhydrate de Méthadone est un opioïde synthétisé au cours de la deuxième guerre mondiale par des chimistes allemands pour pallier le manque de Morphine utilisée comme antalgique central.

 

Présenté sous forme de sirop, le produit est destiné à la voie orale exclusivement, il doit être bu. Sa concentration en sucre est telle que la distillation éventuelle en vue d'une utilisation illicite par voie veineuse est impossible.

 

La Méthadone® est un produit agoniste, c'est-à-dire qu'elle occupe les mêmes récepteurs opiacés que l'héroïne. Elle supprime les effets euphorisants de l'héroïne( donc pas de sensation de flash), mais pas les effets toxiques: il peut y avoir des problèmes de dépression respiratoire comme pour l'héroïne (overdose)

 

L'expérimentation de la Méthadone® comme substitution a été confiée en 1973 par les pouvoirs publics à deux centres spécialisés français . l'hôpital Fernand Vidal et le centre hospitalier Sainte-Anne, avec un nombre se limitant à 50 patients. Elle est maintenant largement utilisée dans différents centres de soins depuis son autorisation de mise sur le marché le 15 mars 95.

 

La Méthadone® est un antalgique d'action centrale qui reproduit les effets de la morphine, grâce à un effet agoniste sur les récepteurs opioïdes : antalgie, dépression respiratoire, suppression de la toux, myosis.

 

Sa durée d'action est de 24 à 36 heures.

 

Elle est prescrite par un médecin spécialisé, pour une durée de sept jours renouvelables, et délivrée par une infirmière d'un centre spécialisé.

 

La prise est journalière au début puis, lorsque la stabilisation du patient devient effective, elle peut être délivrée pour plusieurs jours.

 

Les avantages de la Méthadone :

 

La Méthadone® est un produit dont les effets sont proches de ceux de la morphine sans en avoir les principaux inconvénients.

 

Elle s'adresse aux toxicomanes qui ne peuvent supporter l'abstinence totale de l'héroïne (ceux qui ont essayé une cure de sevrage et ont rechuté peu après).

 

Cette substitution n'est efficace que pour les produits opiacés (héroïne, Néo-codion®, Moscontin®, Palfium®) et pas pour les autres drogues (cocaïne, L.S.D, Ecstasy, crack).

 

En remplaçant l'héroïne, la Méthadone® permet à la personne de :

 

      • Faire le deuil progressivement de sa propre réalité toxicomaniaque, de la marginalisation sociale, de l'investissement souvent unique et massif de la drogue et de la seringue.
      • Elle écarte la douleur du manque.
      • Elle supprime les variations d'humeur : euphorie, suivie d'anxiété, (sa durée d'action est de 24 à 36 heures).
      • Elle stabilise la vie quotidienne du patient.
      • Elle permet un suivi régulier de son état de santé (dépistage virus, soins dentaires, abcès.
      • Elle permet une reprise des rythmes physiologiques : sommeil, repas réguliers.

 

Comme elle ne se prend que par voie orale, elle participe à la diminution des risques liés aux injections (H.I.V, hépatites).

 

- le protocole Méthadone® s'inscrivant dans le cadre d'une prise en charge globale (médecins, infirmières, psychologues, travailleurs sociaux), elle permet au patient souvent très marginalisé pendant sa toxicomanie de reprendre des contacts relationnels qui peuvent ouvrir à une psychothérapie.

 

- la Méthadone® étant obligatoirement initiée en centre spécialisé, les prises en charge sont gratuites et les produits aussi. Ceci permet au patient de stabiliser une situation financière souvent désastreuse souvent du fait du prix des drogues.

 

Il peut ainsi reprendre ou trouver un emploi stable, sans ressentir aucune gêne dans la journée.

 

Il peut conduire un véhicule.

 

Après quelques semaines ou mois passés en centre, avec des passages fréquents ou espacés, il peut s'il est stabilisé passer en médecine de ville et donc se procurer sa Méthadone® dans une pharmacie proche de chez lui (remboursement sécurité sociale).

 

Posologie

 

Il n'existe pas de codification de la posologie. La dose est fonction de la gravité et de l'ancienneté de la toxicomanie, mais aussi de la nature exacte du produit opiacé et de sa voie d'administration.

 

En moyenne : 60 mg par jour (rarement supérieure à 100 mg).

 

Les indications

 

Les indications de la maintenance sont difficiles à évaluer. En règle générale la Méthadone® s'adresse aux toxicomanies anciennes et graves :

 

Plusieurs années d'intoxication opiacées par voie intraveineuse et pour lesquelles de nombreuses tentatives de sevrage ont été suivies de rechutes.

 

Il s'agit d'une thérapie substitutive qui entraîne une dépendance physique et psychique.

 

Par contre, il n'existe pas de tolérance.(il n'y a donc pas nécessité d'augmenter les doses pour un même effet)

 

A noter que le toxicomane supportant mal la trop grande stabilisation de l'humeur provoquée par la Méthadone® utilise souvent des produits toxiques d'ivresse : Cocaïne, alcool, ou médicaments.

 

Effets psychiques

 

A l'inverse de la morphine les effets neuropsychiques de la Méthadone® sont peu marqués.

En début de traitement on peut observer des céphalées, une euphorie, une sédation excessive ou, au contraire, une insomnie et une agitation ; mais à l'exception de l'insomnie, ces effets disparaissent généralement en quelques jours ou semaines.

 

Risques d'overdose

 

Tout comme avec les autres dérivés opioïdes, une dose excessive de Méthadone® peut être mortelle par paralysie des centres respiratoires.

 

Pour un patient non accoutumé aux opiacés, une dose orale de 50 mg peut-être mortelle.

L'usage prolongé de la Méthadone® crée un phénomène de dépendance, avec apparition d'un syndrôme de sevrage si le traitement est interrompu brutalement.

 

Par ailleurs la Méthadone® peut donner lieu à un certain nombre d'interactions médicamenteuses parfois mortelles. Ces effets sédatifs sont majorés par les dépresseurs du système nerveux central : alcool, anxiolytiques et neuroleptiques notamment.

 

La mortalité peut être due à une injection d'héroïne chez un sujet sous Méthadone®.

 

Suivi du traitement

 

Des analyses urinaires sont pratiquées une à deux fois par semaine pendant les trois premiers mois de prescription, puis deux fois par mois à l'issue de cette première phase.

Les contrôles ont pour but de s'assurer de la non prise de produits pouvant entrer en concurrence ou en amplification de la Méthadone®.

 

Durée de traitement

 

Le traitement de substitution par la Méthadone® représente un moyen de lutter efficacement contre le besoin d'héroïne et son cortège d'avatars, mais il n'est pas une fin en soi.

Si le traitement a pu permettre une stabilisation psychoaffective, sociale, professionnelle, le sevrage progressif en lien avec le patient peut alors être envisagé avec un pourcentage de rechute bien moindre que lors d'un simple sevrage héroïne.

 

La durée est donc fonction de l'évolution du patient. Notons à ce propos que la prise en charge psycho-sociale est essentielle.

 

La durée de traitement peut être de 1 an, 5 ans voire plus... tout comme un traitement de longue durée pour un diabète.

 

En France le traitement par la Méthadone® étant encore trop récent (3 ans), nous n'avons pas encore assez de recul pour estimer la valeur thérapeutique d'un tel traitement.

 

On compte actuellement plus de 8000 traitements Méthadone® en France.

Le Subutex®

 

Buprénorphine haut dosage (dérivé semi-synthétique opioïde anciennement Temgésic®.

 

Le Subutex® qui se présente sous forme de comprimés sublinguaux dosés à 0,2mg, 2mg et 8mg de B.H.D est indiqué comme traitement substitutif aux opiacés.

 

Le Subutex® est un agoniste/antagoniste. C'est-à-dire qu'il supprime ou atténue les effets euphorisants de l'héroïne et les effets toxiques : peu de dépression respiratoire; mais risques mortels quand le Subutex® est associé aux benzodiazépines ou à l'alcool.(efficacité agoniste équivalente à celle de la Méthadone® jusqu'à 60 mg par jour).

 

      • Il supprime le syndrome de manque.
      • Il a un délai d'action rapide.
      • Une durée d'action d'au moins 24 heures.
      • Pas d'effet pic (stabilisation de l'humeur et du comportement).
      • Pas de syndrome de sevrage brutal et important à l'arrêt intempestif.
      • Niveau de tolérance très faible.
      • Possibilité de sevrage à long terme.

 

Action antagoniste

 

      • Ni surdosage ni potentialisation par l'héroïne ou d'autres opiacés.
      • Blocage des effets de l'héroïne.
      • Suppression de la dépression du sevrage.
      • Possibilité de sevrage à long terme.

 

Depuis 1996 il peut être prescrit par tout médecin possédant un carnet à souches. La durée maximum de prescription est de 28 jours. La posologie de 8 mg par jour est en moyenne statistique la posologie optimale de stabilisation et équivaut à 60 mg de Méthadone par jour.

 

Durant les premiers jours de traitement le patient sera vu régulièrement par le médecin afin d'ajuster les doses.

Le Subutex® présente l'avantage d'être peu dangereux en cas de surdosages ; testé en laboratoire, l'effet deviendrait plafond à partir de 32 mg.

 

Depuis son apparition récente le Subutex® fait l'objet de nombreuses demandes de la part des toxicomanes qui pensent trouver là un traitement de substitution efficace et peu contraignant pour leur pharmacodépendance.

 

Si ce traitement présente des avantages certains pour des patients ayant gardé une insertion sociale, affective et professionnelle, il n'en est pas de même pour d'autres, non suivis régulièrement et dont le traitement sera pris de façon anarchique, voire utilisé (en injection) à des fins toxicomaniaques.

 

Il n'est pas rare de voir alors ces mêmes patients faire une demande de Méthadone® pour le suivi et le cadre que ce traitement apporte.

 

On compte actuellement 40 000 traitements Subutex® en France.

 

Le toxicomane aux urgences

 

Aborder la question du toxicomane aux urgences, c'est rappeler la nécessité d'examiner tous les patients, et en premier lieu les patients usagers des drogues, car leur addiction les expose particulièrement aux complications neurologiques (surdosages), infections (infections à V I H, hépatites) et psychiatriques (dépression, psychose cocaïnique, amphétaminiques).

 

En cas d'hospitalisation, il faut assurer la continuité des traitements de substitution (par Méthadone ou par Subutex® selon les modalités de la circulaire D G S. du 31/03/1995) dans les délais les plus courts.

 

En pratique aux urgences, c'est le rôle des équipes de liaison de types ECIMUD, AP-HP (équipe de coordination et d'intervention auprès des malades usagers de drogues).

 

A la demande du patient, informer et proposer des solutions de prise en charge psychosociale, un relais hôpital ville (auprès des réseaux de médecins généralistes ou des centres spécialisés de soins aux toxicomanes).

 

Pour toute hospitalisation en médecine générale il faut tenir compte du syndrome de manque. Laisser le manque et donc l'agitation s'installer, c'est rendre le malade accaparant et insupportable. L'expérience montre cependant que le toxicomane vraiment malade reste le plus souvent tranquille les 24 premières heures. Dans le cadre précis des urgences traumatologiques, ne pas hésiter à donner de la morphine à un toxicomane qui souffre parce qu'il a mal.

 

L'état de manque aux urgences est allégué ou réel, souvent, une demande de prescription de divers médicaments psychotropes, y compris opiacés, faite sur un mode plus ou moins insistant, pouvant aller jusqu'à la menace physique. Cependant, il faut savoir que les états de manque graves, même aux opiacés, sont rares dans les services d'urgence des hôpitaux.

 

En cas d'overdose

 

Il faut savoir y penser, même devant un patient vigile ayant déjà reçu du Narcan® car la demi-vie de cet antidote est beaucoup plus courte que celles des opiacés et l'effet de l'héroïne injectée peut entraîner des comas mortels chez des patients hospitalisés ou non, surtout dans des services

 

peu équipés, particulièrement la nuit. Le Narcan® a une durée d'action limitée à 45 minutes environ, au contraire des effets des morphiniques qui durent plusieurs heures.

 

Le traitement d'entretien se fait alors en perfusion continue.

 

Autres éléments du traitement de la toxicomanie

 

- La prise en charge psychologique

- L'aide sociale et éducative

 

Les postcures

 

- en centre de post cure

- appartement thérapeutique

- familles d'accueil

 

Les injonctions thérapeutiques

 

- (loi du 31/12/70). Environ 10 000 en 96.

 

12 000 toxicomanes incarcérés par année.

Travail dans les prisons.

Les centres d'accueil bas seuil.

Les mises à disposition de stéribox® et distribox®

Les bus : Médecin du monde, Aides, Sida-Paroles.

Drogue info service

Les structures d'hébergement.

Le travail en réseau (médecins, pharmaciens, éducateurs etc..)

Les programmes de formation pour différents publics.

Les points d'écoute pour adolescents ou parents.

 

 

La prise en charge psychologique

 

La prise en charge psychologique des toxicomanes est bien entendu la partie la plus compliquée et la plus sensible du traitement.

 

Si l'on considère que ce n'est pas la drogue qui fait le toxicomane mais bien une disposition psychologique de la personne à se laisser piéger par un produit c'est-à-dire à en devenir dépendante on comprend alors toute la complexité du travail qui peut se jouer entre le thérapeute et le toxicomane.

 

L'entreprise est d'autant plus compliquée que le toxicomane cherche dans sa drogue le moyen de ne plus penser, de ne plus être en contact avec l'autre, dans une altérité.

 

On sait que la parole est incarnée. Dégagée des pesanteurs du corps, la pensée ne peut plus se dire. Le sujet qui aspirait à une pensée sans entrave, une communion cosmique, se retrouve plus englué, plus entravé que jamais.

 

Meurtri, carencé dès les premières étapes de la vie, c'est-à-dire dans le jeu relationnel entre l'enfant et sa mère puis entre l'enfant et son père, à l'âge adolescent ou adulte le toxicomane a trouvé un objet de prédilection capable d'apaiser la souffrance toujours présente dans sa drogue. Toute frustration de la vie sera pour lui l'occasion de revenir vers le bon objet qu'il a découvert.

 

Alcoolisme

 

Plan

 

Généralités - Les conduites addictives

L'alcoolisme

1. La psychopathologie - Le symptôme

2. Une définition psychanalytique

Le produit - L'alcool - Le paradoxe

Aspect sociologique - Point de vue systémique familial

Perspectives thérapeutiques

 

 

 

L'alcoolisme et les conduites de dépendance

 

 

 

 

 

GENERALITES - CONDUITES ADDICTIVES

 

 

Le terme de dépendance désigne un état pathologique qui se révèle par l'arrêt de la prise d'un toxique, et qui produit des symptômes d'abstinence. La crainte de l'apparition du syndrome d'abstinence est une des raisons impérieuses qui amènent le sujet à répéter sa consommation.

Le terme anglais d'addiction est utilisé aujourd'hui comme synonyme de toxicomanie, assuétude ou accoutumance. Il désigne toute conduite de consommation d'une drogue provoquant une dépendance psychique et/ou physique.

On utilisera ici comme synonymes les termes d'addiction et dépendance.

 

L'addiction désigne la relation de contrainte qui s'établit entre un individu et un objet. La qualité du lien qui s'instaure et les conduites qui en découlent apparaissent non rationnels et non raisonnables.

La notion d'addiction amène à prendre en compte 3 points : l'objet, le sujet (sa vie psychique), et le lien qui s'établit entre eux.

 

 

 

 

1. Caractère transnosographique des addictions

 

Schématiquement, on peut considérer :

D'une part des facteurs internes, c'est à dire individuels, psychologiques, qui rendent compte de la vulnérabilité personnelle de l'individu. Le contexte psychopathologique individuel dans lequel s'inscrit la conduite addictive. De cette structure de personnalité dépend en grande partie le pronostic.

D'autre part des facteurs extérieurs multiples et variés, qui constituent ce qu'on peut appeler des risques, en opposition à cette vulnérabilité de l'individu : risques qui sont partagés par tous les individus d'une même société, et qui varient d'une époque et d'une société à l'autre.

Ces 2 types de facteurs vont interférer, s'entrecroiser, se majorer, se renforcer.

 

On reconnaît aujourd'hui le caractère transnosographique des addictions. Il n'existerait pas de structure dépendante type.

La référence à la psychologie individuelle, pour indispensable qu'elle soit, ne rend pas compte de l'émergence de l'addiction, et n'explique pas pourquoi certains sujets ont eu recours à de tels moyens d'expression, plutôt que de rester dans le cadre habituel des expressions symptomatiques propres à la catégorie psychopathologique à laquelle ils sont censés appartenir.

Il y aurait donc une problématique spécifiquement liée à ce recours à l'addiction, dont il s'agit de comprendre à la fois le sens et peut être plus encore les raisons propres à l'économie psychique de ces sujets qui ont rendu possible sinon inévitable le recours à ces troubles de conduites.

 

La dépendance se manifeste par des comportements observables. Chacun a une expérience personnelle de la dépendance (habitudes relationnelles, alimentaires). Mais il y a une différence entre une dépendance de ce type et ce qu'on appelle la dépendance pathologique. Cette différence est qualitative et quantitative.

 

Les caractéristiques de la dépendance pathologique sont :

Son intensité, l'urgence du besoin de satisfaction, et l'impossibilité à s'y soustraire.

Elle concerne un objet exclusif. Alors que la dépendance ordinaire en concerne beaucoup. Le sujet " normal " dépend de plusieurs objets, et peut passer avec souplesse de l'un à l'autre. En revanche, les objets de la dépendance pathologique sont peu diversifiés, et non remplaçables.

Les mécanismes qui sous tendent les dépendances ordinaires sont nombreux, et varient en fonction des circonstances. Ceux qui sous tendent la dépendance pathologique sont massifs et rigides.

Cependant, on aurait tort d'opposer dépendance psychique et dépendance physiologique, qui constituent deux aspects d'un même phénomène.

 

La dépendance dite psychique est à distinguer de la dépendance physique. Elle ne se présente pas chez tout sujet, et est donc liée à la personnalité, elle n'est pas secondaire à l'effet du produit mais à la relation du sujet à l'objet de la dépendance.

Il apparaît nécessaire de comprendre la dynamique sous jacente aux symptômes pour construire un projet thérapeutique.

 

 

 

 

2. Les théories et modèles des addictions

 

Une théorie est toujours réductrice, elle ne prend en compte que les tendances générales. Ainsi aucun des modèles proposés ne peut rendre compte en totalité de la structure psychologique d'un individu. Il est souvent nécessaire d'associer plusieurs modèles pour essayer de cerner les tendances multiples et contradictoires qui expliquent la structure de l'inconscient.

Les théories concernant les conduites addictives sont nombreuses. Elles fournissent des repères pour aider à répondre aux questions suscitées par l'observation clinique.

Le rôle, important, de la théorisation est de garder la réflexion en éveil, démarche créatrice qui se nourrit de la démarche clinique et tente de la comprendre.

 

 

 

 

3. Economie psychique de la dépendance

 

Si un sujet ne peut pas se passer d'un objet, c'est que cet objet lui apporte une satisfaction, et que son absence entraîne une insatisfaction. Il s'agit d'essayer de comprendre pourquoi cette satisfaction est exclusive et impérative.

 

On peut décrire 3 mécanismes. Mécanismes qui ont été analysés de façon variable, il existe de nombreux modèles construits sur cette base.

 

- Recherche de l'obtention d'un plaisir

Renvoie à l'économie libidinale du sujet. Le plaisir ici est dû, non pas à l'abaissement d'une tension désagréable, mais à une excitation érotique. Le fonctionnement est pervers : le comportement d'obtention du plaisir orgastique se fait autrement que par le biais d'une relation génitale. On note la force du désir, et une double exclusivité : exclusivité d'une seule modalité d'obtention du plaisir, et exclusivité du fait de l'envahissement par ce désir de la totalité de la vie du sujet.

L'important ici, c'est le plaisir éprouvé, et l'intense désir de le renouveler, ce qui conduit à un comportement de dépendance.

 

- Le narcissisme. Obtention d'un état d'élation avec sentiment de toute puissance

La notion de narcissisme a des sens multiples : ici, ce n'est pas l'amour de soi qui est en cause, mais l'estime de soi.

Dans les troubles addictifs l'estime de soi est caractérisée par le fait qu'elle ne peut pas être moyenne et adaptée, elle ne peut être qu'extrême, soit effondrée, soit grandiose. Elle est fragile et instable, d'où les oscillations permanentes entre une intense dévalorisation et un sentiment de perfection et de toute puissance.

Cette défaillance narcissique se distingue de la dépression névrotique. Ici, le sujet éprouve un sentiment de désarroi, d'effondrement et pas de l'angoisse, de la rage et non de l'agressivité, un sentiment de vide et non de culpabilité. L'impossibilité d'arriver à un état satisfaisant qui serait intermédiaire et stable, entre effondrement et élation transitoire, rend compte du besoin de répétition qui caractérise la dépendance.

 

- L'apaisement de tensions

On observe notamment chez des sujets présentant des manifestations psychopathiques des marques d'impulsivité, instabilité, intolérance à la frustration, ou des manifestations limites : instabilité relationnelle, crudité des fantasmes, défaut de mentalisation, carence des mécanismes de défense contre l'angoisse.

Chez ces sujets la tension semble inapaisable, sauf de manière transitoire et par l'utilisation d'une drogue pour le toxicomane, d'aliments pour le boulimique et d'alcool pour l'alcoolique.

On retrouve chez de tels sujets une angoisse archaïque profonde. La " peur du manque du manque ". Le sujet a peur, s'il perd son manque de drogue, de se trouver face à des fantasmes archaïques terrifiants.

 

 

Ainsi la conduite addictive peut être vue comme la recherche extérieure d'un apport dont le sujet a besoin pour son équilibre et qu'il ne peut trouver au niveau de ses ressources internes.

L'addiction désigne alors un processus plus qu'un comportement, processus qui fonctionne à la fois pour produire du plaisir et pour fournir une issue à un inconfort interne. Processus qui est utilisé sur un mode caractérisé par un manque répétitif du contrôle du comportement, et par la répétition de ce comportement, malgré ses conséquences négatives.

Pour que le sujet puisse rechercher sans crainte le degré zéro de tension, et s'y abandonner, pour qu'il puisse aller vers l'apaisement, il faudrait que cet apaisement des tensions ne soit pas synonyme de mort, et que donc, subsistent à l'intérieur de lui des investissements suffisamment solides pour assurer sa continuité.

C'est cette sécurité interne qui semble faire défaut au sujet addictif.

Les conduites addictives peuvent être vues comme des moyens pour tenter de conjurer le risque de mort par la mise en oeuvre d'une conduite agie : une reprise active pour lutter contre la passivité synonyme de mort.

C'est en fait l'échec de ces conduites qui amène à la mort. C'est en cela que les conduites addictives s'avèrent avoir une fonction auto-thérapeutique. Même si elle échoue en grande partie.

 

 

 

 

4. L'objet de la dépendance

 

Il s'agit de l'objet que le sujet cherche à se procurer : nourriture, alcool, produit psychotrope…

Mais ce que poursuit le sujet toxicomane, alcoolique ou boulimique, c'est quelque fois autre chose, et par exemple, une certaine relation aux autres. Il semble que parfois, ce soit plus le statut de toxicomane qui soit recherché que la drogue elle-même.

On note que la dépendance s'inscrit dans un contexte relationnel, familial ou social. On distingue schématiquement deux types de situations : Celles dans lesquelles le sujet " à son insu met en acte les fantasmes parentaux incestueux et réalise leurs désirs mortifères à son égard, et les situations où c'est lui qui agresse sa famille ou la société et en jouit ". (1)

 

L'objet de la dépendance est ce dont le sujet a besoin, non pour ses qualités (et qu'il pourrait alors remplacer par un autre) mais dont il a besoin en soi. Un objet dont le sujet parle peu, car il le mentalise mal. Ce qui renvoie à l'objet archaïque.

Il apparaît donc que ce n'est pas le produit qui engendre une dépendance psychique, mais le motif de son utilisation.

 

Les conduites addictives peuvent se comprendre comme la rencontre d'un produit, d'un sujet (une structure) et d'un moment, un contexte.

L'ALCOOLISME

 

 

Introduction

 

L'alcoolisme peut aujourd'hui être considéré comme un véritable problème de santé publique dans le monde occidental.

 

Il existe de nombreuses définitions de l'alcoolisme, tout d'abord parce qu'il s'agit d'une conduite pathologique complexe, qui se rattache à l'histoire de chaque individu - au point que l'on pourrait parler " des " alcoolismes, ensuite parce que de nombreux chercheurs s'y sont intéressé et ont tenté de le définir.

L'alcoolisme est avant tout une addiction.

 

L'alcoolisme est un phénomène qui se déroule dans 3 champs différents :

  • dans un champ biologique, puisque l'alcool est une molécule qui a dans le corps certains effets, à court, moyen et long terme.
  • dans un champ psychologique, l'alcool étant un psychotrope, un produit qui modifie l'état de conscience du sujet.
  • dans un champ social. Cette modification de la conscience de l'individu a une influence sur ses conduites, qui vont induire dans son champ social des réponses d'adaptation, qui, à leur tour peuvent entraîner la création d'un système stable, entretenant ce phénomène d'alcoolisme.

 

Est alcoolique celui qui a perdu sa liberté de consommation face à l'alcool. Le choix est radical : ivresse ou abstinence. Ce qui distingue l'alcoolique du buveur excessif, qui lui utilise l'alcool comme rituel d'intégration, comme anxiolytique ou désinhibiteur. Et qui surtout s'arrête quand il atteint sa " dose " efficace.

 

 

 

 

1. Le concept d'alcoolisme

 

 

L'alcoolique est " ivrogne " jusqu'à la fin du 19ème, subissant le jugement des ligues religieuses de tempérance, une forte réprobation bien-pensante.

En parallèle avec l'évolution de la médecine, on fait progressivement le lien entre la consommation excessive d'alcool et certaines maladies des buveurs. L'ivrogne devient un malade.

Un siècle plus tard, la loi s'attache à la qualification des alcooliques : prescription d'obligation de soins, visée de modération ou d'abstinence. L'alcoolisme qualifie les conduites délictueuses par excès d'alcool.

La dimension psychologique fait de l'alcoolisme un trouble psychiatrique. On en souligne le caractère compulsif et involontaire. " est alcoolique celui qui a perdu la liberté de s'abstenir d'alcool ".

La sociologie dénonce l'alcoolisme comme production de la société, effet culturel.

Les alcooliques créent eux-mêmes des associations de soutien, d'entraide dans un but d'abstinence complète. Les AA sont fondés aux Etats Unis en 1936. Des groupements s'organisent dans des entreprises privées ou publiques.

 

Toutes ces définitions, symptôme social, maladie, délit, toxicomanie, situent l'alcoolisme dans un grand flou conceptuel.

 

 

 

 

 

 

 

1. PSYCHOPATHOLOGIE

 

 

1. Un symptôme agi

 

La pathologie mentale se définit comme résultant de la nécessité d'utiliser les énergies psychiques au maintien de la cohérence menacée du psychisme. " parfois ces énergies sont en permanence employées à faire face à l'éclatement de la psyché sous la pression des angoisses psychotiques. La catastrophe psychique est dans ces cas là sans cesse imminente, comme le recours réitéré aux défenses archaïques peut le montrer. Or, la consommation immodérée d'alcool occupe effectivement quasiment toutes les énergies du sujet qui perd peu à peu la possibilité d'investir autre chose ". (3)

 

Le symptôme alcoolique consiste à ne plus s'empêcher de boire de l'alcool de manière excessive.

L'impossibilité de contrôler sa consommation d'alcool est un symptôme soit agi, soit réprimé. La question se pose de savoir pourquoi les alcooliques boivent sans frein, pourquoi ils ne peuvent préserver leurs autres investissements qu'en ne buvant plus une goutte d'alcool.

Tout en situant l'alcoolisme dans le cadre des addictions, on considèrera la singularité du recours à l'alcool. Ce sont les propriétés particulières de l'alcool qui permettront de faire des hypothèses sur les caractéristiques de la faille psychique qu'il est appelé à combler.

 

 

2. Présentation

 

a) La conformité

Certains patients alcooliques tendent à minimiser, banaliser leur état. De cette manière les patients cherchent à maintenir et préserver leur normalité. Les sujets qui s'alcoolisent en groupe se disent souvent " comme les autres ". Isolé, le patient se trouve stigmatisé. L'entrée dans un réseau de soins marque une séparation du corps social. Un discours banalisé, général vient remplacer un discours subjectif qui marquerait la différence.

" les autres " : " je ne bois pas plus que les autres "

Cette recherche de conformité est manifeste d'une angoisse de différenciation, perçue par le sujet comme très menaçante. Elle est également le signe d'une possibilité de thérapie de groupe.

 

b) Le déni de l'alcoolisme

Le déni est souvent lié à la recherche de conformité. Il s'agit d'un déni plus ou moins conscient de la réalité de l'alcoolisme et de ses conséquences.

L'alcool aurait l'effet psychique d'empêcher les alcooliques de se percevoir tels qu'ils sont. On parle " d'apsychognosie ". Ce phénomène fait partie de la sémiologie alcoolique.

 

Ce mécanisme de déni peut servir à permettre la poursuite de l'alcoolisation, ressentie comme impossible à modifier.

Le déni de l'alcoolisme peut également permettre d'éviter la honte, très présente chez les sujets alcooliques.

Le déni peut également s'apparenter à un déni magique, au sens où le sujet affirme sa maîtrise, une position de toute-puissance face à ce persécuteur qu'est l'alcool, ou à l'entourage qui le rejette.

Le déni alcoolique peut aussi s'apparenter à un déni psychotique, suite à l'incapacité de se représenter son image corporelle, et à s'inscrire dans une relation de cause à effet.

 

La banalisation et le déni de l'alcoolisme sont des éléments à prendre en compte. Il ne s'agit pas de contester les dires du patient. Il s'agit de défenses importantes, à respecter, défenses nécessaires face à une angoisse et un traumatisme toujours agissants.

 

c) L'alcool comme liquide

L'uniformité de l'alcool dans le discours et l'usage du sujet alcoolique le distingue de l'amateur d'alcools. On relève la pauvreté sémantique du consommateur d'alcool.

Les sujets alcooliques ne sont pas dans une démarche d'auto-érotisation secondaire comme les amateurs d'alcool. Le plaisir de boire n'existe pas pour les alcooliques qui sont soumis à un besoin contraignant.

On appelle " métonymie " " le procédé du langage qui consiste à faire l'économie d'un morceau de la chaîne logique syntagmatique, le contenant suffit pour le contenu, la partie pour le tout. Par exemple, " prendre un verre " est une métonymie qui économise la suite logique " un verre de… " On constate que la métonymie appauvrit le la pensée, un élément représentant le tout, alors que la métaphore l'enrichit par l'ouverture d'un nouveau champ sémantique ". (3)

L'emploi de " boisson " ou " d'alcool " à la place de ce qui est réellement pris est un processus d'ordre métonymique. Les patients ont naturellement cette formulation.

 

d) La personnalisation

L'alcool est souvent personnalisé dans le discours de l'alcoolique, et dans celui de certains abstinents. " l'alcool, c'est un ami qui vous veut du mal ". L'alcool joue alors un rôle pseudo-relationnel pour le buveur. Il est un tiers détesté par l'entourage, un rival pour le conjoint. L'alcool est alors " par projection un objet idéalisé, tout-puissant, qui mobilise des angoisses persécutrices et des défenses maniaques ". (3)

 

e) Le mélodrame

Dans sa forme, et suite au désir de banalisation, le discours alcoolique n'a rien de théâtral. La honte, très intense dans le sevrage, contribue à minimiser les évènements. La réalité vécue par l'alcoolique a souvent été très dramatique, parfois sordide. L'enfance peut être marquée par des sévices, abandons, abus sexuels…

Cet aspect violent du discours permet d'aborder le caractère traumatique de la psychopathologie des patients. Intéressant du fait de son lien à la répétition.

 

f) Les confusions

Le discours des patients alcooliques est marqué par une grande confusion. Confusion qui concerne les lieux, les circonstances, la temporalité, les personnes et les générations.

Le discours est ainsi désorganisé, s'en dégage une inquiétante étrangeté.

" - j'ai accouché à l'hôpital (pour dire où il est né).

- mon fils et moi, on avait dix-sept ans.

- C'est en rentrant à Rennes que je suis remonté à Paris.

- Ma fille, je l'ai toujours connue.

- J'ai été renversé par une voiture. C'est moi qui tenais le volant.

- A trois ans, mon père a été tué par une grue.

- On a divorcé à onze ans.

- A deux mois, je suis tombé de la table à langer dans un moment d'inattention.

- On a allongé ma mère sur une planche. Elle était complètement raide. "

(extraits d'anamnèse). (3)

 

Il y a glissement d'une personne à une autre, à un objet, d'un lieu à l'autre, sans différenciation.

Les soignants risquent d'être pris dans cette confusion, ou de suivre une tendance à rétablir une logique du discours.

Une caractéristique importante de la pathologie alcoolique est cette difficulté d'établir une séquence logique et temporelle, ces formations confusionnelles.

 

 

g) Le corps parlé

" On observe un imaginaire apparemment pauvre, alimenté par les mots du " corps soignant ", mais dans une fantasmagorie que l'insuffisance scolaire, parfois invoquée, n'explique pas ". (3)

Le corps paraît comme inhabité, sans sensation ou vécu subjectif. Il est représenté par un morceau, ou fait d'une juxtaposition d'éléments sans articulation. Un corps sans organe qui n'appartient pas à celui qui l'habite. La partie fait fonction du tout " moi, c'est les jambes ".

 

 

 

 

2. DEFINITION PSYCHANALYTIQUE

 

 

 

Michel MONJAUZE présente de l'alcoolisme la définition suivante : " le terme d'" alcoolique " désigne un type de personnalité marqué par une faille psychique précoce telle qu'elle entraîne à plus ou moins long terme la nécessité impérieuse et irrépressible de boire de l'alcool, ou la contrainte d'exercer vis-à-vis de la consommation d'alcool une exclusion radicale ". (3)

 

Le terme de " faille psychique précoce " met l'accent sur le fait que la conduite alcoolique est envisagée comme la conséquence visible et plus ou moins tardive d'une cause plus profonde.

Cette perspective psychodynamique est celle de la psychanalyse. La consommation d'alcool est considérée comme un signifiant.

La conduite alcoolique se manifeste plus ou moins tôt dans l'histoire du sujet. Nombre d'alcooliques ont commencé à boire très tôt.

 

La psychopathologie s'attache à la description des failles du fonctionnement psychique, et non à celle de la part préservée. La psychopathologie alcoolique concerne la part alcoolique du Soi. " La réalité clinique est plus nuancée. La pathologie en elle-même est plus ou moins accentuée d'un patient à l'autre. comme pour la sémiologie, aucun patient ne présente tous les traits pathologiques décrits et lorsqu'ils présentent certains traits, il sont leur manière propre de les exprimer. C'est pourquoi une psychopathologie générale des troubles alcooliques est intéressante à établir, afin de pouvoir ensuite dans la clinique faire un examen cohérent de la pathologie du patient et de ses zones préservées ". (3)

 

 

Le terme de " problématique alcoolique " désigne une organisation psychique spécifique.

 

 

1. Les grands traits

 

a) Les confusions

 

La confusion des genres n'est pas le simple fruit d'une insuffisance scolaire. " mes filles, ils sont nés tous les trois… ". On observe une confusion des identités sexuelles. Identités sexuelles qui sont perçues via des accessoires. Une femme parce qu'elle a des talons hauts, un homme parce qu'il porte un chapeau. Ces confusions relèvent d'une image corporelle sans différenciation et sans organisation signifiante.

 

Il en est de même pour la difficulté à se représenter la filiation.

Les cas d'inceste sont assez nombreux chez les alcooliques pour montrer la confusion des générations. Sont parfois mêlés trois niveaux de parenté : les noms de tante, père, mère, nourrice, sont parfois attribués dissociés de leur réelle fonction. Les alcooliques ont souvent été élevés par la même personne que l'un de leurs parents, qui prend alors une place de frère ou sœur. Les liens narcissiques supplantent les liens générationnels.

 

Les confusions peuvent s'expliquer par les effets de l'alcool. Alcool qui peut-être recherché pour brouiller et effacer ces limites et ces différences. Ces confusions seraient alors défensives par rapport à l'angoisse de différence et de séparation.

L'alcool peut également servir une régression plus profonde, jusqu'à une phase dans laquelle le Moi et le non-Moi sont indifférenciés.

L'alcool, de par son caractère paradoxal peut également être recherché pour brouiller le clivage de l'objet en bon et mauvais. " L'objet bon et mauvais à la fois s'opposerait à l'émergence du mauvais objet trop persécuteur et aux angoisses associées. La conséquence de cette défense, c'est qu'amour et haine vont rester confondus ". (3)

Il se peut aussi que l'alcoolisation active le fantasme de mauvais objet, permettant un état illusoire de toute-puissance haineuse sur l'objet attaqué. Inversement, l'alcool peut être appelé à restituer l'idéale bonté de l'objet.

On parle de mécanismes confusionnels dans le sens où il s'agit d'états psychiques transitoires, en perpétuelles transformation et coexistence.

Les partenaires des patients alcooliques sont alors entraînés dans le monde psychique de ce dernier.

 

Ces confusions primitives et la brièveté des états psychiques entraînent chez les alcooliques un malaise identitaire important. En effet, ils entravent le processus de séparation-individuation.

 

La défense la plus évidente est l'assimilation à un groupe de semblables. Lorsque l'alcoolisation trop importante entraîne l'exclusion du groupe social, les sujets se donnent eux-mêmes une identité de groupe. Dans la recherche d'un dénominateur commun, se fondent les différences individuelles. Etre alcoolique, ou ancien buveur constitue une identité sociale.

b) Faille de l'activité de représentation

 

On observe chez les alcooliques une difficulté importante à passer d'un endroit à un autre. Tout changement, tout passage provoque une grande angoisse. C'est l'entre-deux qui pose problème. Le futur proche est un vide sans anticipation possible.

 

" C'est l'activité de représentation qui assure la continuité de notre vie psychique. Quand nous quittons une personne, elle reste dans notre pensée. Nous pouvons nous remémorer le moment passé avec elle et nous représenter la prochaine rencontre. Quittant l'une, nous pouvons imaginer l'autre. même le jamais vu est anticipé par un scénario préliminaire. Ainsi passons-nous avec suffisamment d'aisance et de confiance d'une situation à une autre. Il faut croire que ce n'est pas le cas des alcooliques pour lesquels l'entre-deux est effrayant par son vide représentatif et affectif à la fois ". (3)

 

Cette difficulté de représentation peut générer une angoisse permanente et insupportable. L'effet anxiolytique de l'alcool par rapport à cette angoisse peut expliquer sa consommation répétée. On observe chez les sujets alcooliques un repli permanent sur un malaise diffus. Le ressenti est de l'ordre d'un mal-être psychique, une douleur lancinante, une peur sans objet.

Il existe vraisemblablement une angoisse de non-représentation, une angoisse du vide psychique.

 

Ce défaut de représentation appelle la nécessité de la réalité de l'objet pour les alcooliques.

 

L'espace :

Les alcooliques ont une grande difficulté de se représenter et de construire la troisième dimension. Si le plan est accessible, la construction en volume ne l'est pas.

Le test projectif du Rorschach " montre que les alcooliques sont sans cesse occupés à tenter d'organiser l'espace, ils s'obstinent à décrire des directions contradictoires, des relations spatiales absurdes. C'est un espace en transformation qui n'a ni structure ni stabilité ". (3)

 

Le temps :

On observe également une difficulté de la séquence logique et temporelle chez les sujets alcooliques. La temporalité est réduite à un télescopage. Le vécu " minute par minute " évite l'angoisse de ne pouvoir se représenter de succession temporelle.

Pour les patients alcooliques, le temps s'inscrit avec la répétition régulière d'un événement identique, l'alcoolisation à heure fixe, et parfois consultations à heures régulières.

" l'objet réel a une fonction importante de rassurement pour les alcooliques, par la possibilité de le retrouver toujours le même. Aussi le cadre est-il plus important à préserver que les personnes, observation intéressante pour la continuité de la prise en charge ". (3)

 

Les ruptures de la chaîne associative, les articulations aberrantes proviennent des failles représentatives, de la désorganisation de l'espace et du temps. Elles sont compensées par une fantaisie métaphorique parfois surprenante. " c'est la force des écrivains alcooliques, des chanteurs compositeurs ou des acteurs aussi pleins d'alcool que d'esprit. Ces défenses sont assez efficaces pour assurer des périodes de sobriété, puisque ceux qui les ont développées ne prennent pas une identité d'alcooliques. Même s'ils font des séjours en institutions de soins, ils restent " écrivain ", " acteur " ou " chanteur ". Dans ce cas, la part alcoolique du Soi a trouvé une expression intégrée à la personnalité, alors que l'identité d'alcoolique fait disparaître les composantes identitaires de la part adaptative ". (3)

 

La honte fondamentale :

 

On décrit l'alcoolisme comme une maladie de la honte, non de la culpabilité. La culpabilité met en jeu la responsabilité relationnelle, alors que la honte résulte de la mise à découvert d'un stigmate au regard des autres. Ce qui fait honte, c'est ce qui s'échappe de nous malgré nous, et qui est vu par l'autre, parfois avant qu'on en prenne conscience.

La honte chez l'alcoolique peut s'expliquer par le regard d'autrui ou/et celui de la part saine de la personnalité sur la part alcoolique. " ce qui fait honte, vraisemblablement, c'est l'animalité du processus régressif alcoolique et l'impuissance du sujet à l'endiguer ".

 

 

c) L'image du corps

 

Un corps sans organe :

Certains auteurs évoquent le corps des alcooliques comme présentant des " zones muettes non symbolisées ", sans représentation psychique. Il y a vide de signification.

On peut penser que, faute de toucher approprié par l'entourage, faute de nomination, les sensations sont restées diffuses, sans différenciation ou nuance. L'érotisation du corps et par conséquent son appropriation, n'auraient pas eu lieu. Certains patients présentent un corps comme anesthésié, inerte. Le corps est sans appartenance. Cette inertie corporelle fait penser à d'éventuelles négligences voire sévices corporels.

 

L'enveloppe :

Les patients alcooliques se décrivent comme des " écorchés vifs ".

" la fragilité de leur enveloppe psychique se lit chez certains dans leur porosité par rapport à l'environnement, recherche du semblable, dissolution dans le commun, le banal, le " comme tout le monde ". Leurs identifications sont adhésives ou imitatives. Dans les contacts, l'ébriété fait disparaître ou distend l'enveloppe, la proximité efface les frontières avec le voisin ". (3)

 

 

d) Spécificité de la problématique alcoolique

 

La psychopathologie alcoolique se caractérise par des failles psychiques concernant le tout début du développement psychique. L'origine est précoce, mais l'apparition de la conduite alcoolique peut être relativement tardive.

 

Le symptôme alcoolique est au centre de la problématique. Il est une réponse défensive aux angoisses.

 

On en relève 8 caractéristiques principales :

  1. C'est un symptôme qui ne s'inscrit pas dans le symbolique. Il est asignifiant et non verbal.
  2. Il s'agit d'un geste. L'agir est la seule expression du symptôme. Le sujet avale de l'alcool dans une compulsion automatique. Ce qui ôte au langage sa fonction signifiante et expulse la pensée de l'espace psychique.
  3. L'alcool consommé excessivement est un puissant anxiolytique. La place de l'angoisse est ainsi très marquée, irrépressible.
  4. Un manque psychologique reçoit une réponse physiologique, l'alcool. Il y a confusion entre le psychique et le corporel.
  5. L'alcool vise à effacer les différences de sexe, de génération, comme les espaces entre les moments, les lieux, les entre-deux de manière générale. L'alcool permet d'agresser la différence lorsqu'elle est perçue.
  6. L'alcoolisation conduit la plupart du temps au repli du sujet alcoolique, à son exclusion de la société, de l'entourage.
  7. Le symptôme est caractérisé par la répétition, ce qui laisse penser à une dimension traumatique sous-jacente.
  8. Le symptôme peut prendre une forme inversée dans l'abstinence. Ne plus boire d'alcool pour éviter d'un boire excessivement.

 

Le recours à l'agir, l'inhibition de la pensée, l'indifférenciation, le repli, évoquent un symptôme qui s'inscrit dans le fonctionnement psychique précoce, pré-verbal. On s'attache alors à l'historique du symptôme alcoolique. Le symptôme alcoolique s'installe lorsque l'alcool est disponible et répond à l'état psychique en souffrance du sujet. Il y a réunion de circonstances déclenchantes, mise à disposition de l'alcool. On confond souvent les circonstances déclenchantes et la cause initiale. " la faille psychique est préverbale mais son traitement défensif ne peut se mettre en place que lorsque l'alcool a trouvé sa place dans l'économie psychique ". (Mijolla et Shentoub. 1973.)

 

 

2. Psychogénèse

 

Le recours impérieux à l'alcool a une explication psychanalytique qui vaut pour toutes les addictions : un objet réel prend une charge fantasmatique considérable. La drogue est investie de toutes les attentes et de tous les pouvoirs que le nourrisson aurait dû attribuer à l'objet maternel et à lui seul. En même temps, l'objet-drogue n'a pas de représentation psychique et doit être perpétuellement présent.

 

La psychopathologie peut expliquer comment cela dysfonctionne. Mais elle ne dit pas pourquoi lors du développement ces distorsions-là se sont mises en jeu.

Pour ce qui est de savoir comment la part alcoolique du Soi s'est formée, et pourquoi l'alcool, la psychogénèse peut présenter certaines hypothèses.

 

 

La psychogénèse est l'ensemble des hypothèses qui décrivent les conditions du développement infantile ayant entraîné le dysfonctionnement psychique. On a déjà évoqué le caractère archaïque de la pathologie alcoolique. C'est ce qui explique le caractère inaccessible de l'alcoolisme quand on a renoncé aux explications superficielles. Le symptôme dans son aspect répétitif, met en avant la nature traumatique de la faille sous-jacente.

On suppose que la faille psychique provoquée par le traumatisme a empêché l'acquisition d'une fonction de représentation efficiente. Et ce, soit par défaut fondamental, soit suite à une distorsion survenue après son établissement.

 

La psychogénèse de l'alcoolisme ne sera pas ici plus approfondie.

LE PRODUIT - L'ALCOOL - LE PARADOXE

 

 

 

1. Le point sur le produit

 

 

Quelques notions :

Les boissons alcooliques sont celles qui contiennent par nature de l'éthanol ou alcool éthylique. C2H5OH.

Les boissons alcoolisées sont initialement sans alcool, ce dernier y a été rajouté.

Les boissons fermentées (vin, cidre, bière, hydromel) sont obtenues directement par la fermentation de fruits ou de jus sucrés naturels.

Les boissons distillées (eaux de vie, spiritueux) sont obtenues par distillation d'une boisson fermentée, c'est-à-dire vaporisation puis condensation.

 

L'alcool ingéré est absorbé en partie au niveau de l'estomac. L'absorption se fait essentiellement au niveau de l'intestin grêle. L'alcool passe alors dans le sang, et se diffuse très facilement. Transporté par le sang, il traverse le foie et gagne le cœur. Via la grande circulation sanguine, il y a passage dans tous les organes. L'alcool retourne ensuite au foie où il subit un important catabolisme.

 

L'ivresse alcoolique typique passe par une première phase d'excitation psychomotrice simple. Le sujet ressent l'impression d'une facilité relationnelle et intellectuelle, expansivité accrue. Il y a perte du contrôle supérieur et libération des tendances instinctives.

Dans une seconde phase on observe une incoordination et une instabilité avec des pensées embrouillées, une perte de l'auto-critique, une parole bredouillante, des troubles de l'attention, des désordres végétatifs, nausées, vomissements…

L'ivresse peut en rester là, ou évoluer vers une troisième phase, phase de coma avec hypotonie, diminution des réflexes, mydriase, vomissements, relâchement sphinctérien. Le sujet est " ivre mort ".

Ce coma peut comporter des accidents d'hypoglycémie grave, d'insuffisance respiratoire…

 

On décrit des ivresses pathologiques ou atypiques (quoiqu'on puisse considérer toute ivresse comme pathologique). Il s'agit d'ivresse hallucinatoires, délirantes, maniaques ou dépressives. Elles présentent un danger important, risque de suicide, ou d'hétéro-agressivité jusqu'à l'homicide.

 

 

L'alcool comme psychotrope

 

Si l'alcoolique a recours à l'alcool, c'est pour ses vertus anxiolytiques. La dépendance à l'alcool est toujours le signe d'un mal-être, on ne boit pas excessivement par hasard.

L'alcool est effectivement doué de diverses propriétés :

Il abolit la timidité et facilité la communication, réduit les tensions internes et calme l'anxiété. Il soulage la douleur morale, et occulte la dépression, lève les inhibitions et permet le passage à l'acte, le plus souvent des actes agressifs, impulsifs, violents, voire délictueux. Il y a facilitation des transgressions et des interdits. On dit que le Surmoi est " soluble dans l'alcool ".

 

L'alcool donne une impression de facilitation de l'acte créateur artistique ou littéraire. Il a ainsi souvent été représenté dans le monde intellectuel comme un stimulant de la création. C'est oublier que l'alcool n'est qu'un symptôme associé au même titre que le travail de création pour combler la dépression existentielle de certains artistes.

 

La sexualité

Du point de vue endocrinien, l'alcool a une action néfaste sur les gonades, et chez les hommes alcooliques, l'évolution se fait vers l'impuissance, impuissance souvent tardive.

Le mythe de l'alcool stimulant sexuel procède de son action psychopharmacologique en alcoolisation aiguë où il lève les inhibitions et favorise le passage à l'acte. Objectivement, l'action de l'alcool est négative sur la sexualité.

 

Une composante homosexuelle a souvent été mise en avant chez les sujets alcooliques. Pour d'autres auteurs, il s'agirait plutôt d'une importance donnée au groupe réconfortant des semblables.

 

Le sevrage peut parfois entraîner un syndrome dépressif, avec perte transitoire de libido. Point sur lequel il est important d'informer le sujet et son conjoint pour éviter une déception lors d'une sortie de l'alcool.

 

 

 

2. Le paradoxe alcoolique

 

 

" l'alcool, anxiolytique puissant, est aussi un agent anxiogène, puisqu'il majeure les angoisses persécutives. Son caractère destructeur devient de plus en plus manifeste, sans pour autant qu'il perde son caractère salvateur. L'alcool est paradoxal. C'est pourquoi les alcooliques entrant dans le circuit de soins cherchent à conserver leur alcoolisation et à rompre avec elle ". (3)

 

Ce caractère paradoxal filtre dans le discours des patients.

" ma femme me quitte parce que je bois, mais je bois parce qu'elle me quitte ".

La même chose se retrouve concernant la sphère professionnelle. Des études montrent que les alcooliques qui travaillent boivent moins que les autres. Mais travaillent-ils parce qu'ils boivent moins, ou boivent-ils moins parce qu'ils travaillent ?

De même socialement : l'alcoolisme est une maladie sociale, mais l'individu alcoolique est exclu de la société. La société encourage la consommation d'alcool et interdit l'alcoolisme. la justice rend l'alcoolique responsable, mais l'oblige à des soins psychiatriques.

 

" on pourrait dire schématiquement que la société française tend à protéger les alcooliques, surtout les hommes, par la valeur culturelle qu'elle accorde à l'alcoolisation virile. Ils font partie du monde des buveurs. L'alcoolique est d'abord engagé à boire, on se moque de lui s'il refuse. Ensuite on le montre du doigt s'il ne peut pas se modérer. Cette ambiguïté se retrouve encore davantage dans l'entreprise ou l'institution qui emploie l'alcoolique : l'alcoolisme, au sens médical de lésion entraînée par l'alcool, sera pris en charge, mais la dépendance psychique sera considérée comme une faute professionnelle. La justice a la même double face : l'alcoolique est reconnu comme responsable de ses actes, mais il doit se soumettre à des soins psychiatriques comme un malade mental. La société finit par reconnaître que l'alcoolique ne peut boire modérément et lui demande donc l'abstinence, lui offrant accès aux groupe d'abstinents, nouvelle possibilité d'insertion. si l'alcoolisation catastrophique continue, l'appartenance au groupe social des exclus attend les alcooliques irréductibles. Un très grand nombre de clochards sont des alcooliques qui échappent ainsi à la maladie mentale pour avoir un certain " statut " social, de plus en plus évident de nos jours ". (3)

 

La pathologie alcoolique étant paradoxale, le paradoxe infiltre tout ce qui la touche.

La demande de soins est elle aussi paradoxale, puisque le patient sait que l'alcool tue, mais il sent que sans l'alcool, il ne peut pas vivre.

 

 

L'ensemble verre-alcool est une représentation paradoxale de présence/absence : l'alcool disparaît sans cesse, le verre est toujours présent.

 

Le recours répété à l'alcool montre l'échec de la représentation fantasmatique à la fois du manque et de l'objet qui comble ce manque. L'alcool n'est pas un objet fantasmatique, il est objet réel, objet de perception. Son absence provoque une angoisse insurmontable.

La théorie psychanalytique présente le fantasme comme naissant de l'écart entre le besoin (le lait) et le désir (sein maternel). De la frustration, due à l'absence de l'objet réel, naît la pensée, représentation fantasmatique de l'objet. L'alcool, lui, semble faire coller le besoin et le fantasme. Les effets physiologiques de l'alcool viennent soulager une souffrance psychologique. Dans un profond malaise, se confondent psyché et soma.

" la réalité de l'objet est très fortement imprégnée du fantasme que cet objet est le seul à pouvoir répondre au manque psychique. Mais l'objet n'a pas de représentation psychique pour autant ". (3)

Le fait que l'alcool ne puisse être représenté en son absence, et son surinvestissement fantasmatique expliquent la nécessité d'une constante consommation.

 

L'alcoolisme est donc étroitement lié à la faille de l'activité de représentation.

On remarque également que cette notion est valable pour tout type d'objet-drogue. La spécificité de chaque addiction est liée aux modalités d'usage, et aux effets spécifiques de chaque toxique.

" tout recours à un remède physiologique pour répondre à une souffrance psychique relève de la confusion besoin/fantasme et d'une pathologie de la représentation, quel que soit le toxique choisi ". (3)

La spécificité du remède, l'alcool, son mode d'absorption et ses propriétés, répond à la spécificité de la faille psychique qu'il est appelé à colmater.

 

 

3. L'abstinence

 

Une particularité de l'alcoolisme. D'indispensable, l'objet-alcool devient superflu, répulsif, dangereux. Personnalisé, l'alcool devient traître, ennemi, destructeur. Dans l'abstinence, l'ambiguïté de l'objet bon-mauvais est résolue radicalement. L'abstinence représente ainsi un remaniement psychique important.

L'abstinent exclut avec l'alcool la part alcoolique du Soi, celle qui demande à boire. L'abstinence peut ainsi être comparée à une amputation.

Il y a chez les patients abstinents un clivage expulsif d'une partie d'eux-mêmes. Le Soi-alcool est clivé de la personnalité, projeté à l'extérieur et attaqué agressivement par la part préservée de la personnalité.

 

Ce seul " remède " à l'alcoolisme est paradoxal. Il faut être abstinent parce qu'on ne peut pas s'empêcher de boire.

ASPECTS SOCIOLOGIQUE ET SYSTEMIQUE

 

 

 

Il s'agit ici de faire d'autres propositions de lecture du trouble alcoolique. Ces points de vue ne sont pas exclusifs, mais complémentaires.

L'étiologie de l'alcoolisme est multifactorielle. La réalité clinique est complexe.

 

 

 

1.Point de vue sociologique

 

Selon les époques et les civilisations, l'alcool a représenté certaines valeurs. Il y a eu des cultures répressives et des cultures permissives à l'égard de l'alcool (sociétés viticoles occidentales, notamment la France). Dans les cultures permissives, l'alcool est vécu de manière mythique, avec un stéréotype positif de l'alcool ; ce qui donne un statut valorisant au consommateur, un stéréotype négatif et faible à l'égard de l'alcoolique, qui sera progressivement rejeté comme déviant.

 

La fonction de communication de l'alcool est majeure, surtout au sein des sociétés occidentales.

L'alcoolisation fait partie, notamment en France, d'un code de politesse, contraignant pour l'abstinent, et d'un rite social global : relations familiales, amicales, professionnelles... Une forme de communication " institutionnalisée " avec le bistrot, l'apéritif élevés au rang de rite social. Pour signe, " l'arrosage " de toute promotion, réussite, départ...

Le code de politesse fait obligation de l'alcool, qui prend alors fonction de " lubrifiant social ".

 

L'alcool a un rôle d'intronisation aux rituels sociologiques de la fête. Il apparaît comme un facteur nécessaire de la convivialité, et donc de l'intégration sociale. Ceci dans le double aspect de l'accession à une identité sociale, et pour l'homme à une certaine reconnaissance sociale de l'identité virile.

L'alcool dans le rôle d'initiation au statut d'homme et d'adulte.

On relève l'association symbolique travail-puissance sociale-virilité-alcool. Ce mythe de virilité peut expliquer en partie la forte réprobation liée à l'alcoolisation féminine.

" l'alcool favorise l'intégration en milieu professionnel et à son prolongement sociologique, le café, dans une complicité virile où certains ont voulu voir une note d'homosexualité ". (4)

 

On assiste au passage de l'alcool-signifiant, liquide sacré, à l'alcool-signifié, générateur de virilité et symbole de la richesse, de l'esprit, du sang pour le vin rouge. Les facteurs religieux comptent pour partie dans cette mythologie. L'alcool dans sa fonction liturgique, ou à l'opposée, l'ivrogne en proie à la réprobation de la morale.

 

Le prestige du vin. En référence à Roland Barthes. " Mythologies ".

" le vin est senti par la nature française comme un bien qui lui est propre... Savoir boire est une technique nationale qui sert à qualifier le français ".

Un mythe qui propose une vision réduite aux seules propriétés gastronomiques et psychotropes du vin, dans la méconnaissance du caractère aliénant du vin.

 

Il semble cependant, quelle que soit la place du facteur culturel, quel que soit le degré de prévention, l'attitude sociale, qu'il y aura toujours des individus pour s'alcooliser sans retenue. " quelques sociétés ne distinguent pas les alcooliques des buveurs, il n'empêche que certains se détruisent avec l'alcool. D'autres cultures interdisent l'alcool, pourtant on y trouve des alcooliques. Vraisemblablement, on découvrira une prédisposition génétique, mais tout aussi vraisemblablement le gêne prédisposant ne sera pas actif chez tous ". (3)

 

 

L'alcoolisme comme maladie sociale est décrite dans la perspective d'une inscription du sujet dans la civilisation au sens où l'a définie Freud : le sacrifice systématique de la libido, son détournement par les manifestations sociales. Conception de l'alcoolisation selon laquelle la libre satisfaction des besoins instinctifs de l'homme est incompatible avec la société civilisée. Renonciation et report de la satisfaction sont les conditions mêmes du progrès.

La civilisation substitue en l'homme le principe de réalité (soumission) au principe de plaisir. La culture est érigée sur le renoncement pulsionnel. Ainsi la société est à la fois société répressive et société de consommation. En échange de la liberté, elle apporte la consommation, expression substitutive et trompeuse de la contrainte sociale et de la réglementation du plaisir. En échange du don par l'individu de son énergie créatrice à la production de marchandises, la société lui offre un secteur restreint de plaisir hors du temps de travail, sous une forme qui ne peut être qu'une marchandise. Le refuge dans l'alcool est alors perçu comme tentative de retrouver la source instinctuelle du plaisir, et comme transgression du contrat social.

L'alcoolisme apparaît donc dans le sens freudien comme un symptôme du malaise dans la civilisation.

On relève toutefois que l'angoisse fondamentale existentielle est propre à l'homme de tout temps, et qu'elle ne découle pas nécessairement d'un statut économique particulier.

 

" la vie telle qu'elle nous est imposée est trop dure pour nous, elle nous apporte trop de douleurs, de déception, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons pas nous passer de remèdes sédatifs. Ces remèdes, il en est de trois sortes : de puissantes diversions qui nous permettent de faire peu de cas de notre misère, des satisfactions substitutives qui la diminuent, des stupéfiants qui nous y rendent insensibles " (Freud " Malaise dans la culture).

 

 

 

2. Aspect systémique : conjugal et familial

 

 

L'implication de la famille dans le processus alcoolique constitue un trait spécifique de cette pathologie. L'environnement familial joue un rôle important dans les habitudes de consommation d'alcool.

Les approches familiales et systémiques ont montré le rôle que jouaient la famille et le conjoint dans l'alcoolisme. Le comportement alcoolique n'est donc plus uniquement pensé comme une pathologie individuelle, en termes intrapsychiques, mais également comme un problème d'interaction au sein du groupe. Ainsi, il n'existe pas d'alcoolique indépendamment du système de relations dans lequel il vit/a vécu.

L'alcoolisme peut être pensé comme une " maladie de système ".

 

De nombreux auteurs ont élaboré des théories autour du thème " alcoolisme et famille ".

L'utilisation d'alcool aurait ainsi des conséquences adaptatives : dans un premier temps, le sujet et son environnement fonctionnent mieux du fait de l'utilisation d'alcool. Ces conséquences positives ont un effet de renforcement, et maintiennent l'alcoolisation.

Les familles comprenant un ou plusieurs membres alcooliques atteindraient un niveau d'équilibre, et par des mécanismes intra-familiaux, tenteraient de maintenir cet équilibre. Par conséquent, tout effort de l'un des membres du groupe pour modifier son rôle habituel menacerait l'homéostasie familiale et provoquerait des efforts renouvelés pour maintenir le statu quo. C'est-à-dire qu'aux efforts réalisés par l'alcoolique pour se sortir de sa dépendance s'oppose la force de la famille.

 

L'abus d'alcool assure des fonctions adaptatives qui se renforcent et confortent dans l'habitude de boire.

Il apparaît ainsi fondamental de tenir compte des différents niveaux de fonctionnement du couple, des familles d'origine, ainsi que des processus psychiques, pour mettre en place une thérapeutique cohérente.

Il s'agit de prendre en compte les facteurs de maintien de l'alcoolisme, la fonction que remplit l'alcool.

3. La dynamique alcoolique

Un modèle de compréhension : le concept d'autonomisation.

 

Ce modèle permet d'ordonner les différents types d'alcoolismes suivant la temporalité du recours à l'alcool : antérieur ou postérieur à la prise d'autonomie du sujet par rapport à sa famille d'origine. Cela permet également de distinguer différentes constellations d'organisation familiales.

L'autonomie se comprend ici dans le sens de la génération et l'affirmation de sa propre identité. Etre autonome, c'est se prendre soi-même en charge, être capable de gérer sa vie, assurer son identité et sa continuité, maintenir ses limites et affirmer sa différence.

Le moment du passage de l'âge adolescent à l'âge adulte est particulier. C'est une zone de turbulences, au cours de laquelle l'apparition de pathologies signe la difficulté ou l'incapacité à passer le cap.

 

 

Le modèle de Stierling propose une compréhension systémique et analytique de l'alcoolisme.

Il distingue 3 conditions à la définition de l'autonomie :

 

Le travail :

L'exercice d'un travail rémunéré assure l'indépendance financière, sans laquelle on ne peut parler d'indépendance véritable. Le métier est également le signe d'une intégration sociale réussie, il témoigne d'une capacité relationnelle.

 

L'amour :

La fin de l'adolescence est marquée par un changement des investissements affectifs du sujet. Alors que ses parents représentaient pour lui l'investissement majeur, il transfère celui-ci sur l'extérieur et choisit des objets substitutifs parmi ses pairs. Le choix du conjoint détermine ensuite l'instauration du groupe social relationnel.

Une situation d'échec peut favoriser l'émergence de pathologies, de risques de dépendance affective inadéquate aux parents.

 

La distance :

Il s'agit ici de la nécessité d'une distance par rapport aux lieux de vie de la famille d'origine. L'éloignement est variable : un changement d'étage, de rue, de quartier, de ville, de pays voire de continent. Cette distance est en lien avec la différenciation de soi : recours à des mécanismes internes ou/et à un éloignement physique.

 

Accomplir ces 3 tâches constitue un véritable travail psychique. S'y ajoute la croyance des parents en la capacité de leurs enfants à se réaliser et à s'autonomiser. Les drogues sont une alternative pour échapper au dilemme de quitter la famille et de nouer des relations sociales.

 

Ce concept d'autonomie est difficile à évaluer. On observe plus facilement le manque d'autonomie, ici, la dépendance.

De là, on distingue 3 types d'alcoolismes :

 

 

Le type 1 : alcoolisme précoce ou pseudo-toxicomaniaque

Il précède et inhibe l'autonomisation. C'est la relation oedipienne à la mère qui est ici mise en avant. Le recours abusif à l'alcool permet de perpétuer le lien, de méconnaître la dépendance affective en désignant l'alcool de façon objective.

L'alcool est utilisé de manière massive et discontinue. Consommation qui s'accompagne de comportements violents et délinquants, et d'épisodes de perte de conscience. Ce type de consommation vise à la " défonce ", de manière analogique à la prise d'héroïne, d'où la qualification " d'équivalent toxicomaniaque " de ce type d'alcoolisation.

Le jeune sujet reste alors bloqué dans sa famille d'origine dont il dépend, financièrement et affectivement. La problématique se joue dans la verticalité, entre la famille et le sujet, incapable de nouer des liens avec ses pairs et de s'intégrer au monde du travail.

Dans une perspective thérapeutique, il s'agit pour le thérapeute de remettre en mouvement le mécanisme bloqué de l'autonomisation, en délimitant nettement les niveaux générationnels.

 

 

Le type 2 : l'alcoolisme conjugué

Ou alcoolisme banal de l'âge adulte. Il se développe plus ou moins lentement après l'autonomisation.

Il s'agit de l'alcoolisation la plus fréquemment rencontrée : l'individu est éduqué, apte à effectuer un travail qui lui assure des moyens de subsistance et une insertion sociale, il a noué une relation affective stable et a construit une famille. Confronté à un problème (somatique ou psychique, professionnel ou personnel) le sujet a recours à l'alcoolisation comme auto médication de son angoisse, de sa dépression ou de son ennui.

C'est parce que dans un premier temps l'alcool est relativement efficace et avantageux pour la résolution d'une problématique particulière que le recours à l'alcool se perpétue. La tolérance à l'alcool et les problèmes restés sans solution obligent le sujet à augmenter sa consommation. Dans un second temps, les bénéfices cessent (conjugaison des effets favorables et défavorables de l'alcool). Dans la 3ème phase, les performances personnelles et professionnelles diminuent rapidement. Les conséquences négatives de l'alcoolisme sont multiples : somnolences diurnes, accidents de voiture, troubles gastro-intestinaux, difficultés conjugales, problèmes financiers...

 

Le concept de coalcoolisme :

C'est à ce stade de l'alcoolisme que seule l'intervention d'un coalcoolique auprès de l'alcoolique permet de poursuivre telle quelle l'alcoolisation, tout en minimisant ses conséquences négatives. L'activité coalcoolique et le recours à l'alcoolisation suivent le même but : assurer le statu quo, l'homéostasie du système familial.

Plus la réaction de l'entourage à l'abus de boisson est rapide et cohérente, moins on a de chance de voir s'installer une situation chronique et difficilement réversible.

Par sa trop grande tolérance, le coalcoolique permet et favorise le développement de l'alcoolisation de celui qu'il protège. Le coalcoolique fait tout pour éviter une dégradation matérielle et sociale de sa famille, éviter le scandale, cacher à l'entourage ce qu'il considère comme une honte et un échec. Le coalcoolique se présente alors comme une victime du comportement de l'alcoolique, comme celui ou celle qui s'est sacrifié(e) pour que tout continue comme avant.

 

On peut définir plusieurs figures types (nécessairement schématiques) de coalcooliques :

 

  • Le connaisseur ès alcoolique : le coalcoolique a lui-même dans sa famille d'origine un ou plusieurs alcooliques, au contact desquels il a acquis une expérience avant le mariage. Ce sujet possède déjà un mode de réaction déterminé par son expérience. Le coalcoolique balance entre la banalisation d'une consommation excessive, considérée comme normale ou inéluctable, et un rejet absolu de toute forme de consommation alcoolisée. Dans certains cas, cet interdit peut être entendu comme une invitation déguisée à la transgression, et comme une façon de positionner d'emblée l'alcool comme régulateur des rapports de force dans le couple.
  • le conjoint dominateur : une épouse autoritaire et dominatrice. Assez forte pour tout prendre en main, elle s'appuie sur une image maternelle puissante, dans la valorisation extrême du rôle maternel. La relation à sa propre mère reste idéalisée, parfois prépondérante à la relation conjugale.
  • le mariage dans la sollicitude : d'autres femmes d'alcooliques investissent tout particulièrement la fonction d'aide et de maternage, elles ne sont épouses que dans la sollicitude. Elles ont épousé un homme déjà alcoolique, dans l'espoir de l'aider à surmonter cette faiblesse, par leur présence, et leur affection. Elles sont davantage mères que femmes, et le désir d'un homme les effraie. Un homme qui boit n'est alors qu'un enfant de plus.
  • le mariage de la dernière chance : le sujet coalcoolique a souffert précédemment d'un deuil, d'une rupture brutale ou mal acceptée. Le mari alcoolique apparaît comme un objet de remplacement.

 

 

 

Le type 3 : l'alcoolisme désinséré

Il correspond à une mauvaise évolution de l'alcoolisme de type 2. Le sujet, après s'être autonomisé, s'est alcoolisé. Le processus de coalcoolisme a permis une maturation complète de l'alcoolisme jusqu'à un point insupportable pour le conjoint comme pour le milieu professionnel. Le sujet alcoolique a perdu ce qu'il avait mis en place, l'amour, le travail, et dans un mouvement régressif, recherche aide et protection auprès de sa famille d'origine (ou organismes sociaux). Le patient désinséré refait en sens inverse le chemin parcouru de l'adolescence vers le statut d'adulte. Il régresse vers un statut adolescent où il se retrouve en situation de dépendance.

A ce stade, l'alcool a envahit toute la vie du sujet. Les capacités psychiques de résistance aux frustrations diminuent fortement. L'ébriété est continue, sans limitation, et s'accompagne d'une perte des repères qui balisaient la vie : heures de lever et de coucher se chevauchent, abandon des relations sociales autres que débit de boisson, négligence des soins corporels et de l'alimentation.

Seul une intervention venant de l'extérieur pourra initier un changement : décompensation somatique de l'un des membres du couple, accident domestique, violence qui déclenche l'intervention des voisins... L'évolution ultime du type 3 peut conduire à la clochardisation, d'autant plus rapidement qu'une pathologie sous-jacente est présente (psychose). Des leviers thérapeutiques plus importants doivent alors être mobilisés (séjours hospitaliers, centres de réinsertion...).

PERSPECTIVES THERAPEUTIQUES

 

 

 

 

 

1. L'institution de soins comme tiers pseudo-organisateur

 

Les failles psychiques précédemment évoquées renvoient à une perturbation du développement précoce, perturbant les acquisitions ultérieures. L'amour et la haine restent confondues, à cause de l'ambiguïté de l'objet partiel, les différenciations de genre et de sexe sont précaires, comme les identifications.

La triangulation oedipienne est perçue mais évitée comme une perturbation insupportable. L'Œdipe entraîne une régression aux angoisses primitives, et donc, à l'alcoolisation.

La relation à la loi est semblable à la relation à l'alcool. Le sujet l'approche et la fuit tout à la fois dans la consommation excessive.

" il est cependant un tiers qui vient donner une certaine organisation aux alcooliques en remplacement d'une loi symbolique, c'est le tiers institutionnel ". (3)

L'hôpital peut parfois être pour ces patients un " cocon ", une enveloppe protectrice. L'institution peut prendre une fonction contenante et pseudo-organisatrice.

 

 

 

2. Circonstances de consultation

 

La rencontre avec le monde médical se fait souvent dans l'urgence.

Le patient peut venir seul, motivé par un sursaut de sa part saine adaptative, déterminée à le sortir de l'alcool. La demande est celle de " l'amputation " de la part alcoolique du soi. Il y a clivage radical entre une bonne et une mauvaise part de soi.

Le sujet peut également être acculé à la consultation par la pression de l'entourage. Le demandeur change, mais la demande est la même. C'est de l'alcoolique qu'il faut amputer le corps familial. Le clivage est radical entre le bon-familial et le mauvais-alcoolique. Se pose alors la question de la motivation personnelle.

Une intervention extérieure, policière, peut également réaliser la séparation de l'alcoolique et du corps social.

 

La demande se situe souvent, comme le symptôme, dans l'agir : " faites quelque chose ! ".

Le but poursuivi par le corps médical, les soignants est la survie du patient et sa réinsertion. L'alcoolique sait que l'abstinence lui est demandée. Mais lui-même n'est pas toujours au fait de sa propre demande ou de ses propres possibilités. La demande du soignant peut donc introduire une certaine dissymétrie. Le patient est tiraillé entre la nécessité de maintenir son symptôme et l'appel à l'amputation d'une part de lui-même.

 

 

 

3. L'interaction patient-alcool

 

Il s'agit d'en distinguer les composantes.

La sémiologie du patient alcoolique varie en fonction de la place qu'occupe l'alcool, et les maladies alcooliques.

L'alcool engendre des effets autres que psychologiques, même si on ne perçoit pas d'atteinte somatique. L'alcool a toujours des effets physiologiques. Chez le sujet alcoolique lui-même, les aspects psychologiques et physiologiques sont indifférenciés.

Certains patients apparaissent comme préservés d'atteinte somatique. Ils semblent échapper à la maladie somatique. D'autres seront atteints très jeunes d'une maladie liée à la consommation d'alcool.

 

 

 

4. La psychothérapie

 

Le but de toute psychothérapie est de permettre au patient d'arriver à contenir sa pathologie et d'en assurer la gestion. Le psychothérapeute tient un rôle de contenant provisoire. Il ouvre un espace potentiel dans lequel le patient va pouvoir se penser, se recréer.

 

La première question qui se pose du projet thérapeutique. Le projet du sujet alcoolique.

Lorsque l'entrée en institution s'est faite par la contrainte de l'entourage ou dans l'urgence, le projet peut être par exemple d'établir une alliance pour que le sujet se représente de lui-même.

La prise en charge doit permettre que l'institution devienne pour le sujet un lieu de réorganisation.

5. La prise en charge. La question de l'abstinence

 

Les approches pathologiques et psychanalytiques expliquent que le symptôme alcoolique ne peut que se transformer et non pas disparaître. On peut se demander s'il est possible de modifier en profondeur la problématique alcoolique. Il faudrait que les angoisses archaïques et le statut de l'objet-alcool se modifient suffisamment pour que l'alcool perde sa place indispensable.

La plupart du temps, la modération de la consommation apparaît comme un leurre. L'impossibilité à boire modérément est résolue par le fait de ne plus boire du tout. Ce qui constitue la modalité inverse du symptôme.

 

 

Le sujet vit une crise profonde concernant sa situation, sa demande de soins. Crise entre la nécessité de se sevrer de l'alcool, la difficulté à être abstinent, et le besoin impérieux de boire.

Cette crise ne se résout pas avec la prescription d'abstinent. La sortie de cette crise est d'autant plus longue à venir que le sujet ne peut anticiper les bénéfices de l'abstinence, relation de cause à effet qui lui échappe.

Les rechutes sont nécessaires au processus, et peuvent être bénéfiques si le patient est déculpabilisé. Elles sont des expériences inévitables, non une mise en échec, ce que doit également accepter le soignant.

 

La honte, intense, est un élément qui vient compliquer la situation. La demande d'alcool est devenue un automatisme. La non-maîtrise de soi sous le regard d'autrui génère une souffrance et une honte importantes. Le patient ne peut maîtriser son agir alcoolique. Il se heurte alors au clivage entre le discours de la consultation et l'automatisme alcoolique.

Ce n'est que par la répétition des rencontres que la substitution de l'abstinence à l'alcoolisation pourra se faire.

" Si l'abstinence s'inscrit et peut se maintenir afin de sauver la vie et l'insertion du patient, c'est par la rigidité de l'incorporation du rejet de l'alcool en place de l'automatisme de boire ". (3)

 

La prescription d'abstinence est indispensable lorsque la vie du sujet est en danger. Elle est le fait de l'autorité médicale. Elle répond à un état pathologique dans le présent. La psychothérapie, elle, ne comporte ni conseil, ni prescription. Elle vise à rendre le sujet capable d'assurer lui-même la gestion de sa pathologie. Elle engage une réflexion sur le long terme, sur les relations de sois à soi, les relations aux autres.

 

L'évaluation du négatif :

Quelle que soit la réticence du sujet à reconnaître l'importance de son alcoolisation. Le silence concernant cette alcoolisation peut être très embarrassant : quand on ne parle pas d'un mal évident, c'est que c'est grave. Nombre d'alcooliques sont soulagés quand on met en mots ce qu'ils savent déjà.

Dans le cas de déni, il s'agit d'en connaître la nature avant de décider d'éventuellement confronter le patient. Les contradictions peuvent être soulignées, sans pour autant chercher à contredire le patient.

 

Il paraît important de travailler avec le patient et sa famille, famille qui souvent a formulé la demande d'aide, suscité la consultation. Il paraît illusoire et trop dangereux de se focaliser uniquement sur l'arrêt de la conduite symptomatique. Le symptôme est toujours significatif du désir du sujet. Il est parfois la seule possibilité de survie, et constitue une lutte pour la vie. On retrouve ici l'idée de la fonction adaptative du symptôme. Le symptôme témoigne d'une parole qui ne peut se dire autrement.

 

Après l'évaluation des troubles alcooliques, il paraît également important, essentiel, de parler de ce qui semble aller bien. Il s'agit de la part préservée de l'alcoolique, sa part adaptée, saine, qui constitue un futur allié de la prise en charge. C'est ainsi la considération de la singularité du patient qui permettra la réflexion, le travail et l'alliance thérapeutiques.

Mettre l'accent sur ce qui va bien va permettre au patient de s'auto-gérer. En effet, le constat de l'ampleur de l'alcoolisme, les dégâts occasionnés, le regard de l'entourage… tout cela accable le sujet. Sa part adaptative est alors une instance sévère et rejetante. Il est alors important de remettre en lumière les aptitudes de cette part préservée. Renforcement positif.

 

 

Il existe différentes modalités de prise en charge des sujets alcooliques, qui peuvent se compléter : psychothérapie individuelle, thérapie de soutien ou d'inspiration analytique, prise en charge familial, groupes de parole.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Il n'y a pas d'équivalence terme à terme entre les différentes conduites addictives : alcoolisme, boulimie et toxicomanie. On parlera plutôt d'analogie. Il ne s'agit pas de la même chose, mais il semble que chaque processus bénéficie pour sa compréhension d'un rapprochement avec d'autres conduites de dépendance. On parlera de parenté entre les différents syndromes.

 

Le premier aspect commun est la compréhension des troubles alcooliques comme des actes symptômes : des comportements étiquetés comme " volontaires " (" il suffirait qu'il arrête de boire ").

Ces actes symptômes apparaissent comme une solution trouvée à une difficulté pré-existante, en général impossible à verbaliser et inconnue du sujet lui-même comme de sa famille. Solution qui en se développant devient elle-même le problème, au point souvent de masquer tout ce qui lui a donné naissance. On ne parle plus que de boisson, de nourriture, de médicaments.

 

 

~ L'objet de la dépendance : un organisateur existentiel ~

 

La nourriture, comme l'alcool ou les médicaments, intervient comme organisateur existentiel qui va structurer la vie du sujet. En parallèle, la vie du sujet se réduit, son insertion sociale se détériore.

~ Renoncer à cette focalisation, c'est se retrouver face au vide ~

Dans l'alcoolisme et la toxicomanie, on retrouve le même engrenage. Le toxicomane se focalise sur le produit, la seringue, le dealer. La dépendance psychique est redoublée par la dépendance physiologique et le phénomène de tolérance, qu'on observe dans l'alcoolisme.

 

Organiser sa vie autour d'un objet, que l'on recherche ou que l'on s'interdit, cela permet de toujours se situer par rapport à un besoin, que l'on connaît, qui est contrôlable. Ce qui permet d'éviter de se poser la question d'un désir personnel, qui reste inconnu et inquiétant.

Question qui pour se poser nécessiterait une certaine prise d'autonomie, une individuation, une séparation de la famille. Séparation qui apparaît parfois impossible. Le recours à l'objet permet de différer, voire d'éviter une telle question.

 

 

~ La dimension familiale ~

 

On a vu l'intérêt de resituer chaque symptôme, dans une dimension familiale, conjugale.

Les familles de toxicomanes (au sens large) semblent régies par certains mythes familiaux : consommation régulière ou épisodique d'un produit psychotrope (alcool, analgésique, tranquillisants, somnifère). Cette consommation est une stratégie habituelle pratiquée par la famille dans le but de résoudre sa problématique, souvent lutter contre la dépression d'un ou de plusieurs de ses membres.

Le mythe familial, organisateur de l'équilibre familial, postule qu'il existe une " solution ingestible " à tous les maux, suivant la formule : " à chaque manque son objet ". Un tel mythe enseigne que tous les conflits, qu'ils soient internes ou externes, s'apaisent grâce à l'ingestion de produits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce dossier présente et synthétise différents ouvrages et articles :

 

  1. D. Bailly et J.-L. Venisse : " Dépendance et conduites de dépendance ". Masson. 1994.
  2. J.-P. Rousseaux, B. Faoro-Kreit, D. Hers : " L'alcoolique en famille ". De Boeck Université. 2000.
  3. Michèle Monjauze : " La part alcoolique du Soi ". Dunod. 1999.
  4. Bernard Hillemand : " L'alcoolisme ". Que-sais-je ? 1999.

 

Le conflit est organisateur de la vie

L'absence de conflit est une utopie

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C'est de l'opposition des forces ou de tendances contraires

que surgit la création.

 

C'est dans le conflit avec les images parentales que l'enfant, l'adolescent,

construit son identité.

 

La dynamique de la vie implique la gestion des contraires.

 

 

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Ce texte est issu d'une conférence destinée à des parents d'adolescent dans le cadre d'une campagne de prévention.

 

I. DEFINITION

 

I.1 Approche historique et socio-culturelle

 

" Adolescence " vient du latin " adolescere " qui signifie " grandir vers ".

 

Mais l'adolescence n'est ni universelle, ni naturelle.

 

Dans certaines cultures, l'adolescence n'existe pas. La progression de l'enfance à l'âge adulte est uniforme (rites initiatiques).

 

Tandis que dans notre société, il s'agit d'un moment de rupture entre l'enfance et l'âge adulte.

 

Historiquement, l'adolescence est née au milieu du XIXe siècle.

Alors qu'à la puberté les jeunes devenaient, hors de la famille, apprentis ou servantes, l'adolescent va rester de plus en plus longtemps dans sa famille.

 

L'évolution qui a généré l'adolescence est caractérisée par le déclin de l'apprentissage traditionnel des métiers avec l'industrialisation et l'extension de la scolarisation.

 

I.2 Adolescence et puberté : l'adolescent et son corps.

 

Disons tout de suite que l'adolescence n'est pas la puberté. Les deux phénomènes sont connexes.

 

La biochimie du changement pubertaire n'affecte pas seulement le corps de l'enfant, sa morphologie, elle modifie aussi son monde interne, ses affects, ses émotions.

 

a) La puberté

 

La puberté se définit comme l'ensemble des changements essentiellement biologiques et anatomiques qui aboutissent à la capacité de reproduction.

 

Quelques repères :

 

La puberté des filles est plus précoce que celle des garçons, en moyenne de deux ans. L'âge moyen de la puberté des filles en France est de 12 ans.

 

La puberté des garçons se situe entre 13 ans et demi et 14 ans.

 

La durée de la puberté est variable. Les changements peuvent s'accomplir en moins de deux ans ou durer de six à sept ans.

 

b) Le corps de l'adolescent

 

C'est le corps du sujet qui est au cœur de l'adolescence : un corps en transformation, un corps en identification, un corps en sexuation. L'image du corps est un concept important. (pour approfondir)

 

I.3 Approche psychanalytique

 

L'adolescence est le processus psychique qui permet d'intégrer les changements induits par la puberté.

 

Ce processus commence au moment où la puberté est investie par l'enfant, parfois même avant que celle-ci ne soit éprouvée dans le corps.

 

Pour certains, cet investissement (positif ou négatif) se fait à l'occasion des premières manifestations physiques de la capacité de procréation, pour d'autres, il peut s'enclencher avant que les changements physiques ne se fassent sentir.

 

Le lien entre la puberté et le processus d'adolescence est donc clair, bien qu'aucune équivalence (même temporelle) ne puisse être posée entre les deux ordres de phénomènes.

 

Il faut distinguer le corps de l'image du corps : quel adolescent n'a pas passé de longs moments devant sa glace ?

 

Deux éprouvés semblent, à ce moment, prépondérants : un sentiment d'étrangeté face à ce corps en transformation et une interrogation : qui suis-je ?

 

Ces questions sont essentielles, elles témoignent de remaniements profonds au niveau du narcissisme et du rôle de l'idéal du moi.

 

I.4 La fin de l'adolescence

 

Cerner la fin de l'adolescence est chose moins aisée.

 

Considérons que celle-ci se termine quand les remaniements identificatoires inhérents aux processus d'adolescence aboutissent à l'assomption d'une identité sexuelle stable, irréversible.

 

De plus, les nouvelles identifications doivent permettre l'intériorisation du code social, ainsi que l'acquisition d'un statut propre rendant caduque la tutelle parentale.

 

L'adolescence a une fin :

 

  • Normale lorsque les transformations que nous venons d'évoquer réussissent.
  • Pathologique, lorsque le processus d'adolescence est court-circuité, empêchant l'autonomisation de la pensée et l'appropriation du corps sexué.

 

Une telle faille peut être flagrante (dans les troubles sévères) comme elle peut être plus ou moins subtilement masquée par des défenses adaptatives ou mutilatrices.

 

De la dépendance à l'autonomie, ainsi pourrait-on résumer la fonction du travail de l'adolescence.

II. LE NORMAL ET LE PATHOLOGIQUE

 

II.1 La norme

 

Si le corps en transformation est au cœur de l'adolescence, la question de la norme et surtout de ses fluctuations sont le repères mouvants d'un rapport à soi-même et aux autres qui préoccupent parents et adolescents.

 

La norme est avant tout subjective et donc individuelle pour l'adolescent. Elle est liée à son histoire personnelle.

 

Les repères de l'enfance ne sont plus valables et ce vide génère de l'angoisse.

 

Par ailleurs, l'idéologie (c'en est une …) véhiculée par les médias, qui impose un standard esthétique comme norme, rend encore plus aigu le sentiment de ne pas être conforme, et amène son cortège de symptômes et d'inhibitions.

 

II.2 Le pathologique

 

Nombreux sont ceux qui banalisent les manifestations de désarroi les plus violentes -comme les tentatives de suicide- et préconisent des interventions a minima, voire l'abstention thérapeutique.

 

Si la banalisation des troubles à l'adolescence existe bel et bien, le risque inverse existe également : considérer toutes les manifestations de l'adolescence comme pathologiques dès lors qu'elles sont conflictuelles et perturbantes.

 

Il n'y a pas d'adolescence sans crise d'adolescence.

 

La crise est le témoin d'un moment critique du développement humain et en même temps l'expression d'un travail psychique au service de ce développement.

 

Ceci n'implique pas que tout et n'importe quoi puisse être inclus dans cette notion de crise.

 

Il est indispensable dans certains cas de poser un diagnostic et une indication thérapeutique, car on connaît aujourd'hui l'évolution désastreuse de patients qui ont présenté à l'adolescence des troubles psychiques évidents et qui n'ont pas été correctement soignés sous prétexte de " crise d'adolescence ".

 

Moment décisif, la " crise d'adolescence " est bien ce temps incontournable qui va permettre l'accession à la sexualité adulte. Mais définie ainsi, elle reflète exclusivement un processus normal.

 

L'observation clinique et les études de suivi ont progressivement conduit à s'intéresser non pas au phénomène de crise en tant que tel, mais aux destins de la crise, autrement dit, à ses issues, qui peuvent être diverses.

 

Schématiquement, et c'est l'issue heureuse, la crise qui va de pair avec la période de transformation pubertaire aboutit à un niveau d'organisation et de fonctionnement psychique supérieur à celui qui existait avant la crise. Ce gain se traduit en particulier par une plus grande autonomie vis-à-vis du monde extérieur et une meilleure différenciation entre soi et autrui.

 

L'issue malheureuse, signant l'entrée en pathologie, avec son cortège d'expressions symptomatiques, c'est la régression à des modalités de fonctionnement de moins bonne qualité en comparaison de ce qui prévalait avant la crise.

 

Entre ces deux extrêmes peut être décrite une position intermédiaire, instable par définition, une sorte d'état de crise sans fin, où la voie de la progression comme celle de la régression sont à la fois tentantes et infranchissables.

 

Certains troubles psychiques majeurs apparaissent à l'adolescence, donnant l'impression d'être " un coup de tonnerre dans un ciel bleu ", et posent inévitablement la question de la continuité ou de la discontinuité avec les troubles de l'enfance.

 

On le voit, la différence entre normal et pathologique est parfois difficile à faire par l'entourage. Il ne faut donc pas hésiter à demander un avis.

 

 

 

III. L'ADOLESCENT ET SA FAMILLE

 

" Grandir c'est prendre la place de quelqu'un ".

 

Il s'agit en soi d'un acte agressif.

 

Au sein de la famille, lors de l'enfance, plus les parents et l'enfant sont proches, moins il y a de tensions.

 

A l'inverse, lors de l'adolescence, plus les parents et les adolescents sont proches physiquement et plus il y a risques de tensions.

 

Ce renversement est tout à fait fondamental à l'adolescence.

 

Cela signifie que les relations familiales doivent être remaniées (elles le sont de fait).

 

L'extrême complexité pour l'adolescent vient du fait qu'il a en ses parents un modèle d'identification et qu'il doit se séparer de ces mêmes parents.

 

N'oublions pas que les parents, eux-mêmes, peuvent avoir des difficultés, se sentir abandonnés, en rivalité, vulnérables.

 

Ces différents " mouvements " rendent le dialogue parents/adolescent difficile, mais il est nécessaire.

 

Alors les parents doivent d'abord accepter d'être la cible privilégiée de l'agressivité de l'adolescent. Ils doivent pouvoir la recevoir sans se sentir détruits, déprimés.

 

Ils doivent s'accrocher à leur fonction et éviter de se dérober sans rester indifférents (tout en continuant à interdire).

 

Mais il ne s'agit pas que d'interdire, il faut aussi rester un refuge.

 

Alors, il faut que les parents maintiennent un dialogue, ce n'est ni facile, ni satisfaisant. Si ce dialogue n'existe pas, son absence peut être interprétée comme un abandon ou de l'indifférence.

 

Le reste de la famille

 

Dans la famille, outre les parents, d'autres membres peuvent revêtir une importance capitale. Ce sont souvent des recours dans les situations de crises (citons les frères et sœurs, oncles et tantes, les grands-parents).

 

Les grands-parents sont par ailleurs les porteurs de l'histoire familiale.

 

IV. LA SCOLARITE

 

Signalons tout d'abord que la période de scolarité s'allonge de plus en plus.

 

L'entrée en 6ème marque indubitablement un changement radical et correspond souvent aux premiers signes pubertaires.

 

La scolarité est au centre des préoccupations des parents bien sùr mais surtout des adolescents. Juste après les relations avec les amis.

 

Dans le développement, les activités ludiques et la passivité face à l'apprentissage doivent laisser la place à l'investissement du travail scolaire et à ses satisfactions. La persistance d'activités ludiques peut se faire au détriment de la scolarité.

 

Pour que la scolarité se déroule de façon satisfaisante, il est nécessaire que la famille s'intéresse à l'école, aux professeurs, aux matières étudiées. Rencontrer les enseignants est indispensable, autant pour l'adolescent que pour la façon dont l'enseignant va le percevoir.

 

Ensuite, la scolarité n'est pas qu'une affaire de collège ou de lycée, ce qui se passe à la maison est tout aussi important, ce qui s'y passe tant au niveau affectif qu'au niveau du travail personnel.

 

Les difficultés scolaires

 

Elles sont soit nouvelles, soit la suite de celles de l'enfance.

 

A l'adolescence :

 

  • Elles peuvent être soit transitoires et momentanées, il n'est pas alors nécessaire d'intervenir, si ce n'est par une vigilance accrue ;
  • Si elles durent (plus de trois mois), il faut s'interroger sur leur origine ;
  • Il peut s'agir de l'investissement d'autres activités (relation amoureuse, sport, etc.) ou de difficultés affectives, familiales.

 

Il est recommandé de consulter quand le risque de rupture existe. Le schéma absentéisme/fugue/troubles du comportement est malheureusement classique. Une consultation spécialisée permet au moins d'écarter le risque d'un trouble pathologique ou, s'il est avéré, de le traiter.

V. LA PATHOLOGIE

 

Nous allons aborder maintenant la pathologie, à savoir : dépression, tentatives de suicide, troubles du comportement alimentaire, consommation de drogues et épisodes psychotiques.

 

Comme nous l'avons déjà vu, parler de ces conduites suppose que l'on puisse distinguer ce qui est normal de ce qui est pathologique.

 

La question pour les adultes est de savoir à partir de quand doit-on s'inquiéter ?

 

La réponse est claire :

 

Qu'il s'agisse d'humeur dépressive, de changements radicaux de comportements ou de conduites à risque, c'est :

 

    1. Leur répétition qui doit alerter (alcoolisation, accidents, échecs scolaires, troubles du comportement alimentaire, etc…) ;
    2. Leur durée (une humeur dépressive de plus de 15 jours doit amener à consulter) ;
    3. Plusieurs conduites se cumulant ;
    4. Changements d'environnement, deuils, etc…

 

Donc, soit un trouble isolé qui persiste (ex. anorexie avec amaigrissement…), soit des conduites diverses qui se cumulent. Il est indispensable d'intervenir rapidement afin de ne pas laisser s'installer des pathologies qui risquent d'évoluer de façon chronique.

 

V.1 Les pathologies liées au corps

 

a) Les angoisses

 

Les angoisses concernant le corps sont fréquentes à l'adolescence. Elles peuvent prendre la forme d'angoisse hypocondriaques ou de craintes dysmorphophobiques.

 

Les angoisses hypocondriaques des adolescents sont surtout centrées autour du processus vital (cœur, sang, etc…).

 

Elles sont le signe du malaise de l'adolescent dans son corps.

 

Les craintes dysmorphophobiques renvoient à un vécu de honte, au sentiment que son corps n'est pas beau, qu'il est monstrueux, que tout le monde le regarde.

 

Cela peut concerner un élément du corps, du visage ou le corps entier (gros, maigre…). Ces craintes peuvent avoir des répercutions sur le rapport aux autres (ne plus sortir par exemple). Là où les parents doivent être vigilants, c'est que du fait du sentiment de honte, l'adolescent en parle rarement à son entourage.

 

b) Les conduites alimentaires : boulimie/anorexie

 

Les repas, l'alimentation constituent un pôle important des relations familiales.

 

Les enjeux qui s'y cristallisent en font un indice d'évaluation pour les parents.

 

L'adolescent qui fuit les repas tout en mangeant dès que ses parents ont le dos tourné manifeste une difficulté relationnelle qu'il faut essayer de dénouer.

 

Les variations quantitatives : des crises boulimiques à une véritable anorexie, on observe des variations dans les quantités de nourriture consommées.

 

La crise boulimique se passe de préférence à la maison, quand l'adolescent est seul. Il peut manger toute sorte de nourriture, de paquets de gâteaux jusqu'à des aliments qu'il ne consomme pas habituellement.

 

De grandes quantités de nourriture peuvent ainsi être consommées dans un temps restreint. Ces crises s'accompagnent souvent d'un sentiment de honte. Petit à petit, s'installe un rituel de consommation.

 

Des vomissements ne sont pas rares, spontanés ou provoqués.

 

Boulimie ne signifie pas obésité. Il y a des boulimiques qui n'ont pas de surcharge pondérale.

 

Dans la boulimie, il y a surtout une grande solitude, un isolement.

 

Des comportements de restriction alimentaire peuvent apparaître. il peut s'agir d'alternance avec des épisodes boulimiques vos ou de conduites anorexiques sans boulimie.

 

Du régime pour perdre quelques kilos, qui pose la question de la norme, à des restrictions pathologiques graves ( risque de mort) , il faut toujours faire très attention à cette question. Quand une anorexie est installée, elle est est de traitement difficile. Il convient d'intervenir le plus tôt possible.

 

Par ailleurs, les troubles des conduites alimentaires peuvent accompagner des perturbations dépressives.

 

c) Les troubles du sommeil

 

Très fréquents à l'adolescence, il s'inscrivent dans le mouvement de changements propres à cette période de la vie.

 

Il s'agit principalement des difficulté d'endormissement. Il convient d'y voir souvent le signe d'une angoisse (pas nécessairement gravissime). C'est aussi l'occasion pour l'adolescent d'apprendre à gérer son sommeil, il s'agit d'une expérience d'autonomie.

 

Lorsque l'anxiété et trop importante, l'adolescent peut avoir recours à des rituels de endormissement où il n'est pas rare de trouver associés des consommations de psychotropes, d'alcool, de tabac, de cannabis, de somnifères, etc.

 

V.2 Les passages à l'acte

 

a) la délinquance

 

Là également, il est indispensable de faire la différence entre l'acte isolé et une conduite délinquante constituée.

 

Devant un acte isolé, la réponse était essentielle, soit il n'y a pas de réponse et on recommence, soit elle est excessive et cela fixe l'adolescent dans une identité de délinquant .

 

b) La tentative de suicide

 

Elle est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents après les accidents de la circulation.

 

la tentative de suicide est souvent un geste impulsif.

 

C'est le retournement contre soi de l'agressivité et en même temps un moyen de faire réagir les autres. Elle peut être liée à de véritables problèmes dépressifs. Une des caractéristiques de la tentative de suicide à l'adolescence, c'est la fréquence de la récidive (environ un adolescent sur deux récidive).

 

Notons aussi le risque et de banalisation de ce moyen qui peut devenir un moyen de pression sur l'entourage.

 

À la différence des tentatives de suicide chez les adultes, le contexte, chez les adolescents n'est pas toujours très pathologique, mais elle témoigne d'une grande souffrance qui risque de persister et d'évoluer vers des formes pathologiques graves.

 

Une tentative de suicide chez un adolescent doit toujours amener à consulter un spécialiste.

 

V.3 La dépression

 

Il est important de faire la différence entre "déprime" et "dépression".

 

a) la déprime

 

La déprime est le sentiment de ne pas être à la hauteur, de tristesse, qui n'a rien de pathologique. Le processus d'adolescence lui-même favorise ce type de manifestation.

 

L'élément déterminant, là encore, réside dans la persistance du trouble.

Des moments de cafard qui cèdent lors de sortie avec les copains, une activité scolaire maintenue, un mieux-être après un peu de repos, permettent de faire la différence le cas des pressions proprement dite.

 

b) la dépression

 

il faut savoir que la dépression à l'adolescence ne se présente pas toujours sous les aspects exclusifs et francs de la dépression (pleurs, désintérêt, fatigue) mais peut emprunter la voie somatique ou celle de comportements inhabituels (provocants ou agressifs) .

 

Quelques symptômes typiques peuvent faire penser à un épisode dépressif : hypersomnie - hyperphagie - humeur instable - sentiment d'être rejeté.

 

Dans tous les cas, lorsque l'adolescent se plaint depuis plus de quinze jours de tristesse, de sentiment de culpabilité, de troubles du sommeil et /ou du comportement alimentaire, il a besoin d'aide.

 

Il en est de même pour la survenue brutale de ces troubles.

 

Ces dépressions, si elles ne sont pas reconnues est traitées, peuvent évoluer vers des tentatives de suicide qui peuvent être fatales mais également vers des organisations de la personnalité sur un mode dépressif chronique.

 

V.4 La drogue

 

Contrairement à certaines idées reçues, la drogue n'est pas le problème de l'adolescence.

 

Soyons clairs, il n'est pas question de dire que la question de la drogue ne pose pas de problème, mais que la consommation régulière de drogue n'intervient pas de façon isolée chez un adolescent bien portant dans un milieu familial stable et sécurisant.

 

 

Les enquêtes sur la santé des adolescents montrent que les usagers de drogue sont aussi en difficulté scolaire, ont un taux d'absentéisme élevé, fument du tabac, consomment de l'alcool et sortent plus fréquemment.

 

Tout d'abord qu'est-ce que la drogue ?

 

C'est un produit psychotrope qui crée une dépendance.

 

Ce produit peut être licite (caféine, le tabac, alcool, médicaments) ou illicite (cannabis, ecstasy, L.S.D., cocaïne, héroïne).

 

On observe, selon différents facteurs, deux types d'usages de drogue :

 

- l'usage récréatif

- l'usage toxicomaniaque

 

 

l'usage récréatif est occasionnel et se pratique en groupe. Comme toute consommation, elle n'est ni banale ni à dramatiser à outrance, mais il est nécessaire d'évaluer ques retentissements elle peut avoir sur la vie de l'adolescent.

 

Les produits consommés sont aussi à prendre en considération (dangerosité de l'ecstasy et du L.S.D., entre autres).

L'évolution vers un usage toxicomaniaque est loin d'être systématique, mais là aussi, la réponse de l'entourage est un facteur important.

 

On parle de toxicomanie lorsqu'une grande part de la vie du consommateur tourne autour de sa pratique au détriment de toutes les autres activités.

 

Les indicateurs à repérer sont : la consommation en solitaire, les besoins plus importants d'argent et de brusques changements de comportement.

 

EN CONCLUSION

 

Les adolescents vivent dans un monde en mutation, ils ne peuvent pas bénéficier de tous les repères qui ont aidé leurs parents à se construire.

 

Il y a quelque chose à inventer et dans ce cheminement les parents ne peuvent que les accompagner.

 

Pour en savoir plus :

 

La cause des adolescents, F. DOLTO

Parents et adolescents, P. HUERRE

 

les représentations sociales du corps de la femme

 

 

 

Se pose la question du facteur socio-culturel dans l'émergence des troubles des conduites alimentaires. Il ne s'agit pas d'incriminer la culture et les médias, mais d'étudier la possible influence qu'exercent les modèles féminins proposés et le discours social qui entoure le corps.

 

On constate en effet que les troubles des conduites alimentaires sont en développement dans nos sociétés contemporaines. Des hypothèses sociologiques indiquent que certains éléments peuvent contribuer à l'éclosion des troubles alimentaires : le culte de la minceur, la glorification de la jeunesse, l'association beauté-maîtrise de soi, les archétypes de la féminité…

On reprendra en conclusion la question de l'influence et des interactions entre le sujet et son environnement social.

 

 

Les images culturelles de la femme

 

 

La mise en objet

 

On constate qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes dans le paysage des images. Les images masculines, si elles sont plus présentes aujourd'hui que par le passé, restent très minoritaires.

Ce qui contribue à la reproduction des archétypes féminins, par leur mise en image continuelle.

Cette féminisation extrême de l'image (murs, publicités, magazines…) témoigne également d'une tradition masculine de mise en image de l'objet du désir. "la culture se donne pour spectacle ce qu'elle a envie de contempler, en l'occurrence l'autre désirable, la femme".

 

Ces images sont destinées à un public féminin, provoquant un désir d'identification, ainsi qu'à un public masculin, dans le registre de l'autre désirable.

Malgré le mouvement d'émancipation de la femme, on constate que, au moins sous ses aspects extérieurs, la beauté occupe toujours la même place chez la femme, résistant à toute évolution. Les femmes continuent à jouer de leur capacité d'attraction du regard des hommes. La "libération des mœurs" n'a pas changé les rapports de séduction : les femmes restent des objets de représentation, les objets d'un désir masculin dominant. Dans le mariage par exemple, continuent à s'échanger le capital économique de l'homme contre la beauté pour la femme.

La place persistante de la beauté dans les rapports entre les sexes oblige dans une certaine mesure la femme à se mettre d'une manière ou d'une autre en position d'être regardée. Ce qui est délicat quand sa propre esthétique corporelle n'est pas portée en haute estime.

 

L'image de la femme se superpose à celle de la beauté. Ces femmes mises en image sont ainsi toutes ramenées à leur corps, corps esthétisé, qui correspond aux canons contemporains de beauté, de jeunesse, de santé, corps hypersexué répondant au désir masculin.

Le lieu où la culture rencontre la femme est son corps. Un corps sous ses deux aspects : son enveloppe (jeunesse, beauté/vieillesse, laideur), et son fonctionnement (sexualité, santé, fécondité).

 

L'exploitation du corps par la publicité, l'image, tend à le réduire à un simple objet de consommation.

Le corps est "livré" au regard extérieur, à un jugement soumis à des critères d'appréciation contraignants. Les femmes identifiées à leur corps, s'en trouvent dépossédées. Le corps est vécu comme séparé de soi, étranger, et dans le même temps, comme mesure de sa valeur individuelle (à s'approprier à tout prix).

 

 

 

Le culte de la minceur

 

La minceur incarne aujourd'hui des valeurs comme la réussite, le succès, le contrôle de soi. C'est l'idéal féminin dominant.

Dans une société de l'image qui magnifie et glorifie l'apparence physique, le corps devient le mode de valorisation narcissique premier.

 

Cette pression sociale est relayée, médiatisée par les magazines féminins, les images télévisuelles qui suggèrent le suivi de régimes alimentaires (restrictifs). Ce qui induit de manière de plus en plus précoce des préoccupations concernant l'alimentation, le corps et la minceur.

La glorification de la jeunesse va, en parallèle, dans le sens de la promotion d'un corps adolescent, aux formes nubiles. Un corps tel que les anorexiques aimeraient le conserver, et modèle que les boulimiques tentent d'approcher.

Ces messages culturels contribuent à généraliser les conduites de restriction alimentaire dès l'adolescence, à multiplier les mesures de contrôle du corps et de ses formes.

 

Paradoxalement, le conformisme social est présenté comme un moyen d'affirmation de soi.

 

 

 

La stigmatisation du poids - La graisse ennemie

 

En lien avec le culte de la minceur, on observe une condamnation de plus en plus sévère du gras, du gros.

De nombreux clichés et jugements de valeur restent associés au surpoids : paresse, stupidité, saleté, laisser aller, a-sexualité (dans une société où certains modèles sont au contraire hypersexués)…

La graisse corporelle (interne), le gras alimentaire (externe) sont devenus des ennemis à combattre. Au quotidien, par la sélection alimentaire, les régimes, la distinction entre bon et mauvais gras, les exercices physiques, la chirurgie esthétique…

 

 

 

Le devoir de beauté et de minceur - Le contrôle de soi

 

La beauté est aujourd'hui devenue un devoir culturel.

Cette injonction concerne la femme, et non pas toutes les femmes, qui peuvent placer leur individualité dans d'autres images d'elles-mêmes. Mais si elles sont de plus en plus nombreuses à partager cette position, elles restent enjointes à la beauté.

 

Ce "devoir de beauté" et de minceur, est véhiculé par un discours social :

L'imposition des modèles de beauté et de minceur est croissante. L'impact de l'image suscite l'idée d'une perfection corporelle à atteindre. La beauté, qui passe par la minceur, est devenue le signe de l'accomplissement personnel. Et ce, malgré les discours récurrents sur la "beauté intérieure" et le droit à la différence.

 

Une tolérance équivoque : le discours sur le droit à la différence témoigne de la volonté individuelle consciente d'aller dans le sens d'un respect des opinions et des images individuelles. Il s'agit donc de ne jamais interdire une image, une apparence, quelles qu'elles soient.

Une volonté de non-interdiction qui pousse jusqu'à apprécier voir du déviant, du bizarre, des cas typiquement irrespectueux des règles du jeu. Pouvoir par là se dire qu'on a "ses pauvres", preuve qu'on est vraiment tolérant. Les déviants ont le droit de s'exprimer, loi fondamentale de la démocratie. Mais ils restent en même temps des anti-modèles absolus. La tolérance n'est plus un droit à la différence, mais un pardon des fautes.

 

 

On observe également la diffusion croissante des "techniques corporelles"

Il y a démocratisation des techniques liées au corps. Cette diffusion induit l'idée d'une beauté et d'une minceur accessibles à toutes. Ce qui a pour conséquence de rendre les femmes responsables de leur beauté et de leur corps. En effet, "si on veut, on peut". Avec cette illusion de l'accessibilité, le devoir de beauté-minceur s'accompagne d'une culpabilisation importante.

L'échec est alors le résultat d'une incapacité individuelle, et non plus le fruit du hasard. La femme aujourd'hui "laide et grosse" est condamnée comme négligente et coupable.

La morphologie est de plus en plus considérée comme le fruit d'un travail, l'indicateur d'une compétence, signe de distinction : le gros n'est plus seulement gros, mais de surcroît une personne incapable de ne pas être grosse.

(On parle de la volonté, mais il faut aussi mentionner la culture adéquate, et l'argent nécessaire à la beauté. Contre le hasard biologique, riches et pauvres se répartissent selon une échelle de beauté.)

 

Ce qui accentue le malaise actuel autour du vécu du corps.

En effet, plus le sujet se sent éloigné d'une image, d'un modèle idéal, plus l'estime qu'il se porte diminue. Or, les modèles du corps féminin proposés s'éloignent toujours davantage de la réalité. Le contraste s'accentue entre l'augmentation du poids dans la population et la minceur croissante du modèle féminin idéal. Modèle toujours inaccessible dans sa perfection.

 

Ce qui a certaines conséquences : la première est la difficulté pour les femmes d'évaluer et de qualifier leur propre poids. Ainsi, de nombreuses femmes de poids "normal" se considèrent comme "trop grosses", et de nombreuses femmes maigres ne se perçoivent pas comme telles.

On note aussi la relative banalisation de la chirurgie esthétique comme moyen de lutte contre un prétendu surpoids.

Manger

 

On ne mange plus aujourd'hui comme on l'a fait pendant longtemps. Certaines modifications des modes alimentaires sociaux contribuent probablement à favoriser l'apparition des troubles des conduites alimentaires.

Les repas familiaux, festifs, traditionnellement hypercaloriques, ne sont plus vécus dans la joie et le partage, mais dans la culpabilité. Chaque bouchée est avalée dans la douloureuse perspective des mesures diététiques à fournir pour en contrecarrer les effets. Remords.

 

La logique du repas n'est plus le bien manger, mais la lutte contre le poids. "Comment manger, seul ou entre amis, sans grossir". Les magazines proposent aux moments des fêtes des régimes salvateurs, qui permettent de faire face au danger des repas collectifs obligés.

 

Après des siècles d'angoisse quant à la faim, nous sommes actuellement en situation de pléthore alimentaire. Si autrefois, en période de disette, il était de bon ton de se montrer gros et d'exhiber par là sa richesse, à notre époque, l'appartenance aux classes socio-économiques les plus favorisées se traduit par la minceur. Minceur inscrite dans l'inconscient collectif comme le signe des capacités de maîtrise de soi.

 

Le changement dans le conditionnement et la production des produits alimentaires a aussi contribué à une modification qualitative et quantitative des ressources, et de la façon de les préparer. Le repas autrefois très socialisé et ritualisé, est aujourd'hui de plus en plus individuel.

La qualité des aliments s'est modifiée et les ingestions sont plus brèves, plus répétées, sous forme de grignotage (aliments sucrés ou salés). Une nourriture hors-cadre, qui échappe aux contrôles sociaux.

 

Autrefois dictée par la tradition, l'alimentation suit aujourd'hui le désir et la volonté individuelle. En matière de nourriture comme dans beaucoup d'autres domaines, les gens veulent faire comme ils l'entendent.

Mais les repères de ces décisions individuelles sont biaisés. Face aux pressions publicitaires et aux propositions multiples, l'individu se trouve pris dans un tiraillement anxieux. Anxiété qui détermine alors les conduites alimentaires. L'accès à la nourriture est facilité (à toute heure, partout, en un temps de préparation minimum), et le désir excité par l'offre, la publicité et la diversité.

Le sujet est alors en conflit entre des pulsions alimentaires activées et un idéal de minceur. Désarroi au moment du choix des repas. On parle de "gastro-anomie".

 

Si les anorexiques réagissent par une attitude de refus alimentaire, les boulimiques, elles, s'abandonnent à une consommation alimentaire excessive et sans retenue, tout en s'efforçant de respecter la norme esthétique.

Cette "non-maîtrise" de soi, cette incapacité de retenue sont vécues comme un échec cuisant, qui vient porter une atteinte importante au narcissisme.

 

 

 

Le corps

 

Après des temps de répression, de discrétion, le corps s'impose aujourd'hui comme sujet de prédilection du discours social.

Ce qui demeure pourtant, c'est la séparation faite entre l'homme et son corps. Le traditionnel dualisme corps/esprit fait place au dualisme contemporain qui distingue l'homme de son corps. Le corps est instrumentalisé, perçu comme une matière à travailler, une possession.

L'homme "a" un corps. Alors qu'intrinsèquement, l'homme "est" son corps. L'homme est indissociable de son corps, qui incarne son être au monde, ce sans quoi il ne serait pas.

"l'homme est ce je-ne-sais-quoi et ce presque-rien qui déborde son enracinement physique, mais ne saurait en être dissocié".

 

Cet imaginaire du corps suit le processus d'individualisation qui marque les sociétés occidentales depuis la fin des années soixante : investissement de la sphère privée, souci du moi, atomisation des acteurs sociaux, multiplication des modes de vie, obsolescence rapide des références et des valeurs, indétermination.

 

Face à cette désymbolisation du monde, à la perte de repères sociaux rassurants, le corps devient un refuge, une valeur ultime. Ce qui explique l'investissement croissant qu'il suscite. Investissement ou repli narcissique qui traduit l'absence des autres.

Contre l'effacement du lien social s'opère un mouvement de défense, de retour sur soi, le moi devient le seul repère.

"Quand l'identité personnelle est en question à travers les remaniements incessants de sens et de valeurs qui marquent la modernité quand les autres se font moins présents, que la reconnaissance de soi fait problème, même si ce n'est pas à un niveau très aigu, il reste en effet le corps pour faire entendre une revendication d'existence". (David Le Breton.)

 

Le corps devient alors surface de projection. A travers la mise en ordre et en sens de soi, par la médiation du corps, l'individu agit symboliquement sur le monde qui l'entoure. L'agencement de signes corporels marque une identité sociale, dans la recherche d'une unité en tant que sujet.

 

Les comportements sportifs compulsifs, la boulimie, les régimes stricts… sont des comportements centrés sur l'individu. Ils transforment le corps, et donnent l'illusion de se "re-créer" soi-même.

On peut alors comprendre que notre époque favorise l'apparition de pathologie du narcissisme, avec le recours aux agis comme tentative de se recréer des frontières et un sentiment de soi mieux défini.

 

 

Un des mythes de la modernité fait passer pour "libération du corps" ce qui est en réalité éloge du corps sain, beau, mince, jeune, hygiénique…

Les valeurs de la modernité mises en avant par la publicité, les médias, sont celles de la jeunesse, de la séduction… Fondements du discours sur le sujet et sa relation au corps. Le décalage entre le corps de l'individu et le modèle proposé explique le recours croissant aux pratiques autour du corps, et le succès de la chirurgie esthétique ou réparatrice, des cures d'amaigrissement.

 

Plus que libération du corps, c'est d'une libération de soi dont il est question. Le sujet est en quête d'un sentiment d'épanouissement, et ce par l'intermédiaire de son corps, ses activités physiques, son apparence.

Cet engouement pour le corps contribue à durcir les normes sociales d'apparence corporelle : pour les femmes, il faut être mince, belle, bronzée, en forme, jeune ; l'homme doit être fort, bronzé, dynamique… Ce qui entretient de façon plus ou moins marquée une mauvaise estime de soi chez ceux qui ne peuvent pas montrer, pour quelque raison que ce soit, les signes d'un "corps libéré".

 

 

 

L'image du corps

 

On reprend ici la notion d'image du corps, telle qu'elle est définie en psychanalyse.

Avec tout d'abord, un rappel de la constitution chez l'enfant d'une image de soi, en référence au stade du miroir de Lacan.

 

Ce stade du miroir est une expérience que l'on peut observer chez l'enfant entre 6 et 18 mois. C'est la première expérience de son identification que l'enfant va y jouer. Identification qui va s'effectuer progressivement comme une espèce de conquête qu'il va accomplir à partir de sa propre image projetée dans le miroir.

 

 

Précisons d'abord deux notions importantes :

 

Le fantasme du corps morcelé

L'enfant ne vit pas son corps comme une totalité unifiée. Il n'arrive pas à distinguer son corps de ce qui lui est extérieur. Il le perçoit comme quelque chose de dispersé, de morcelé (comme dans la schizophrénie). C'est le stade du miroir qui va mettre un terme définitif à ce fantasme et qui va permettre à l'enfant d'accéder à un vécu psychique de son corps, une représentation de son corps comme une totalité unifiée.

 

La représentation du corps propre

C'est la représentation totale de son corps en une seule image pour l'enfant. C'est également une identité. L'enfant s'identifie à sa propre image.

 

 

On peut distinguer trois étapes dans le stade du miroir :

 

La première

Dans cette première étape, tout se passe comme si l'enfant percevait sa propre image dans le miroir non pas comme une image mais comme un être réel et il se comporte en face de son image, à cet âge-là, comme il se comporte en face de son semblable enfant. Cela prouve qu'il n'est pas encore capable de discriminer de façon très précise ce qui est lui de ce qui n'est pas lui, par exemple, il y a des enfants qui pleurent en voyant les autres tomber. Cela prouve aussi que c'est à travers l'image du miroir que l'enfant commence à se repérer, qu'il se vit lui-même, qu'il cherche à se situer.

 

La seconde

C'est le moment où l'enfant finit, à force de répétitions, et surtout, à force de maturation psychique par comprendre que l'autre du miroir n'est qu'une image, c'est-à-dire que ce n'est pas un être réel. Là, on observe que l'enfant ne fait plus aucune tentative pour attraper l'enfant dans le miroir. Il a compris qu'il ne s'agissait pas d'un autre réel.

 

La troisième

L'enfant finit par reconnaître que l'autre du miroir est une image, et que cette image est la sienne. De ce point de vue, on peut dire que l'enfant accède à un savoir qu'il n'avait pas. Cette reconnaissance c'est la preuve d'un savoir sur soi. C'est aussi la preuve que l'enfant finit par percevoir son corps comme un corps unifié. C'est une anticipation imaginaire.

 

Le stade du miroir se réalise antérieurement à l'acquisition du schéma corporel. Nous allons donc évoquer la différence entre image du corps et schéma corporel.

 

L'expérience psychanalytique de Françoise Dolto avec les enfants la conduit à repérer, très tôt, dans les dessins et les modelages ce qu'elle appelle "image du corps".

Elle différencie de façon très précise le schéma corporel de l'image du corps. Elle explique que le schéma corporel est une réalité de fait, constituée à partir de perceptions. Nous pouvons préciser en disant que c'est un ensemble de processus perceptifs et organiques qui nous permettent de saisir l'unité de notre corps. Par exemple, c'est ce qui nous permet de pouvoir localiser à une partie très précise de notre corps, quelque chose qui lui arrive, que ce soit une excitation de type plaisir ou de type douleur.

 

Un schéma corporel sain peut coexister avec une image du corps perturbée. De même, qu'un schéma corporel troublé peut coexister avec une image du corps saine. L'exemple type du schéma corporel troublé est le "membre fantôme" de Schilder.

 

Le schéma corporel est le "même" pour tous les individus. L'image du corps est propre à chacun, elle est liée au sujet et à son histoire. Le schéma corporel est en partie inconscient mais aussi pré-conscient et conscient alors que l'image du corps est éminemment inconsciente.

 

L'image du corps est la conquête progressive de l'unité qui permet la maîtrise de la totalité de notre corps. Elle est avant tout imaginaire et composée non seulement des fantasmes de notre première enfance mais aussi par ceux de tous les conflits affectifs qui ont bouleversé et composé l'histoire de notre vie.

 

L'image du corps est la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles, mémoire inconsciente de tout le vécu relationnel.

 

"Tout contact avec l'autre, que ce contact soit de communication ou d'évitement de communication est soutendu par l'image du corps, car c'est dans l'image du corps, support du narcissisme, que le passé résonne dans la relation présente" .

 

L'acquisition de l'image de soi ne peut se faire que par la médiation de l'image et du regard d'autrui. Elle passe donc par le désir de l'autre et ne peut échapper aux pulsions de vie et de mort.

 

 

Nous avons vu avec le stade du miroir le rôle primordial que joue chez l'individu la captation visuelle par l'image de son corps et donc, la recherche narcissique d'une identification avec les autres.

 

Les yeux sont pour chacun de nous autant de miroirs pour refléter notre corps, mais ce ne sont pas des miroirs fidèles et ils troublent l'image que nous souhaitions y rencontrer.

Différents troubles de l'image du corps

 

 

La psychose

On trouve évidemment de graves perturbations de l'image du corps dans la psychose, particulièrement dans la schizophrénie et dans la forme particulière de l'hébéphrénie où l'image du corps reste l'image d'un corps morcelé et où l'on peut même assister à certaines mutilations. Ces sujets n'auraient pas traversé les principales étapes du stade du miroir. La thérapie est essentiellement du domaine psychiatrique.

 

 

La timidité

Le timide est embarrassé par son propre corps. Il serait d'ailleurs plus juste de dire non pas son propre corps mais son corps -pour- l'autre. Son corps -pour- l'autre lui échappe. Il ne peut pas le maîtriser, lui donner l'attitude qui convient. Voilà pourquoi lorsque le timide souhaite faire disparaître son corps, n'en plus avoir, c'est de son corps -pour- l'autre dont il s'agit. Tout ceci est formidablement bien décrit par Sartre dans L'Être et le Néant .

 

D'ailleurs, s'il est tellement angoissé par ce corps -pour- l'autre, c'est qu'il pense que son corps -pour- l'autre est son corps- pour- lui. C'est-à-dire que le timide croit que l'autre le voit tel qu'il est. Il se résigne donc à se voir par les yeux des autres. Le timide est dépendant du regard d'autrui.

 

Cette pathologie peut entraîner de nombreuses phobies sociales et leurs inévitables inhibitions et conduites d'évitement.

La psychothérapie est souvent demandée pour sortir de ces inhibitions.

 

 

L'éreutophobie ou érythrophobie

 

L'éreutophobie, c'est la peur de rougir en public. Un exemple clinique : Il s'agit d'un jeune homme de 33 ans qui rougit et transpire dès qu'il se trouve en présence des gens, ou bien dés qu'il pense à l'éventualité de rougir ou de transpirer, cela le remplit de panique. C'est-à-dire qu'il a peur de sa peur. Cette peur lui fait redouter les contacts sociaux et l'amène à les éviter, ce qui a pour conséquences des difficultés socioprofessionnelles importantes et une vie privée complètement appauvrie.

 

 

La dysmorphophobie

 

C'est une phobie créée par le regard d'autrui. Le dysmorphophobe est un individu normalement constitué qui croit être affecté de déformations physiques, qui croit son corps difforme. Cette "obsession" de la difformité du corps peut porter soit sur sa grosseur ou sa maigreur, soit sur sa taille, soit sur l'aspect disgracieux du visage, soit enfin sur les caractères sexuels. Elle se rencontre surtout chez les adolescents mais peut perdurer à l'âge adulte. Prenons l'exemple d'une jeune femme de 24 ans :

"J'ai honte de mon ventre, il est gros, il est mou, pourtant je fais de la gymnastique tous les jours. Lorsque je prends un kilo, je restreins mon alimentation de façon très sévère. Je me pèse plusieurs fois par jour pour vérifier. Quand je me regarde dans un miroir, je trouve mon ventre monstrueux. L'idée même d'avoir à me confronter avec le miroir m'angoisse. Quand je regarde les autres femmes, je le trouve gros. Je crois que l'on ne voit que ça. Je le cache, je le rentre, je porte des vêtements qui le compriment. Quand un regard se porte sur lui, je fuis, j'ai l'impression que l'on ne voit que ça. Je suis toujours en alerte, j'observe les autres de peur que les autres m'observent."

 

Très proche de l'éreutophobie, il s'agit là de la morphologie du corps mais pas seulement du visage, la dysmorphophobie est la peur du jugement social. On retrouve chez le dysmorphophobe les mêmes craintes que chez l'éreutophobe et la même source conflictuelle. Mais la dysmorphophobie dérive plus directement de l'adolescence en tant que phases de changements profonds et de l'acceptation de ces changements. La dysmorphophobie n'est qu'une forme particulière de la non-acceptation de soi-même, celle de son corps.

 

 

L'anorexie mentale

 

Le thème est si vaste qu'il mériterait une séance à lui seul. L'anorexie est une incapacité à accepter et à intégrer les transformations de la puberté autant qu'à assumer sa féminité, doublé d'une tentative de maîtriser les transformations qui lui échappent. Être mince n'est qu'une manière de parvenir à la négation des formes, et des formes féminines en particulier. L'image idéale vers laquelle tend l'anorectique est une image qui met à distance les indices de la féminité. Elle tente de combattre tout ce qui évoque féminité et sexualité. Le danger n'est pas réel, il est lié à l'image du corps du sujet.

 

 

Les conduites boulimiques

 

On parle de conduites boulimiques ou de boulimies au pluriel pour rendre compte de la multiplicité des profils pathologiques. Quelques réflexions : tout d'abord, notons que chez tous les patients boulimiques on retrouve la peur de grossir et la recherche d'une minceur idéale. Dans 70 % des cas pourtant, les boulimiques ont un poids normal, chez d'autres, il peut présenter des variations très importantes sur des périodes de temps courtes (plus de 20 kg en quelques semaines). Ces patients ne sont satisfaits ni de leur poids ni de leur morphologie.

Si l'on veut établir des éléments de comparaison avec l'anorexie, notons déjà qu'à la fierté anorexique correspond la honte boulimique avant, pendant, après ou lors de l'aveu de l'accès. La honte est liée à la perte d'une image acceptable de soi dans le regard des autres. On retrouve chez les boulimiques une image du corps mauvaise, dévalorisée, les dysmorphophobies sont fréquentes et concernent tout particulièrement les parties corporelles considérées comme spécifiquement féminines.

 

La thérapeutique peut inclure la consultation en nutrition qui permet d'éclairer le sujet sur les conséquences et les facteurs immédiats et directs de son comportement alimentaire et de l'aider interrompre des enchaînements de comportements dont il sous-estime par ignorance la dangerosité. Il doit alors s'agir d'une véritable cothérapie.

L'indication de psychothérapie psychanalytique se fonde sur des critères qui ne concernent pas seulement le symptôme mais l'ensemble de la vie psychique et l'histoire personnelle.

 

 

 

Paradoxe de l'identité féminine

 

Traditionnellement, les femmes sont élevées dans la perspective de pourvoir aux besoins d'autrui, au détriment de leurs propres besoins. Ce rôle traditionnel renvoie au modèle de la passivité, de la dépendance (aux hommes), et du sacrifice personnel. "Le plaisir de faire plaisir".

Il y a contradiction à l'heure actuelle entre des représentations et des qualités traditionnellement attribuées aux femmes, et les exigences croissantes d'affirmation de soi, de performance, de réussite et d'indépendance.

 

Il s'agit pour les femmes de résoudre cette contradiction, de se situer entre les deux termes d'un conflit.

La boulimie renvoie à la honte de céder à ses propres besoins et impulsions. Une incapacité à se contenir qui est condamnée socialement. Il y a échec dans la résolution de ce conflit entre tradition et modernité. Une impossibilité de séparation et d'individuation.

 

L'ouverture pour les femmes à un monde autre que le monde domestique est récente. Mais il semble que cette émancipation soit biaisée.

En effet, la réussite, et parfois le simple accès à des rôles traditionnellement réservés aux hommes implique une "déféminisation".

Les qualités traditionnellement attribuées aux hommes et aux femmes ont peu évolué. Pour exemple, une femme responsable, chef d'équipe, est qualifiée de femme "qui en a", de "vrai mec". Ce qui se veut un compliment renvoie à une représentation de la femme comme "sous homme", et qui doit nécessairement imiter l'homme pour accéder à une certaine légitimité.

La femme des années 80, modèle "unisexe" de réussite et d'accomplissement dans le travail, domaine masculin, offre un exemple de cette déviation des rôles et des qualités féminines.

 

 

Plus largement : dans une culture marquée par les valeurs de l'individualisme, la dépendance sous toutes ses formes est fuie, considérée comme un asservissement.

Les notions de liberté individuelle, de volonté personnelle et d'autonomie se sont imposées comme seules vérités. Le jugement et le sentiment personnels sont les garants de l'authenticité.

 

Le corps est devenu la mesure de la valeur individuelle. Il est le témoin de la maîtrise de soi, de la performance et de la compétence personnelles. La maîtrise du corps, le contrôle de son apparence renvoient à cette indispensable appropriation de soi.

Une tentative de maîtrise qui échoue douloureusement dans l'accès boulimique, vécu dans la solitude et la honte.

 

 

 

En conclusion :

 

Il est possible de faire un parallèle entre ces courants socio-culturels et les troubles des conduites alimentaires : on retrouve les préoccupations concernant le corps, son image, la minceur… Contexte psychologique dans lequel naissent les troubles des conduites alimentaires. Déplacement de l'idéal du moi sur le corps, crainte phobique de grossir, tentatives de maîtrise totale du corps…

Avec en conclusion la garantie de l'échec de toutes ces tentatives : les efforts pour atteindre le modèle de perfection n'aboutissent pas, ce qui pousse à entretenir toujours plus les comportements pathologiques.

 

Les troubles des conduites alimentaires se situent dans la perspective d'une psychopathologie différentielle des sexes. Certains auteurs proposent de les lire comme une méthode de contention du corps féminin, comme il y en eut tant au cours des siècles précédents. Il s'agirait alors d'une des multiples tentatives de l'homme pour maîtriser ce qui est pour lui l'altérité la plus radicale : le sexe de la femme.

Cette vision, à prendre en compte, risque d'être parfois trop schématique. Il est important de préciser que les troubles de conduites alimentaires ont déjà existé, en d'autres lieux et d'autres temps, et que notre époque n'est pas la seule à contraindre le corps féminin.

De plus, il n'existe pas de culture sans corps, sans transformation de ce corps. Les rapports hommes-femmes s'ils sont rapportés dans une perspective uniquement d'opposition manichéenne, d'oppression, ne permettent pas de tenir compte de l'interaction sociale des sexes, et de la perspective psychopathologique individuelle.

 

Parler d'influence sociale pose la question de l'éternelle opposition individu-société. Vieux débat qui oppose les tenants du déterminisme social aux tenants de la liberté individuelle. Il semble plus fructueux d'observer les articulations entre les deux. Dans la perspective du croisement du sujet, de l'image du corps, notion individuelle, psychanalytique, et de l'environnement social et culturel.

La frontière séparant l'individu et la société n'est pas très nette.

 

Ainsi, les troubles alimentaires semblent apparaître au carrefour d'influences bio-psycho-sociales. Le syndrome boulimique en particulier apparaît comme multidéterminé.

Cette description du contexte socio-culturel ne doit pas faire oublier l'existence de facteurs prédisposants individuels, psychologiques (adolescence, post-adolescence, fragilisation psychique et narcissique…). La personnalité, l'histoire propre du sujet, ses ressources, influencent également fortement le vécu du syndrome, son évolution, sa prise en charge.

 

Cette conception des troubles alimentaires permet de comprendre la diversité des cheminements individuels et également d'envisager des traitements et des prises en charges variés, adaptés à chaque sujet.

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Troubles du Comportement Alimentaire

 

Dans cette partie vous sont exposés les différents troubles du comportement alimentaires qui frappent bon nombre de personnes aujourd'hui.

 

Ci-dessous la liste des rubriques disponibles :

Introduction :

Causes :

Dépendance :

Thérapies :

 

Histoire :

 

Anorexie :

 

Boulimie :

 

Hyperphagie :

 

Autres troubles :

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Troubles du Comportement Alimentaire

 

Dans cette partie vous sont exposés les différents troubles du comportement alimentaires qui frappent bon nombre de personnes aujourd'hui.

 

Ci-dessous la liste des rubriques disponibles :

Introduction :

Causes :

Dépendance :

Thérapies :

 

Histoire :

 

Anorexie :

 

Boulimie :

 

Hyperphagie :

 

Autres troubles :

 Introduction 

 

Les troubles du comportement alimentaire, des maladies à part entière…...

 

 

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont reconnus comme de véritables maladies, plus spécifiquement, comme « un trouble mental », c’est-à-dire un ensemble de comportements, d’attitudes et de réactions émotionnelles qui font souffrir la personne malade et son entourage.

Ils peuvent apparaître sous plusieurs formes : l’anorexie et la boulimie sont les plus connues. Ces deux symptômes se présentent de manière isolée ou combinée.

Il existe d’autres formes de TCA qui ne répondent ni aux critères de l’anorexie, ni à ceux de la boulimie : on parle alors de troubles atypiques du comportement alimentaire

 

La chose plus importante à rappeler est que l’Anorexie, la Boulimie, la suralimentation compulsive, ou autres troubles du comportement alimentaire ne sont pas que des maladies psychologiques mais ont leurs complications physiques.

 

Quelques chiffres

On estime que 9 à 10% des femmes adultes souffrent de problèmes alimentaires de type compulsif, c'est-à-dire comportant une difficulté à contrôler la prise de nourriture et une attention exagérée pour le poids et la silhouette. La réalité se situe probablement au-delà de ces pourcentages, car on sait que les personnes souffrant de boulimie ont honte et taisent leur maladie, se soustrayant ainsi aux statistiques.

Un constat inquiétant est le nombre croissant de filles très jeunes concernées par la maladie (12-14 ans déjà).

Si ces maladies touchent surtout des femmes, les hommes ne sont pas épargnés. On estime qu’ils représentent 10 à 15% de l’ensemble des personnes concernées par un trouble alimentaire.

 

 

 

 

LES CAUSES

 

Anorexie, boulimie ou l’alternance des deux (anorexie-boulimie) représentent les formes les plus graves et préoccupantes des troubles du comportement alimentaire ; elles sont en augmentation depuis les années 70 et concernent environ 10 % de la population.

L’existence de " troubles partiels " (où seulement une partie des critères diagnostiques est présente) est aussi en nette augmentation dans tous les pays occidentaux et des " troubles alimentaires mineurs " comme fringales, grignotage, syndrome d’hyperalimentation nocturne, chocolatomanie sont de plus en plus relatés.

Enfin, l’obésité, considérée comme la maladie du siècle par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), relève dans au moins une moitié des cas d’un trouble du comportement alimentaire similaire à la boulimie : l’ hyperphagie incontrôlée.

Parmi les personnes atteintes d’un trouble grave du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, anorexie-boulimie) 90 % sont des femmes et seulement 10 % des hommes. Ces troubles touchent davantage des personnes issues d’un milieu socio-culturel élévé, tandis que l’obésité concerne plutôt les milieux défavorisés.

 

 

Aujourd’hui encore, il est difficile de définir précisément les origines du déclenchement d’un trouble alimentaire. Les causes sont rarement uniques et très étroitement liées à l’histoire personnelle, à l’environnement familial et au cadre social de la personne concernée.

L’expérience montre qu’il existe un certain nombre d’éléments que l’on retrouve régulièrement chez les personnes victimes d’un trouble alimentaire. Il est toutefois important de ne pas généraliser et de tenir compte avant tout de l’histoire personnelle de chacun.

 

Voici quelques exemples d’éléments que l’on peut retrouver dans les situations de troubles alimentaires ; ils ne sont ni exclusifs, ni exhaustifs.

o     Au niveau biologique, une prédisposition génétique aurait été mise en évidence par des études sur les jumeaux mais les résultats ne sont pas encore confirmés.

o     Au niveau psychologique, on note que certains problèmes de personnalité sont plus fréquemment associés à un trouble alimentaire :

  • Mauvaise estime de soi
  • Souci de plaire et d’être aimé
  • Perfectionnisme
  • Difficulté à s’affirmer et dans le mode de relation aux autres
  • Très forte sensibilité
  • Tendance à réagir sur un mode en " tout ou rien "
  • Difficulté à grandir, angoisse face au fait de devenir adulte

La personne souffrant d’un trouble alimentaire peut avoir été victime d’un événement traumatique (violence, abus, …).

o     Au niveau socio-culturel, la culture actuelle basée sur la minceur et la beauté comme signes extérieurs de succès et de bonheur a une incidence certaine sur le développement de troubles alimentaires.

Les troubles alimentaires se sont développés essentiellement dans les sociétés de type occidental où la nourriture est abondante et où, paradoxalement, la minceur, le contrôle de son apparence et de son poids sont associées à l’idée de beauté, de performance, d’efficacité et de réussite.

  • Pressions sociales
  • Images du corps idéal
  • Idéal de perfection
  • Régimes

o     Au niveau familial, on observe également des problèmes de communication au sein même de la famille ainsi que des traumatismes sexuels.

Façon d’aborder les émotions dans le cadre familial : 

  • Difficultés à communiquer et à exprimer ses émotions
  • Importance de l’apparence
  • Confusion des liens
  • Parentification (inversion des rôles parents-enfants – l’enfant doit assumer des responsabilités d’adulte)
  • Grandes attentes et tendance à souligner les performances

 

L’adolescence est une période particulièrement à risque ; c’est à ce moment-là que se déclenche une grande partie des troubles alimentaires. Il est important de réagir tôt, pour éviter que la maladie ne s’installe durablement.

Il y a des origines à la maladie, et il y a aussi des causes qui la maintiennent.

 

 

Le trouble du comportement alimentaire apparaît pour signifier que quelque chose de plus profond ne va pas.

 

 

 

DEPENDANCE

 

Les troubles du comportement alimentaire sont des conduites de dépendance : la personne est alors dépendante de sa maladie comme d’autres le sont d’une substance (alcool, drogues, médicaments, jeux) ou une dépendance affective à une autre personne. En effet, la personne anorexique ou boulimique est dans l’urgence du besoin et de la satisfaction comme c’est le cas dans d’autres dépendances.

Elle perd le contrôle de son comportement, est dans le déni par rapport à la gravité de sa maladie et en constante recherche de sensations fortes. Au travers de ce comportement addictif, la personne qui souffre d’anorexie ressent un certain plaisir lié au fait de jeûner et celle qui souffre de boulimie, un état d’euphorie avant, pendant et/ou immédiatement après la crise.

 

Les parallèles avec un comportement de dépendance sont plus visibles avec la boulimie : la personne, comme celle souffrant d’une dépendance à l’alcool ou à la drogue, sent le besoin pressant et l’obsession de manger. Elle peut dépenser des sommes astronomiques pour se procurer sa nourriture allant jusqu’à s’endetter. Quand la crise et le besoin de manger surviennent, elle entre dans une sorte d’état second et il est extrêmement difficile d’empêcher la perte de contrôle.

 

Comme dans toute autre dépendance, il est très difficile, voire impossible de se sortir seul de ces comportements. C’est pourquoi, il est primordial de demander de l’aide et de ne pas rester seul face à sa maladie.

 

Il n’y a pas de honte et de culpabilité à avoir, l’important est de trouver le moyen de guérir !

 

 

THERAPIES

 

Trop souvent, les personnes atteintes d'un trouble alimentaire n'osent pas consulter un professionnel car le mot "psychothérapie" leur fait peur ou parce qu'elles espèrent pouvoir s'en sortir seules. Or, les probabilités de guérison sont nettement plus élevées lorsque le trouble est détecté et traité précocement.

Il est possible de guérir d’un trouble du comportement alimentaire. Cela demande du temps et un investissement personnel important dans une démarche thérapeutique. Les parents et les proches peuvent bien sûr aider une personne souffrant d'un trouble alimentaire en lui offrant écoute et encouragement et en la soutenant dans ses démarches thérapeutiques.

Il existe différentes approches thérapeutiques pour le traitement des troubles du comportement alimentaire (thérapie cognitivo-comportementale, approches corporelles, thérapie de type émotionnelle, thérapie analytique, thérapie de famille…). La thérapie peut être individuelle ou en groupe.

Le meilleur facteur de pronostic semble être la nature, la qualité, la cohérence et la durée du traitement. 

Selon les cas et la gravité du trouble, différentes prises en charge sont possibles :

L'hospitalisation avec prise en charge multi-disciplinaire s'avère indispensable dans le cas de complications médicales, dénutrition importante, actes suicidaires ou à caractère auto-mutilatoire.

La thérapie individuelle est toujours conseillée et peut découler de différentes approches :

  • La thérapie d'orientation analytique qui s'intéresse principalement à rechercher les causes du mal-être et des symptômes. Le patient apporte son vécu et l'analyse afin de découvrir les parties cachées de sa personnalité, de les accepter et de les intégrer.
  • La thérapie cognitivo-comportementale qui a pour objectif d'aider la personne à modifier son comportement, ses pensées et émotions par l'auto-observation et par des techniques spécifiques (élaboration d'objectifs, modifications de pensées, apprentissages de nouveaux comportements, ...)
  • D'autres types de thérapies comme l'hypnose, la sophrologie, l'analyse transactionnelle,...

La thérapie familiale s'avère parfois indispensable afin de restaurer ou améliorer la communication entre les différents membres de la famille. Elle offre la possibilité à chacun d'exprimer son vécu et d'entendre celui des autres dans un cadre rassurant.

Les thérapies de groupe offrent un espace de rencontre entre personnes touchées par le même type de problématique. Les jeux de rôles, les échanges sur un thème précis, les exercices d'expression ou d'affirmation de soi sont autant de techniques que l'on retrouve fréquemment dans les thérapies de groupe.

Il est essentiel de trouver l’approche thérapeutique et le thérapeute qui convienne à la personne malade. Une fois que le processus thérapeutique est engagé, il est important de pouvoir le poursuivre de manière continue. Il vaut mieux éviter d’essayer toutes sortes d’approches différentes sans vraiment s’engager profondément, ce qui risque de prolonger la maladie, voire même de la renforcer.

L’approche thérapeutique de l’anorexie et de la boulimie est généralement différente ; alors que la personne qui souffre de boulimie est habituellement suivie en ambulatoire, il arrive que l’hospitalisation soit recommandée pour les personnes souffrant d’anorexie, en particulier lorsque la vie est mise en danger.

Le traitement thérapeutique de la personne qui souffre d'anorexie visera alors dans un premier temps à permettre à la personne d’atteindre un poids qui ne mette pas sa vie en danger.

Pour la personne qui souffre de boulimie, l’objectif est de diminuer les crises.

Dans les deux cas, la thérapie permet parallèlement d’entreprendre un travail de fond visant notamment à :

  • Construire et consolider l’estime de soi
  • Retrouver une relation harmonieuse avec son corps
  • Apprendre à régler les problèmes relationnels à la source de la maladie

Dans certains cas, l’éloignement avec la famille peut être bénéfique, à la fois pour la personne malade et pour ses proches. Ces derniers passent par des moments de difficultés et de souffrances intenses : il est important qu’ils puissent eux aussi bénéficier d’une aide et d’un soutien pour eux-mêmes.

Pour les malades et pour les proches, il existe des groupes de soutien qui, sans être thérapeutiques, proposent un espace privilégié de rencontre et d’échange avec des personnes confrontées aux mêmes difficultés. Participer à ces groupes peut être un premier pas pour faire face à la maladie.

 

 

Un peu d'histoire

 

 

En médecine, l'anorexie mentale ou anorexia nervosa (littéralement " absence d'appétit ") est un trouble du comportement alimentaire connu depuis longtemps. Des restrictions alimentaires particulièrement sévères, ainsi que des périodes de jeûne, étaient déjà, au Moyen-Age, largement pratiquées au sein des communautés religieuses, ces privations ayant un caractère mystique et une justification philosophique. Sainte Catherine de Sienne, morte à l'âge de trente-trois ans à la suite de ce que certains auteurs appellent aujourd'hui " anorexie sainte ", n'est que l'exemple le plus connu et le plus flagrant de ce genre de pratiques.

On retrouve la première description médicale de l'anorexie en 1689; le médecin Richard Morton décrit une forme de dépérissement physique d'origine nerveuse. Mais c'est à partir de la deuxième moitié du siècle passé que le terme d'anorexie mentale est employé dans le sens que nous lui reconnaissons aujourd'hui : presqu'en même temps, deux médecins, le français Lasègue en 1873 et l'anglais Gull en 1874, donnent les deux premières descriptions cliniques de cas d'anorexie, descriptions qui sont encore aujourd'hui d'actualité. Bien que pour ces auteurs il s'agisse d'un trouble d'origine psychique, la médecine le considérera et le traitera pendant des années plutôt comme un problème physique (insuffisance hypophysaire, notamment). Ce n'est qu'à partir des années 50 que l'on reviendra à l'idée d'une origine psychologique de l'anorexie mentale, acceptant donc que les problèmes physiques associés ne sont que la conséquence de l'arrêt de l'alimentation.

Quant à la boulimie ou bulimia nervosa (du grec " grande faim dévorante "), elle a pendant longtemps été considérée comme un symptôme provenant d'autres pathologies : tantôt comme un signe de névrose hystérique, tantôt comme faisant partie d'un trouble plus profond de la personnalité, ou encore comme un signe de dépression. D'autres auteurs ont parlé d'addiction ou de " toxicomanie sans drogue ". Des rapprochements ont également été faits entre boulimie et obésité. On a aussi parlé d'une origine biologique de la boulimie, hypothèse qui met en cause des variations du taux de sérotonine, produit chimique ayant un rôle important dans le fonctionnement du cerveau. Enfin, ce n'est que dans les années 80 que la boulimie acquiert une description diagnostique spécifique.

A partir des années 80, suite à l'intérêt que les troubles alimentaires ont suscité dans le monde médical, d'autres troubles alimentaires, se distinguant de l'anorexie et de la boulimie selon des symptômes et une intensité différents, ont été décrits et définis par plusieurs auteurs.

Citons entre autres :

o      l'anorexie-boulimie ou " bulimiarexia " ou encore  " boulirexie ", alternance des deux troubles alimentaires;

o      le syndrome d'hyperphagie incontrôlée, ou binge eating disorder; similaire à la boulimie mais sans comportements compensatoires afin d'éviter la prise de poids;

o      l'alimentation par grignotage ou chaos alimentaire;

o      le night eating syndrome, ou syndrome d'alimentation nocturne.

Citons encore diverses formes de fringales, plus occasionnelles et moins pathologiques, comme la fringale boulimique, la fringale de sucres, et des appétences excessives pour certains aliments, notamment la chocolatomanie. Restrictions alimentaires et hyperphagie, en alternance, sont souvent connues par la plupart des personnes obèses qui expérimentent les effets du jeûne et de la restriction dans les périodes où elles tentent de perdre du poids, les effets de l'hyperphagie lorsqu'elles y renoncent. L'obésité est dans la moitié des cas la conséquence d'un trouble alimentaire, notamment l'hyperphagie incontrôlée.

Enfin, notons qu'il existe aussi une anorexie du nourrisson et une anorexie de la petite enfance qui relèvent de problématiques relativement spécifiques et différentes et qui seraient tout à fait indépendantes de l'anorexie mentale de l'adolescence ou post-adolescence.

 

 

ANOREXIE

 

Les critères diagnostiques de l'anorexie mentale (DSM-IV, 1994 - Manuel de l'association américaine de psychiatrie) tous présents chez la personne considérée:

o      Restrictions alimentaires : réduction de l'apport calorique (par exemple, élimination d'aliments tels que pain, pommes de terre, pâtes, etc.), évitement de la graisse et des protéines, planification de régimes stricts.

o      Perte d'au moins 15% ou plus du poids initial et refus de maintenir le poids corporel au niveau ou au-dessus d'un poids minimum normal pour l'âge et pour la taille.

o      Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le poids est inférieur à la normale, cette peur ne s'atténuant pas au fur et à mesure de l'amaigrissement.  

o      Altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps, influence excessive du poids ou de la forme corporelle sur l'estime de soi, ou déni de la gravité de la maigreur actuelle. 

o      Chez les femmes post-pubères : aménorrhée, c'est-à-dire absence d'au moins trois cycles menstruels consécutifs. (Une femme est considérée comme aménorrhéique si ses règles ne surviennent qu'après administration d'hormones, par exemple d'œstrogènes.)

Il existe deux types d'Anorexie :

o      Type restrictif ("Restricting type"): la personne s'interdit la plupart des aliments qu'elle considère comme étant trop caloriques. Elle s'impose un régime particulièrement strict, elle saute les repas, elle jeûne. Pendant l'épisode d'Anorexie mentale, le sujet n'a pas, de manière régulière, présenté de crises de boulimie ni recouru aux vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs (c.à-d. laxatifs, diurétiques, lavements).

o      Type avec crises de boulimie/vomissements ou prise de purgatifs ("Binge-eating/purging type"): Après quelques temps, ces restrictions draconiennes débouchent sur une fringale incoercible qui la pousse à ingurgiter des quantités incroyables de nourriture, qu'elle vomira ensuite. Pendant l'épisode d'Anorexie mentale, le sujet a donc, de manière régulière, présenté des crises de boulimie et/ou recouru aux vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs (laxatifs, diurétiques, lavements).

Signes associés :

Les manifestations de la maladie sont particulières à chaque personne concernée. On observe toutefois plusieurs signes associés qui reviennent fréquemment chez les personnes souffrant d’anorexie et qui peuvent apparaître de manière isolée ou combinée, en fonction de la gravité et de la durée de la maladie.  

o      Déni de la gravité de la maigreur actuelle : la personne souffrant d’anorexie nie farouchement avoir un problème sérieux avec la nourriture.

o      Obsession : la vie de la personne souffrant d’anorexie est réduite à une seule préoccupation : maigrir. Toutes ses pensées sont occupées à comptabiliser ce qu’elle a mangé et ce qu’elle va manger. C’est une perpétuelle obsession et toute sa vie est tournée autour de la nourriture : comment faire pour maigrir, pour cacher à son entourage le fait qu’elle ne mange pas, pour éviter d’être invitée à manger chez des amis ? Elle peut mentir à son entourage afin de fuir des situations trop difficiles pour elle. L’obsession est telle qu’elle peut se peser plusieurs fois dans une même journée pour s’assurer qu’elle n’a pas pris un gramme ou passer des heures devant le miroir pour se regarder et vérifier la moindre parcelle de son corps.

o      Image de Soi : la personne qui souffre d’anorexie a une piètre image d’elle-même. Elle a peu d’estime pour elle-même, ne se trouve pas belle ; elle ne s’aime pas ! Elle a beaucoup de peine à s’accepter telle qu’elle est, c’est pourquoi, elle utilise l’autodestruction.

o      Autodestruction : pour faire face à une trop grande souffrance, elle cherche à se faire du mal et peut avoir des comportement d’automutilation, voire même des tentatives de suicide.

o      Contrôle : la personne souffrant d’anorexie a besoin d’avoir le sentiment de contrôler sa vie : à ses yeux, ce contrôle passe par celui de la nourriture : elle met tout en place pour vérifier le nombre de calories qu’elle peut avaler dans la journée, sélectionne les aliments qu’elle a le droit de manger. Il arrive souvent qu’elle prenne possession de la cuisine et adore mijoter de bons petits plats pour son entourage sans y toucher elle-même.

 

            Ce contrôle s’exerce aussi sur l’évacuation de la nourriture par des vomissements provoqués ou par la prise de laxatifs et/ou diurétiques. Elle est dotée d’une très grande détermination et son organisation personnelle est imperturbable.

o      Perfectionnisme et maniaquerie : les personnes anorexiques sont en général très perfectionnistes et réussissent brillamment leur scolarité car tout travail est préparé à la perfection. Elles sont, la plupart du temps, très intelligentes et font preuve d’une grande créativité (écriture de poèmes, récits, peinture, etc.). A la maison, l’anorexique a besoin d’être active. Elle déploie une immense énergie pour faire le ménage et maintenir un ordre impeccable.

o      Abandon de ses loisirs et perte de sa vie sociale : la personne souffrant d’anorexie est tellement obsédée par le désir de maigrir sans fin qu’elle va, petit à petit, s’enfermer dans son monde et être de moins en moins accessible pour son entourage qui, de son côté, a du mal à la comprendre et à accepter tous ces changements.

o      Recherche de chaleur : à force de ne pas s’alimenter convenablement, la personne souffrant d’anorexie a de la peine à se réchauffer. Elle a tendance à avoir froid, à se tenir près des radiateurs, à se promener avec sa bouillotte contre elle, à augmenter le chauffage de sa chambre et à se cacher sous de multiples couches de vêtements amples.

o      Difficulté à trouver le sommeil : avec le temps, elle a de plus en plus de peine à dormir la nuit. Ses troubles du sommeil et son amaigrissement entraînent des difficultés de concentration et un épuisement.

o      Hyperactivité : pour maigrir plus vite, la personne souffrant d’anorexie fréquente les centres de fitness, fait du sport de manière extrême et parfois même jusqu’à l’épuisement physique. Elle profite de chaque occasion pour dépenser d’avantage de calories.

o      Comportement extrémiste : la personne qui souffre d’anorexie peut facilement passer d’un extrême à un autre. Ce comportement n’est pas conscient. Par exemple, elle peut avoir une période de désintérêt total de la sexualité et puis soudain, rechercher par tous les moyens la possibilité de séduire les hommes. Elle a des périodes d’euphorie où tout va bien et d’un coup, elle repart dans un moment de forte dépression, de découragement et d’isolement. Elle a tendance à agir de manière très directe, sans réfléchir aux conséquences de ses actes pour elle et pour son entourage, avec lequel elle peut paraître très dure.

 

 

BOULIMIE

 

 

Les critères diagnostiques de la boulimie (DSM IV, 1994 - Manuel de l'association américaine de psychiatrie) tous présents chez la personne considérée :

o     Survenue récurrente de crises de boulimie ("binge eating"). Une crise de boulimie répond aux deux caractéristiques suivantes :

    1. absorption, en une période de temps limitée (en moins de deux heures par exemple), d'une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances;
    2. sentiment d'une perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise (sentiment de ne pas pouvoir contrôler ce que l'on mange ou la quantité que l'on mange).

o     Comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir la prise de poids, tels que : vomissements provoqués ; emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres médicaments ; jeûne ; exercice physique excessif (le poids est proche de la normale).

o     Les crises de boulimie et les comportements compensatoires inappropriés surviennent tous deux, en moyenne, au moins 2 fois par semaine pendant 3 mois.

o     L'estime de soi est influencée de manière excessive par le poids et la forme corporelle. Préoccupation persistante voire obsessionnelle au sujet du poids et la silhouette.

o     Le trouble ne survient pas exclusivement pendant des épisodes d'anorexie mentale.

Il existe deux types de boulimie :

o      Type avec vomissement ou prise de purgatifs ("Purging type") : pendant l'épisode de boulimie, le sujet a régulièrement recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements.

o      Type sans vomissements ni prises de purgatifs ("Nonpurging type") : pendant l'épisode de boulimie, le sujet présente d'autres comportements compensatoires inappropriés, tels que le jeûne ou l'exercice physique excessif, mais n'a pas régulièrement recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements.

Il existe un autre type de boulimie à distinguer des deux précédents : l'Hyperphagie boulimique (qui s'accompagne de prise de poids).

NB : Certaines personnes ne remplissent pas forcément tous ces critères, mais souffrent tout de même de Boulimie.

Signes associés :

Les manifestations de la maladie sont particulières à chaque personne concernée. On observe toutefois plusieurs signes associés qui reviennent fréquemment chez les personnes souffrant de boulimie et qui peuvent apparaître de manière isolée ou combinée, en fonction de la gravité et de la durée de la maladie.

 

● Obsession : la nourriture envahit toutes les pensées : la planification des crises, comment les dissimuler à l’entourage, comment éliminer tout ce qui a été absorbé…Dans l’esprit de la personne qui souffre de boulimie, la nourriture est comme une drogue. Au moment où le besoin de manger l’envahit, la tension est si forte que la personne se trouve dans une sorte d’état second, incapable de se concentrer sur autre chose. La seule chose qui importe alors est de se retrouver seule pour « faire une crise ». Pour cela, il lui arrive de supprimer ses rendez-vous ou d’organiser son emploi du temps en conséquence.

 

● Contrôle : malgré cette pression extrêmement forte, la personne qui souffre de boulimie fait tout pour cacher son état et sa maladie. En public, elle donne la plupart du temps l’image d’une personne « sans problèmes ». Elle met beaucoup d’énergie à maintenir cette image parfaite. On peut noter également parfois un comportement hyperactif.

 

● Repas : manger en public est pénible pour la personne qui souffre de boulimie. Elle évitera donc un maximum ces situations (sorties au restaurant,  fêtes, réunions de famille, …). Si elle se trouve en compagnie, elle mangera en général peu. Pendant ou après le repas, il peut arriver qu’elle disparaisse régulièrement aux toilettes et ses absences durent un bon moment.

 

● Image de Soi : honteuse de son comportement qu’elle garde secret, la personne boulimique a une piètre image d’elle-même. Les crises ne font que renforcer le dégoût de soi, l’entraînant dans une spirale infernale autodestructrice. Elle manque fortement de confiance en elle. On observe parfois une tendance à l’automutilation (coupures,…), exprimant le dégoût de son corps et la haine de soi.

 

● Régimes : la crainte de grossir est une obsession. La personne souffrant de boulimie n’est jamais satisfaite de son poids (qui est généralement normal) et met une grande énergie à essayer d’éliminer par toutes sortes de moyens ce qu’elle a absorbé durant la crise. Elle saute souvent des repas et finalement, tenaillée par la faim, finit par craquer et ingurgite de grandes quantités d’aliments.

 

● Comportement social « chaotique » : la personne a de la peine à respecter ses rendez-vous, à tenir parole et à gérer son argent. Les dépenses occasionnées pour la nourriture peuvent entraîner de sérieux problèmes financiers, pouvant parfois mener au vol à l’étalage. Toute l’énergie passe dans la préoccupation pour la nourriture, l’entraînant peu à peu à abandonner ses loisirs, à perdre de vue ses amis et à s’isoler. Un trait observé est aussi une forte tendance à l’anxiété pouvant counduire à la dépression : phobie sociale, attaque de panique, …

● Autres toxicomanies ou comportements déviants : alcoolisme, achats compulsifs, vols à l'étalage, ... 

Conséquences physiques :

Une ou plusieurs des conséquences mentionnées ci-dessous peuvent apparaître ; elles dépendent notamment de la durée et de la gravité de la maladie.

 

-         Erosion de l’émail dentaire et caries dues aux vomissements provoqués

-         Douleurs gastriques et abdominales (troubles digestifs), dilatation de l’estomac

-         Inflammations chroniques de la gorge et de l’oesophage

-         Carences vitaminiques, en minéraux et en oligoéléments

-         Gonflement de certaines glandes salivaires (parotides)

-         Fatigabilité, épuisement

-         Hypocalcémie, risque d’ostéoporose

 

 

HYPERPHAGIE

 

Les critères diagnostiques du "Binge Eating Disorder" ou Syndrome d'hyperphagie incontrôlée (Spitzer et al., 1993) :

Episodes récurrents d'hyperphagie (hyperalimentation), caractérisés par la prise, en une courte période de temps (moins de deux heures), d'une quantité de nourriture dépassant notablement ce que la plupart des personnes mangent dans le même temps et les mêmes circonstances. La personne n'a pas l'impression d'avoir le contrôle de sa prise alimentaire ni la possibilité de s'arrêter.

 

Durant les épisodes d'hyperphagie, au moins trois des critères suivants d'absence de contrôle sont présents :

o    prise alimentaire nettement plus rapide que la normale;

o    la personne mange jusqu'à l'apparition de sensations gastriques inconfortables;

o    absorption de grandes quantités d'aliments sans sensation physique de faim;

o    prises alimentaires solitaires afin de cacher aux autres les quantités ingérées;

o    sensation de dégoût de soi, de dépression, ou de grande culpabilité après avoir mangé.

o    Etat de détresse important en ce qui concerne l'hyperphagie involontaire.

o    L'hyperphagie survient en moyenne au moins deux fois par semaine sur une période de six mois.

o    Le trouble ne correspond pas aux critères diagnostiques de la boulimie nerveuse et de l'anorexie mentale.

 

 

AUTRES TROUBLES

 

 

Le grignotage ou chaos alimentaire :

Le grignotage est un comportement alimentaire anarchique constitué de prises alimentaires par petites quantités et à intervalles réguliers. Il se produit en dehors des repas et peut s'étendre sur toute la journée. La sensation de faim n'est généralement pas présente. Un aliment spécifique peut être recherché, le plus souvent un produit consommable sans préparation, du genre biscuits, chips, petits snacks, sucreries, ... La personne consomme ses aliments sans utiliser de couverts mais directement avec les doigts, sur place, durant certaines de ses activités (le plus souvent non physiques) telles que lecture, activités scolaires, télévision,... Le grignotage s'effectue bien souvent lorsque la personne se retrouve seule.

La fringale :

La fringale est la réponse comportementale a une sensation impérieuse de faim ; les individus consomment des aliments qu'ils aiment, le plus souvent sucrés et riches en graisse. Elle s'observerait plutôt chez l'adolescente ou la femme adulte, un peu avant ses règles. Notons toutefois que le comportement alimentaire général reste adapté.

On peut différencier deux types de fringales :

  • La fringale boulimique s'apparente à la crise de boulimie mais ne survient que sporadiquement (moins de deux fois par semaine) et présente une intensité réduite.
  • La fringale de sucres (carbohydrate craving) concerne certains individus fébriles et anxieux qui ressentent le besoin impérieux d'avaler de aliments sucrés. La fringale de sucre relèverait d'un mécanisme chimique : le saccharose ingéré provoquerait une augmentation d'un neuromédiateur du cerveau : la sérotonine. Cette fringale peut être rapprochée de la toxicomanie.

Le syndrome d'alimentation nocturne ou night eating syndrome :

 Le sujet se réveille périodiquement au cours de la nuit et ne peut se rendormir qu'après avoir avalé une copieuse collation. Cette prise alimentaire s'effectue dans un demi-sommeil et ne lui laisse que de vagues souvenirs le lendemain.

Les comportements alimentaires qualitativement perturbés :

 Les sujets bannissent certains aliments non pas dans le but de réduire l'apport calorique mais à cause de la signification symbolique que revêt l'aliment, sa valorisation familiale ou individuelle. Ce dégoût électif peut correspondre à un symptôme hystérique ou résulter d'idées sous-jacentes quasi délirantes. C'est ainsi que certains adolescents deviennent brusquement végétariens ou même végétaliens, se privent d'un aliment qu'ils aiment particulièrement ou d'un plat familial électif.

La chocolatomanie :

 " Tu n'es évidemment pas qu'un goût, mais aussi une texture, que tu déclines sur deux modes tout à fait différents, opposés même : d'abord tu croques sous nos dents; puis tu fonds dans nos bouches. Si d'abord tu es dur, c'est sans être hautain, au contraire, tu as la dureté bon enfant du voyou sympathique - mais une fois que nos dents t'ont émietté, tu dévoiles ta douceur maternelle, enveloppante, tu nous caresses et nous consoles; bientôt, ce n'est plus toi qui fonds dans nos bouches, mais nous qui nous laissons glisser dans tes bras; tu nous berces, lentement, comme le faisaient nos mères quand nous étions tout petit enfant et que nous ne parvenions pas à trouver le sommeil. Tu es la berceuse qu'elles chantaient. Tu es la douceur de leurs bras. Tu es leur odeur rassurante. (...) " (de la pièce de théâtre de Philippe Blasband : Les mangeuses de chocolat, 1997).

La chocolatomanie peut, dans certains cas, être considérée comme un trouble alimentaire. En ce qui concerne les amateurs de chocolat, on peut en distinguer deux types : ceux, 8 fois plus nombreux, qui recherchent plutôt le goût du sucre et qui privilégient le chocolat au lait, aux noisettes ou fourré, et ceux qui préfèrent le chocolat noir avec 60 ou 70 % de cacao, parmi lesquels on retrouve les chocolatomanes.

La chocolatomanie est ainsi définie dans des travaux de 1985, effectués par les Drs Favre-Bismuth et Grouzmann, selon les critères suivants :

o     prise exclusive de chocolat noir ( à plus de 50% de cacao );

o     prise de chocolat égale ou supérieure à 100 gr. par jour;

o     choix d'une marque de chocolat particulière.

Cependant, seulement certaines personnes présentent un comportement obsessionnel par rapport à l'ingestion de chocolat, en arrivant à se nourrir presque exclusivement de ce produit. La plupart des chocolatomanes, à la différence des personnes boulimiques, ne souffrent pas particulièrement de leur " dépendance " au chocolat et n'éprouvent pas de sentiments de culpabilité ou de honte. En général, ces personnes ne sont pas obsédées par la hantise de grossir et n'adoptent pas des stratégies de contrôle du poids comme celles employées généralement par les personnes boulimiques (vomissements, emploi de diurétiques ou laxatifs,...). Enfin, si " perte de contrôle " il y a par rapport à l'ingestion de chocolat, celle-ci reste limitée au chocolat et ne concerne pas d'autres produits sucrés.

 

BOULIMIE

 

Cette partie est consacrée à la Boulimie.

 

Ci-dessous la liste des rubriques disponibles :

Origines :

Ces pages vous expliqueront les origines historiques de cette maladie.

Dossier Boulimie :

Une description détaillée de cette maladie.

 

La boulimie : historique

 

 

 

Historique

Les phénomènes boulimiques sont apparus il y a bien longtemps mais toutes les premières descriptions nous montrent qu'il ne s'agissait pas d'une pathologie médicale.

I ) la boulimie chez les Romains

Sous l'Empire Romain en effet, on peut remarquer d'après de nombreux récits historiques que manger puis se faire vomir était un comportement habituel chez les Romains.

On peut illustrer cela par cette définition de SENEQUE : " Ils vomissent pour manger et mangent pour vomir. "

A cette époque, d'immenses banquets étaient préparés quotidiennement et les Romains se livraient ainsi à de véritables orgies alimentaires interrompues par des vomissements provoqués, ce qui leur permettait de continuer leur repas gargantuesque.

Nous pouvons faire la description de ces banquets pour mieux juger de l'importance des repas romains à cette époque.

Chaque banquet comprenait biensur : hors-d'oeuvre
plats de résistance (plusieurs)
desserts
mais si cela peut ne pas nous paraître excessif au premier abord, il faut réaliser que chaque sous-partie du banquet comportait à elle-seule plusieurs plats copieux.

Dans " les plaisirs à Rome ", J.N. ROBERT nous apporte une description détaillée d'un menu de l'époque :

1) hors d'œuvre : coquillages, grives, poule grasse sur asperges, terrines d'huîtres et de
palourdes, becfigues (oiseaux), filet de chevreuil et de sanglier, pâté de
volailles grasses.
2) cène : tétines de truie, hure de sanglier, plat de poissons, canards, sarcelles bouillies,
rôtis de volaille.
3) dessert : crème à la farine, biscuits.

Pour parvenir à finir un repas si copieux, on comprend mieux la nécessité qu'avaient les Romains de se faire vomir.

 

II ) La boulimie perçue progressivement comme une maladie

Nous avons effectivement vu dans la partie précédente que le concept de boulimie est apparu il y a bien longtemps.
Toutefois, à cette époque, la boulimie avait une signification, une définition bien différente d'aujourd'hui.
En effet, la boulimie n'était pas un phénomène médical à l'époque des Romains, et c'est à partir du XVIIIème siècle seulement que le regard sur ce comportement alimentaire changea radicalement puisque les médecins vont démontrer peu à peu qu'il s'agit d'un trouble et donc d'une maladie.

L'évolution des critères diagnostiques de la boulimie encore en cours montre bien qu'il s'agit là d'une entité nosographique nouvelle.
Pourtant, certains auteurs s'attachent à trouver des cas de boulimie dans la littérature médicale des siècles derniers, construisant ainsi " l'histoire de la boulimie ".

STEIN (1988) pense que la boulimie n'est pas en elle-même un concept nouveau mais qu'elle a simplement récemment attiré l'attention en raison de la multiplication actuelle des cas.
Pour STEIN, la boulimie, bien que beaucoup plus rare, existait déjà dans les siècles précédents et il en donne pour preuve les mentions qui y sont faîtes dans la littérature ancienne.
Selon STEIN, l'association accès boulimiques-vomissements apparaît dans beaucoup d'écrits antérieurs au XXème mais il reconnaît qu'avant une période récente, la boulimie était considérée comme un symptôme plus que comme un syndrome à part entière.

 

A) Avant le XIXème siècle :

Avant le XIXème, il est très peu fait mention de la boulimie dans la littérature.

Cependant, STEIN en 1988 nous fait part des plus anciennes références anglaises se trouvant dans le " dictionnaire médical " de QUINCY (1726) et dans le " physical dictionary " de BLANKAART (1708).
Tous deux évoquent, pour définir la boulimie, un appétit excessif, voire extraordinaire, qu'ils mettent en rapport avec un désordre purement gastrique.

Dans le " dictionnaire médical " de JAMES, en 1743, le terme " boulimus " est discuté.
JAMES y fait une description détaillée des symptômes et propose des diagnostics différentiels, des hypothèses étiologiques et principes thérapeutiques.

En ce qui concerne l'étiologie, il se réfère au médecin grec GALIEN qui décrivait " une grande faim " caractérisée par des prises d'aliments à intervalles très courts, rapportée par lui à une pathologie digestive.
GALIEN affirmait que cette " grande faim " s'associait à une pâleur des téguments, une froideur des extrêmités, une sensation de réplétion gastrique et un pouls faible.

JAMES ajoute que la vraie boulimie " boulimus " s'accompagne d'une intense préoccupation de la nourriture.


B) au XIXème siècle :

STEIN (1988) toujours, cite le " dictionnaire d'EDINBURGH " en 1807 qui définit la boulimie comme une affection chronique caractérisée par des évanouissements et/ou des vomissements suivant immédiatement l'absorption d'une énorme quantité de nourriture.

Le " New Dictionary of Medical science " donne déjà la définition suivante du terme " boulimie " : " de bœuf et de faim - (faim de bœuf ) - l'appétit féroce -
Se voit quelques fois dans l'hystérie, et au cours de la grossesse, rarement dans d'autres circonstances. "
On remarque à travers la littérature que dans les travaux américains de la deuxième moitié du XIXème siècle, on ne trouve plus de référence à la boulimie.
En effet, de 1844 à 1944, on ne retrouve pas la moindre mention de cette dernière dans " One Hundred Years of American Psychiatry ".
Il n'en est pas de même dans les travaux européens.
( voir C.COUVREUR : " Sources historiques et perspectives contemporaines.
In : La boulimie - monographies de la Revue Française de Psychanalyse ").

En effet, C. COUVREUR nous fait part, dans son ouvrage, d'une description de la boulimie de P.F. BLACHEZ en 1869 qui précise que la faim persiste même après des repas qui distendent l'estomac, au point que l'alimentation ne peut se poursuivre.
Cet auteur compare ces sujets, après leurs crises, à des " reptiles gorgés d'un énorme repas gobé entier. "
Il parle d'un état de torpeur suivant l'accès boulimique et précise que la nourriture devenait chez ces boulimiques une préoccupation primaire et obsessionnelle.

BLACHEZ faisait donc déjà en 1869 de la boulimie un symptôme particulier si ce n'est un syndrome à part entière.
Selon lui, ces troubles ont alors une cause fonctionnelle qu'il explique comme une forme gastrique de désordre nerveux. (1).
Il tente de définir la boulimie comme un syndrome et propose d'une part un diagnostic différentiel détaillé et d'autre part, une classification différentiant les cynorexia, formes avec vomissements, et les lycorexia, qui correspondraient à un transit intestinal accéléré.
Ces désordres, lorsqu'ils alternent chez la femme avec des symptômes d'anorexie, sont distingués par le terme de fringales.

C. COUVREUR, toujours dans la Monographie de la Revue Française de Psychanalyse, " la boulimie ", évoque une étude sur l'anorexie mentale de W.GULL (1873).
A travers cette étude, comme avec BLACHEZ, on remarque que l'alternance entre des périodes d'anorexie et des périodes de boulimie existait déjà tout comme ce que l'on peut voir à l'heure actuelle puisque GULL nous montre en 1873 que certains patients présentent des épisodes d'appétit extrêmement vorace, qui les fait même renoncer temporairement à leur quête de minceur.

LASEGUE dès 1873, parle d'un " faux appétit impérieux " en rapport d'inversion avec l'anorexie mentale, s'observant chez quelques hystériques victimes d' " une faim imaginaire ". (VENISSE ; AIMEZ et RAVAR).
Les " faux appétits exigeants " sont considérés alors comme expression de l'angoisse. (COUVREUR).

Quant à E. LITTRE et CH. ROBIN (1878), ils définissent la boulimie comme une " anomalie " de la digestion, tout comme le disait déjà GALIEN, à l'époque.
Cette anomalie digestive consiste en une faim excessive, dans un besoin de prendre une quantité d'aliments beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire.

C) A la fin du XIXème siècle :

Pierre JANET, en 1903, fait référence à plusieurs cas de boulimie, dans son ouvrage " Les obsessions et la psychasthénie ", qui ressemblent fortement au syndrome boulimique. (GUILLEMOT et LAXENAIRE).

JANET met sur le même plan la boulimie et les symptômes névrotiques : la perte de la fonction du réel libère l'automatisme psychologique.

1er cas : Nadia

On peut remarquer que cet auteur, dès 1903, a décrit soigneusement et avec un grand intérêt le cas de Nadia, à travers lequel on retrouve bien la présentation du syndrome toujours actuel " anorexie mentale - boulimie - vomissement ".
" En général, Nadia a faim, elle a même très faim… : De temps en temps, elle s'oublie jusqu'à dévorer gloutonnement tout ce qu'elle rencontre…Elle a des remords horribles de cette action mais elle la recommence tout de même. " (3).

On retrouve bien cette notion d'ingestion incontrôlable d'une quantité excessive d'aliments et du sentiment de honte, critères diagnostiques du DSM ( ?).

Nadia a présenté des obsessions qui se sont accentuées à la fin de la puberté et a connu une phase anorexique durant six mois avant de passer à une phase boulimique. (GUILLEMOT et LAXENAIRE).

JANET mentionne également que Nadia a connu des moments dépressifs sévères et rattache ses troubles du comportement alimentaire à l' " hystérie ", définie par lui comme une altération de l'esprit, dans lequel les phénomènes ne sont plus synthétisés.

L'auteur a eu, sans pouvoir en rendre compte théoriquement, la connaissance clinique des rapports entre troubles alimentaires, éprouvés corporels et sentiments dépressifs, d'incomplétude et de faiblesse, à opposer au sentiment exagéré de force de l'anorexie. (1).

2ème cas : une femme de 37 ans

Le deuxième cas relaté par P. JANET est celui d'une jeune femme qui alternait des phases boulimiques avec vomissements et des phases d'anorexie, tout en présentant parallèlement à ces difficultés alimentaires des idées suicidaires avec sentiment d'incapacité, c'est-à-dire un état dépressif majeur.
En étudiant ses antécédents, on remarque qu'elle fait deux épisodes dépressifs mélancoliformes, l'un à 20 ans et le deuxième à 32 ans et que sa mère s'était suicidée un an après sa naissance.

3ème cas : une jeune femme agoraphobe

Avec un troisième cas, JANET nous montre une jeune femme de 22 ans, agoraphobe, manifestant des accès boulimiques en situation de stress.

4ème cas : un jeune homme de 17 ans

Puis, JANET nous présente un 4ème cas, celui d'un jeune homme de 17 ans qui manifestait non seulement des accès boulimiques avec vomissements suivant immédiatement ces accès mais également un état dépressif majeur au sens du DSM III , considéré par JANET comme une " neurasthénie ".
En effet, ce garçon ressentait une grande fatigue chronique. (POPE, 1985).


A travers ces quatre cas présentés par JANET, on remarque bien l'existence d'accès boulimiques au XIXème siècle déjà.
Le premier cas, celui de Nadia, manifeste une symptomatologie typique de la boulimie, avec entre autre une crainte phobique de grossir se rapprochant du critère E du DSM III.

L'intérêt des descriptions de Janet réside en ce qu'elles confirment l'association entre boulimie et troubles thymiques, ou boulimie et troubles anxieux.

Un peu plus tard, en 1908, JANET décrit l'alternance chez l'anorexique de phases de restriction et de crises de boulimie suivies de remords.

FREUD, en 1925, qualifie la boulimie de défense hystérique (4), et parle du vomissement comme une défense hystérique contre l'alimentation. (2).
Il cite, dès 1895, les " accès de fringale " souvent accompagnés de vertige, parmi les symptômes de la névrose d'angoisse qu'il sépare de la neurasthénie. (3 et 5).

ABRAHAM, dès 1924, parle de convoitise orale accrue. (2).

On peut également ajouter que K. ABRAHAM (1925), ainsi que Thérèse BENEDECK en 1936, rangent la boulimie parmi les " perversions orales " de caractère impulsif.

La voie est ainsi ouverte au glissement de la boulimie vers les toxicomanies, ce qui amènera FENICHEL, en 1945, à définir la boulimie comme une " toxicomanie sans drogue ". (5).

Nous pouvons donc conclure que durant cette période, les approches conceptuelles de la boulimie sont nombreuses mais celle-ci n'est encore perçue et définie que comme symptôme.


D) moitié du XXème siècle, vers une autonomisation du syndrome boulimique :

En 1932, WULFF décrit un syndrome particulier caractérisé par l'alternance de périodes d'acétisme et de voracité insatiable.
Il fait donc déjà implicitement le lien entre anorexie et boulimie.

Mais il faudra attendre néanmoins les années 60 pour que d'autres psychiatres reconnaissent enfin explicitement ce lien en ne faisant de la boulimie qu'un épiphénomène de l'anorexie mentale.

En 1959, STUNKARD, quant à lui, rapproche la boulimie de l'obésité en proposant une classification de l'obésité en fonction du type de comportement alimentaire des sujets.
Il décrit ainsi 3 sous-groupes dont l'un est caractérisé en effet par l'aspect orgiaque de l'alimentation et par la répétition des accès boulimiques. (1).
Cependant, on s'aperçoit que le troisième sous-groupe d'obèses décrit par STUNKARD ne peut coincider avec les boulimiques actuels car celles-ci sont effectivement minces ou du moins non-obèses généralement.
Déjà en 1955, STUNKARD décrivait ce qu'il a appelé le " night-eating syndrome ".
Il s'agit d'obèses se levant la nuit pour manger de manière impulsive, compulsive, mais au réveil, ils sont incapables de rien avaler. (AIMEZ et RAVAR).

KORNHABER, en 1970, parle quant à lui d'un " stuffing syndrome ", (c'est à dire d'un syndrome de bourrage ou de gavage), chez des personnes obèses déprimées, seules et stressées.

On peut ainsi conclure que si la boulimie est depuis longtemps citée dans la littérature, ce n'est que très progressivement que la boulimie en tant que syndrome et entité autonome parviendra à se dégager de l'anorexie mais également de la boulimie.
Et ce n'est effectivement qu'à la fin des années 70 et grâce entre autres aux travaux, en France, de BRUSSET (1977) et de IGOIN (1979) que la boulimie s'individualise en entité clinique autonome.

H. BRUCH, dès 1973, attire l'attention sur une catégorie de sujets qu'elle qualifie de thin-fat people (autrement dit des sujets " minces-gras "), anciens obèses qui ont récupéré un poids normal à force de privation et de régimes mais chez qui l'image du corps est restée inchangée puisqu'ils se perçoivent toujours, psychologiquement et affectivement comme des obèses. (AIMEZ et RAVAR).
Cette auteur rapporte donc la possibilité de survenue de prises alimentaires compulsives chez ces sujets normo-pondéraux qualifiés de " gros-maigres ".

Et c'est en 1975 que l'on découvre enfin, grâce à RAU et GREEN, la description " conduite boulimique impulsive " sans référence à l'obésité ni à l'anorexie. ( 1).

Cependant, si l'on croit être alors arrivé à l'autonomisation du syndrome boulimique, on réalise qu'il n'en est rien encore puisque l'on peut découvrir, toujours en 1975, dans le manuel alphabétique de Psychiatrie de POROT, qu'il est nulle part fait mention de la boulimie.
Ce sera seulement en 1984 que l'on trouvera enfin la boulimie décrite comme " un besoin pathologique d'absorber de grandes quantités de nourriture avec le plus souvent sensation de faim ".

Un an plus tard, en 1976, BOSKING- LODHAL puis en 1977, BOSKING-LODHAL et SIRLIN, parlent d'un syndrome dominé par les épisodes de suralimentation qu'ils dénomment alors " boulimarexie ". (1).

Puis PALMER, en 1979, décrit l'existence d'un " syndrome de chaos alimentaire ", un trouble du comportement alimentaire caractérisé par les accès de boulimie. (1).

C'est donc bien de l'ensemble de ces travaux que la boulimie trouve son indépendance et sa place en tant que syndrome à part entière, détachée de l'obésité et de l'anorexie.
En retraçant l'historique de la boulimie à travers les siècles, on remarque que si la boulimie existe effectivement depuis fort longtemps, ces définitions anciennes sont bien différentes du syndrome boulimique actuel.
.
" D'une part, nous avons vu dans une partie précédente les descriptions des repas orgiaques chez les Romains puis la boulimie à la fin du Moyen-âge chez les Saintes. Cependant, la boulimie est bien loin d'être perçue comme pathologique sous l'Empire Romain puisqu'il s'agissait d'un schéma d'alimentation normal de l'époque.

" Puis d'autre part, si on retrouve la boulimie dans la littérature médicale dès le XVIIIème siècle, elle n'est cependant pas encore considérée comme syndrome à part entière mais comme un symptôme lié à différents tableaux psychopathologiques.
Celle-ci est en effet associée à l'anorexie, à l'obésité, à la voracité, à la toxicité, à la mélancolie, à la dépression.

On peut voir apparaître déjà à l'époque de JANET l'idée d'une association boulimie-dépression ou tout au moins boulimie troubles de l'humeur que l'on essaiera dans une prochaine partie d'approfondir.

III ) Définitions actuelles de la boulimie

Nous pouvons d'abord débuter par une définition de la boulimie apportée par VINDREAU, HARDY et PALMER en 1987 :

" L'accès boulimique consiste en une ingestion rapide et incontrôlable d'une quantité excessive d'aliments. "

Il s'agit d'une impulsion incoercible selon les auteurs et malgré le sentiment de honte et de dégoût ressenti par le sujet, rien ne peut arrêter la crise boulimique une fois débutée.

Nous avons vu précédemment que la boulimie est un concept ancien, puisque nous avons retracé l'évolution de ce concept à travers l'histoire.

Nous avons également vu que la boulimie s'individualise petit à petit en entité clinique autonome à la fin des années 70 avec BRUSSET et IGOIN, et c'est en 1979 que l'on commence effectivement à formuler des critères diagnostiques du syndrome boulimique. (VENISSE 2).

La première définition de la boulimie en tant qu'entité clinique autonome date donc de 1979 et fut proposée par RUSSEL, avec 3 caractères cliniques fondamentaux de la bulimia nervosa. (voir les critères de RUSSEL dans les annexes).
Il rajoute le critère D en 1983.

Puis viennent les définitions du DSM III en 1980 et du DSM III R en 1987.

Actuellement, ce sont les critères diagnostiques du DSM IV (1993) qui permettent de repérer le syndrome boulimique chez les patients, et il est nécessaire de retrouver chacun d'entre eux chez un même individu pour que l'on puisse parler de boulimie.
(voir annexes).

Nous pouvons comparer les différentes définitions qui ont évolué avec le temps.

 

A) Critères diagnostiques du DSM III :

On trouve le terme de boulimie dans la partie du DSM III intitulée " troubles de la 1ère et de la 2ème enfance. ".
et pour effectivement diagnostiquer ce trouble alimentaire, 5 critères sont nécessaires. (voir annexes).
Les facteurs émotionnels associés aux crises de boulimie sont soulignés avec les critères C et D (tristesse de l'humeur et auto-dépréciation après les accès boulimiques).
Les crises de boulimie ne sont pas dues à une anorexie mentale (critère E), ce qui change par rapport aux définitions antérieures.

 

B) Critères diagnostiques du DSM III R (7) :

On retrouve, dans le DSM III R, le terme de boulimie dans la partie intitulée " troubles de la 1ère et de la 2ème enfance ou de l'adolescence ", et la présence, toujours de 5 critères, est nécessaire pour diagnostiquer la boulimie.
Le DSM III R reprend le terme de bulimia nervosa que RUSSEL avait employé en 1979.
Il simplifie la définition des crises par rapport au DSM III.
Seul le critère A demeure inchangé ( excepté en ce qui concerne la précision du temps durant lequel les crises doivent se dérouler. Il n'est plus fait mention de cela).

On peut remarquer un fait important : l'introduction nouvelle dans le DSM III R des critères de fréquence et de persistance des crises pour pouvoir parler de boulimie. (critère D).
" Au moins 2 épisodes boulimiques par semaine en moyenne pendant au moins 3 mois ".

Le DSM III R n'exige plus la présence d'au moins 3 manifestations parmi les 5 du DSM III (critère B du DSM III), ni la présence d'une humeur dépressive et des épisodes d'auto-dépréciation après les accès boulimiques ( critère D du DSM III ).
Cependant, nous retrouvons tout de même ces critères, dans le DSM III R, comme des caractéristiques fréquemment associées.

Alors que le DSM III insiste bien sur la fait que les épisodes boulimiques ne sont pas dus à une anorexie mentale (critère E), nous pouvons voir que le DSM III R, quant à lui, réintroduit l'association entre boulimie et anorexie mentale avec la reprise du concept de RUSSEL de " bulimia nervosa ".

 

C) Critères diagnostiques du DSM IV (1993) (8) :

Les critères diagnostiques du DSM IV sont toujours au nombre de 5.
Ils restent pour la majorité d'entre eux inchangés.
Cependant, la notion de temps se trouve de nouveau précisée (comme dans le critère A du DSM III ) puisque dans le critère A, nous découvrons que pour parler de boulimie, les prises alimentaires doivent se dérouler dans un temps court, inférieur à 2 heures.

On observe également la notion de jugement qui devient nécessaire pour porter le diagnostic de boulimie (critère D) :
" le jugement porté sur soi-même est indûment influencé par la forme et le poids du corps ".

Puis le critère E réaffirme, contrairement au DSM III R, la non-association avec l'anorexie mentale en indiquant que " le trouble ne survient pas au cours d'une anorexie mentale ".

Nous pouvons tout de même, malgré ces nombreuses divergences, retrouver des points communs dans la définition de la boulimie qui évolue avec le temps :
" Il en effet toujours question d'épisodes récurrents d'hyperphagie incontrôlée et donc d'une perte de contrôle.
" Les crises se déroulent toujours dans un temps court.
" Les stragégies visant à éviter les prises de poids sont également toujours mentionnées aussi bien dans le DSM III que dans le DSM III R ou le DSM IV.


Nous pouvons donc conclure que si actuellement la boulimie est effectivement reconnue et considérée comme une entité clinique autonome, comme un syndrome à part entière, on remarque toutefois que les définitions la concernant varient énormément d'un auteur à l'autre et qu'elles ne sont donc pas encore définitives.
C'est pourquoi il serait intéressant de se poser la question de l'association de la boulimie avec la dépression.
En effet, toute question reste ouverte puisque nous venons de voir que les critères diagnostiques de la boulimie eux-mêmes fluctuent et ne doivent donc pas être considérés comme source de vérité absolue.
Et n'oublions pas ce que nous avons mis en avant dans la partie précédente avec les travaux de JANET, c'est-à-dire la présence de symptômes dépressifs chez les patients boulimiques, non seulement au moment même de leur trouble alimentaire mais également dans leur passé.

Dans une prochaine partie, nous essaierons de déterminer une des causes communes, un facteur commun pouvant expliquer l'apparition de tels troubles.
La dépression peut entraîner la boulimie mais pas dans tous les cas, donc nous rechercherons ce qui amène le sujet ayant un vécu dépressif à manifester des troubles du comportement.
Nous pouvons d'emblée affirmer que la boulimie est multi-factorielle.

 


IV ) Les accès boulimiques


Nous pouvons tout d'abord donner une définition générale de l'accès boulimique.

Il consiste en une ingestion rapide et incontrôlable d'une quantité excessive d'aliments.
Le sujet se trouve dans l'incapacité d'empêcher cette impulsion de survenir et l'impossibilité également de la stopper une fois déclenchée.
Toutefois, la patiente peut recourir à des stratégies de lutte contre cette impulsion incoercible comme par exemple éviter les lieux où la nourriture est abondante, vider l'appartement de toute nourriture, s'occuper au maximum pour ne plus avoir de moments de libre et ainsi éviter de penser à manger…

 

A) Les circonstances de l'accès :

Les lieux où l'accès survient sont variables.

Dans les 1ers temps de la maladie, les sujets choisissent des lieux où leurs accès peuvent rester secrets et ignorés de leur entourage, et lorsque les crises ont lieu au domicile familial, elles se déroulent alors dans la solitude, à l'abri des regards (quitte à continuer parfois à effectuer des repas " normaux " avec la famille).
Parfois, les impulsions sont ressenties en dehors du domicile, voire même dans la rue, et comme nous l'avons dit, ces impulsions étant incontrôlables, les patients succombent alors dans la rue et peuvent aller de pâtisseries en pâtisseries pour dévorer cette nourriture aussitôt obtenue.

Ainsi, nous pouvons voir fréquemment ces sujets mener une " double vie alimentaire ", l'une tout à fait conventionnelle en apparence puisque personne ne devine les difficultés qui les touchent, l'autre qualifiée de boulimique où les sujets s'adonnent à ses pulsions alimentaires sans restriction.

Les patientes gardent le secret de la maladie car celle-ci est connotée de honte : elles la vivent comme une anomalie à cacher et un signe de déchéance à la fois physique et psychique n'ayant plus la volonté d'interrompre ces crises.

Puis dans un 2ème temps, la patiente ne se soucie plus du regard des autres.
En effet, souvent après des années d'évolution de la maladie, celle-ci non seulement se gave devant les membres de sa famille mais vomit également.

Souvent, ces crises sont spontanées, imprévisibles (rappelons le caractère impulsif de ces accès) et la patiente interrompt aussi bien ses activités pour assouvir immédiatement son besoin compulsionnel de nourriture.

Toutefois, les crises ne se manifestent pas toujours de la même manière puisque nous pouvons parfois remarquer que celles-ci sont au contraire totalement programmées et surviennent à horaire fixe. La patient achète donc et stocke sa nourriture à l'avance, programmant ainsi sa boulimie pour s'y livrer plus tard.


B) les accès eux-mêmes :

D'après le caractère assez stéréotypé des accès aussi bien d'une patiente à l'autre mais également chez une même patiente, nous pouvons donner une description assez précise des crises.

a) La pré-crise
La patiente se sent envahie d'un sentiment indéfinissable, d'une excitation, d'une tension, d'une angoisse et d'une frénésie à manger.
Toutes ces émotions naissent de circonstances répétitives chez la patiente, c'est-à-dire d'un vécu de solitude ou d'abandon (nous y reviendrons plus tard), d'une prise de nourriture normale ou grignotage, d'une ingestion d'alcool ou bien encore d'un sentiment de faim.

Parfois, le sujet essaie de lutter contre son besoin compulsif de nourriture mais en vain la plupart du temps.
Ce qui nous amène à décrire la crise en elle-même.

b) La crise

Au cours de la crise, nous découvrons une façon particulière de s'alimenter que l'on peut qualifier de " sauvage ". (8).
En effet, il s'agit d'une ingestion gloutonne d'une grande quantité de nourriture et le plus souvent sans mastication, pouvant parfois provoquer des étouffements.
Ingestion dite sauvage car les aliments sont saisis à même les mains, mangés à même les boîtes de conserve ou crus ou encore récupérés dans les poubelles.
Ce qui nous fait dire qu'il ne s'agit pas là d'un plaisir orgiaque comme on pouvait le constater chez les Romains mais bien au contraire, la crise est vécue dans un état second, une fébrilité où la notion de plaisir est absente.

En ce qui concerne la qualité des aliments, la patiente choisit la plupart du temps des sucres rapides et des lipides, c'est-à-dire des aliments défendus, susceptibles de faire grossir.
Parfois néanmoins, la patiente mange tout ce qui lui tombe sous la main, aussi bien des aliments non préparés que des aliments congelés.

Puis, en ce qui concerne maintenant la quantité, celle-ci est très importante dans la majorité des cas, représentant plusieurs milliers de calories par calories par repas et pouvant entraîner des complications physiques telles que ruptures oesophagiennes ou gastriques, ischémies…

c) La fin de la crise
Après un temps que l'on peut estimer de 2 heures à 8 heures arrive enfin la fin de la crise.
Un sentiment de réplétion ou une douleur excessive, un vécu de dépersonnalisation ou bien encore l'arrivée inattendue d'un tiers, un rendez-vous, peuvent interrompre l'accès boulimique et peuvent ainsi déterminer la fin de la crise.
Cependant, la patiente peut parfois se faire vomir afin de continuer une nouvelle ingestion.

c) La post-crise
La crise est souvent suivie de vomissements et d'une période de bien-être, d'amnésie, d'assoupissement.
puis arrivent les remords, la culpabilité et un sentiment de honte, alors seulement ensuite peut débuter la résolution que les crises ne se reproduiront plus.

V ) Dépression et lien avec la boulimie


A) La dépression :

Nous pouvons d'abord débuter par une définition générale de la dépression.

a) Définition générale de l'humeur dépressive

Les principaux traits caractérisant la dépression sont l'ennui, la tristesse, l'insatisfaction, l'irritabilité, la monotonie, le pessimisme, l'incapacité de voir l'avenir de manière " heureuse ".
La tristesse du déprimé peut s'exprimer par des crises de larmes, une attitude prostrée, une voix monocorde voire par des cris ou des gémissements…
Parfois, les plaintes sont modérées et la tristesse est cachée par un sourire.
Ses idées noires et son auto-dépréciation définissent la douleur morale.

 

b) Différenciation entre humeur dépressive et tristesse " normale "

La tristesse est considérée comme normale en cas de perte d'un être cher par exemple, contrairement à la tristesse survenant au cours d'une dépression qui est présente toute la journée.
Le sujet est en effet insensible aux sollicitations agréables et ajoutons que cet état de tristesse occasionne une souffrance pouvant avoir des retentissements dans le domaine professionnel ou social.

 

c) modes d'évaluation de cette humeur dépressive

L'humeur dépressive peut être plus ou moins intense avec un découragement, des pensées cafardeuses, une influence des circonstances extérieures ou avec un désespoir, des ruminations associées à un sentiment de culpabilité et d'une baisse d'estime de soi.

Ces états affectifs peuvent être évalués suivant leur sévérité :
En effet, l'état est parfois signalé que si l'on interroge le sujet.
La tristesse se trouve parfois signalée par le sujet lui-même ou bien encore signalée par son attitude, ses larmes ou son visage.
Et enfin, le patient n'arrive à dévoiler sa détresse que dans ses communications spontanées orales ou non.

Nous pouvons maintenant présenter les différents modes d'évaluation que possède le thérapeute pour diagnostiquer la dépression chez un patient.
Le thérapeute peut observer son patient et évaluer son état en rapport avec les critères de la dépression du DSM IV ou bien encore avoir recours à des tests psychologiques tels que le BDI ( BECK Depression Inventory ) que le sujet remplira le plus honnêtement possible.

 

d) DSM IV : le diagnostic et les symptômes de la dépression

Le diagnostic est seulement clinique et les psychiatres se basent sur une classification internationale comme le DSM IV pour parler de la dépression.
Les critères diagnostiques sont au nombre de 9 et la présence d'au moins 5 de ces symptômes pendant au moins 15 jours est nécessaire pour poser ce diagnostic. (annexes).

La sémiologie d'un épisode dépressif majeur associe donc de manière durable au moins 5 de ces symptômes :

  1. humeur dépressive presque toute la journée : L'état affectif marqué par la tristesse, l'ennui, la monotonie, l'émoussement affectif, l'insatisfaction, le pessimisme, l'irritabilité, l'incapacité à se projeter dans l'avenir.
  2. perte d'intérêt ou de plaisir pour presque toutes les activités (anhédonie).
  3. perte de poids en l'absence d'un régime ou diminution de l'appétit tous les jours (ou gain de poids et augmentation de l'appétit).
  4. insomnie ou hypersomnie plus rarement.
  5. agitation psychomotrice ou plus souvent ralentissement (le ralentissement perturbe la démarche, la mimique, le débit verbal).
  6. perte d'énergie ou fatigue (le patient a du mal à accomplir les gestes de la vie quotidienne).
  7. sentiments de dévalorisation, de culpabilité, d'auto-accusation.
  8. diminution de la capacité de penser, de se concentrer ou de prendre des décisions.
  9. idées de suicide ou pensées récurrentes de mort.

On peut ajouter qu'au moins un de ces symptômes est soit une humeur dépressive, soit une perte d'intérêt ou de plaisir.


B) Lien entre boulimie et dépression.

Nous avons dans les chapitres précédents défini le concept de boulimie et comme nous l'avons démontré, nous le retrouvons déjà, dans l'historique de la boulimie, souvent associé à des troubles de l'humeur et plus précisément à la dépression.
En effet, les travaux de JANET, dès 1903, faisaient le lien implicite de la boulimie et de la dépression puisqu'à travers les descriptions de nombreux cas de patients boulimiques, l'association avec les troubles de l'humeur de ce type était souvent mentionnée.

 

Ce texte est issu d'un travail universitaire de M. Giraud à Reims.

  
 
Etude  

LA BOULIMIE, OU QUAND LA FAIM N'A PLUS DE FIN
 

 

Introduction

De nos jours, les troubles de l'alimentation sont extrêmement fréquents, principalement en raison des standards de minceur imposés par les médias. Ainsi, la boulimie, le déséquilibre alimentaire le plus courant, fait de plus en plus de victimes, particulièrement chez les femmes, engendrant de multiples séquelles autant physiques que psychologiques. Heureusement, aujourd'hui, les personnes souffrant de boulimie peuvent être traitées adéquatement, et bénéficier de l'oreille attentive de différents intervenants.

Depuis une cinquantaine d'années, le corps humain et l'apparence extérieure occupent une place prépondérante dans l'esprit des individus, particulièrement chez les adolescentes et les jeunes femmes adultes. Or si, il y a quelque temps, un corps dodu et rondelet était synonyme de santé et de sérénité, il n'en est plus rien aujourd'hui.

En effet, nous assistons actuellement à un véritable culte pour les mannequins brindilles aux corps longilignes et aux courbes pratiquement inexistantes. Et puisque réussite professionnelle, estime de soi et bonheur sont pour plusieurs étroitement liés avec apparence physique, la minceur est de mise. Conséquemment, les troubles de l'alimentation répertoriés de nos jours sont variés et nombreux, et ils affectent de plus en plus d'individus.

Parmi ces problèmes alimentaires, on retrouve la boulimie, la forme la plus fréquente de désordres de l'alimentation(1).

 

Moi, boulimique?

Vous êtes-vous déjà demandé si vous aviez un penchant pour la boulimie? Pour trouver réponse à cette question, répondez franchement à ce court questionnaire (tiré de de Castilla et Bastin, 1988, p.13) :

1. Mangez-vous à n'importe quel moment, de jour comme de nuit, et de préférence en cachette, des quantités considérables de nourriture, et ceci sans avoir faim et en arrivant très difficilement à vous arrêter ?

2. Mangez-vous beaucoup de chocolats, de gâteaux, de sucreries lorsque vous êtes seul, angoissé, mal dans votre peau ?

3. Vous arrive-t-il de manger même des choses que vous n'aimez pas [...] lorsque vous avez des coups de cafard ?

4. Après les crises, vous sentez-vous désespéré, dévalorisé, plein de honte, en vous promettant de ne plus recommencer [...] ?

5. Vous faites-vous vomir après les crises : une fois, plusieurs fois par jour ?

6. Prenez-vous des laxatifs ou des diurétiques, et faites-vous sans succès des régimes draconiens, vous mettez-vous à la diète pour compenser les périodes où vous estimez avoir trop mangé ?

7. Êtes-vous obsédé à la fois par la nourriture et par votre poids ?

8. Dépensez-vous l'essentiel de votre argent pour votre alimentation ?

Si vous avez répondu oui à au moins trois questions, vous présentez certains symptômes boulimiques, ou encore vous êtes doté d'un appétit exceptionnel...

 

Il y a plusieurs années, la boulimie n'était pas considérée comme une maladie, mais comme une simple forme de gourmandise. Ce n'est que depuis les années 1970 que ce trouble est considéré comme une entité clinique. Cette maladie a d'ailleurs trouvé sa place dans le domaine médical tout d'abord sous l'angle de l'obésité. En effet, le poids anormal était le signal d'alarme, ce qui poussait la personne à se faire traiter. Encore aujourd'hui, l'excès de poids constitue le facteur provoquant le malade à aller consulter.

Mais en quoi consiste vraiment cette maladie encore largement méconnue? Comme le rapporte le docteur Luc Morin, la boulimie est cette envie très forte qu'éprouvent certaines personnes d'ingérer d'énormes quantités de nourriture, et ensuite de se faire vomir ou encore d'utiliser certains laxatifs pour extraire toutes ces calories de leur organisme.

L'envie très forte, répétitive, souvent irrésistible de manger excessivement ou de se goinfrer de nourritures les plus diverses, suivie de vomissements, de l'emploi de laxatifs ou de diurétiques(2), caractérisent le syndrome boulimique. (Morin, [s. d.])

Plusieurs boulimiques présentent également des comportements anorexiques. En effet, cette maladie, l'anorexie nerveuse, est caractérisée par une perte de poids importante à la suite d'une sous-alimentation. La personne anorexique, soumise à une peur constante de grossir, n'hésitera pas à se priver de nourriture jusqu'à atteindre l'état cadavérique, se considérant d'ailleurs encore trop « rondelette ».

Par ailleurs, ce comportement de jeûne intense se manifeste aussi chez un très grand nombre de boulimiques. Honteuses d'avoir cédé à une rage de nourriture, ces personnes s'infligeront un régime draconien de pain sec et d'eau durant des semaines, voire des mois. Ces deux désordres alimentaires sont donc très souvent associés, et considérés comme une seule maladie par un grand nombre de spécialistes des troubles de l'alimentation.

 

Les femmes, principales victimes

Des études ont révélé que les personnes atteintes de boulimie étaient principalement des femmes. De fait, pour neuf personnes boulimiques de sexe féminin, on ne dénombre qu'un seul homme(3). Ces chiffres sont très compréhensibles du fait que les femmes, soumises quotidiennement aux normes de la beauté, donc de la minceur, mettent tout en oeuvre pour ressembler aux mannequins brindilles. Au contraire, la société est beaucoup plus clémente envers les hommes chez qui un léger embonpoint est mieux toléré.

Par ailleurs, si certaines études ont estimé à environ 29 ans l'âge d'apparition de la boulimie, d'autres recherches mentionnent que l'âge de survenue se situe au début de l'adolescence. Par contre, les chercheurs s'accordent sur un point : c'est dans le groupe des filles de 18-20 ans que l'on retrouve le plus grand nombre de personnes boulimiques. Plusieurs de ces jeunes femmes auraient présenté un trouble mineur de l'alimentation durant leur puberté. Parce qu'il n'aurait pas été traité, ce problème referait surface quelques années plus tard, engendrant des conséquences beaucoup plus graves.

Les jeunes filles sportives, entre autres les danseuses de ballet, présenteraient elles aussi assez fréquemment un comportement boulimique. Effectivement, ces personnes doivent arborer un corps sans rondeur aucune, sans poitrine et avec des hanches quasi invisibles. Devant alors se priver constamment de nourriture, elles tombent très souvent dans le piège de la boulimie, ruinant alors toute chance de carrière. Un phénomène similaire peut être observé dans les domaines où le corps humain est soumis au jugement de la société, comme le rapporte Sanchez-Cardenas (1990, p. 22) :

Les groupes socio-professionnels où le corps et son exposition au regard des autres sont primordiaux semblent particulièrement concernés par les troubles des conduites alimentaires : danseuses, mannequins, voire majorettes.

Les symptômes boulimiques se retrouveraient en outre plus fréquemment chez les femmes provenant de groupes de niveau socio-économique élevé, lesquelles se doivent de faire preuve de maîtrise personnelle constante.

Enfin, contrairement à la croyance populaire, la plupart des boulimiques ne souffrent pas d'obésité. De fait, ces gens tentent constamment d'éliminer les excès de calories de diverses façons : vomissements, laxatifs, diurétiques, coupe-faim, etc. Par ces méthodes, les boulimiques réussissent à maintenir un poids se situant dans la moyenne.

 

 

Pourquoi moi?

Les personnes les plus susceptibles de devenir un jour boulimiques sont très souvent des êtres fragiles et dépressifs, et ne démontrant aucune confiance en eux. Habituellement, un élément affectant grandement le patient sera la cause de l'apparition de la boulimie. En effet, la personne boulimique peut avoir été ébranlée par un deuil, une peine d'amour, une rupture, un échec, ou par toute autre circonstance inhabituelle. Ainsi, la nourriture devient un moyen de surmonter les épreuves, tandis que les vomissements permettent d'annuler les effets caloriques d'une trop grande ingestion d'aliments.

Par ailleurs, la boulimie peut aussi avoir été causée par certains facteurs sociaux et culturels. De fait, dans notre société occidentale, l'obésité et le surpoids sont très mal vus, particulièrement chez les personnes de sexe féminin. Les études ont d'ailleurs démontré qu'une femme mince est jugée plus féminine, tandis qu'une autre dotée d'un appétit quelque peu supérieur à la normale est davantage considérée comme masculine.

La recherche de la minceur devient donc pour la femme un moyen de s'exprimer, de forger son identité. Puisque le poids imposé par les mannequins et autres promoteurs des corps longilignes est largement inférieur au poids santé, les vomissements, laxatifs et autres trucs de ce genre deviennent les moyens les plus efficaces pour maintenir le poids « idéal ». La personne affectée tombe alors dans le cercle vicieux des troubles alimentaires : perte de poids sensation de faim intense  comportements boulimiques vomissements perte de poids, et ainsi de suite. Une fois l'engrenage déclenché, il devient très difficile de surmonter ces troubles(4).

Toutefois, la publicité et les magazines exhibant des femmes rachitiques ne sont pas les seuls responsables de l'apparition de certains désordres alimentaires. En effet, depuis quelque temps, notre relation avec la nourriture et avec les repas s'est totalement transformée. Autrefois, l'heure des repas était sacrée : ces instants, particulièrement pour ce qui est du souper, constituaient des moments intimes où on en profitait pour se réunir et raconter sa journée. Aujourd'hui, les repas sont davantage consommés solitairement, et beaucoup plus rapidement. Nous sommes présentement dans l'ère du « fast food », des repas très caloriques avalés sur le pouce.

Par ailleurs, l'acte de manger n'est plus quelque chose que l'on fait avec plaisir en savourant bien chaque bouchée, mais plutôt en songeant à toutes ces calories qui devront être éliminées lors de la prochaine séance de gymnastique, comme le rapporte Sanchez-Cardenas (1990, p. 52) :

Le « bon repas » hypercalorique ne se vit plus désormais dans l'euphorie. Au contraire, chaque bouchée est avalée avec le sentiment coupable d'enfourner un quantum de calories supplémentaires, avec en tête la perspective des mesures diététiques qu'il faudra adopter pour en annuler les effets sur le poids.

 

Des conséquences lourdes à porter

Les personnes boulimiques, en mangeant compulsivement et ensuite en rejetant toute cette nourriture, causent, souvent inconsciemment, plusieurs dommages à leur organisme. Dans des cas extrêmes, cette maladie peut s'avérer fatale si non diagnostiquée assez rapidement.

D'une part, maints troubles physiques sont liés aux excès de nourriture : dilatation aigüe de l'estomac, pouvant aller jusqu'à une rupture gastrique en raison des trop grandes quantités de nourriture consommée, irrégularités dans les menstruations, déséquilibres des fluides corporels.

D'autre part, les vomissements sont eux aussi la cause de multiples désordres somatiques. De fait, ils peuvent occasionner une inflammation ou une perforation de l'oesophage, un gonflement des glandes salivaires situées à proximité des joues, une destruction partielle de l'émail des dents, ou encore une irritation de la gorge. Dans les situations les plus alarmantes, ces purges peuvent provoquer une défaillance cardiaque en raison de la perte trop élevée de minéraux.

Toutefois, les conséquences de la boulimie ne se limitent pas aux problèmes sur le plan physiologique. Dans la plupart des cas, les personnes souffrant de boulimie seront affectées de troubles psychologiques variés, qu'ils traîneront avec eux, même une fois la maladie détectée et traitée. Effectivement, les personnes boulimiques présenteront très souvent des problèmes de concentration et de jugement, ainsi qu'une diminution de leur vivacité d'esprit.

Du point de vue psychique, ces individus souffriront de plusieurs dérèglements, tels qu'irritabilité, fatigue, dépression, anxiétés de toutes sortes : « Les troubles psychiatriques sont fréquents et s'étendent sur un très large registre : dépressions [...], anxiétés, attaques de panique, phobies, [...], hypochondrie, symptômes obsessionnels et compulsifs. » (Chabrol, 1991, p. 66) Dans les cas où la boulimie n'est pas traitée, la personne, totalement isolée, pourrait aussi démontrer certaines tendances suicidaires.

Enfin, la vie sociale de la victime s'en trouve elle aussi grandement amoindrie, puisque la personne préfère s'isoler plutôt que d'avoir à affronter tous ces regards interrogateurs et incompréhensifs.

 

Des ressources vers une saine alimentation

Malgré tout, la bataille n'est pas perdue : si la boulimie peut causer de véritables ravages sur l'organisme d'une personne, cette maladie peut aussi être soignée. Mais attention : la patience est de mise, et la lutte se révélera longue et ardue(5)...

La première étape du traitement de la boulimie est celle du bilan clinique, celle où le médecin et le malade se rencontrent, discutent de la maladie, de ses causes, etc. Évidemment, la personne boulimique doit faire preuve d'une très grande collaboration, sans quoi le traitement est assurément voué à l'échec.

En second lieu, le spécialiste procédera à l'examen psychologique de l'individu, pour s'assurer que ce dernier ne présente aucun des symptômes exposés précédemment. Enfin, selon les résultats des examens mentionnés, le praticien prescrira au besoin certains médicaments, un suivi par un diététiste, ou encore de l'aide psychologique.

Les médicaments sont très souvent recommandés au tout début du traitement, surtout pour aider le malade à assouvir ses besoins en nourriture. En fait, il s'agit en quelque sorte d'un sevrage pouvant s'avérer très pénible. Les remèdes sont donc utilisés pour rendre la chose un peu moins éprouvante. Par contre, la prise de diverses substances ne sera prescrite que sur une très courte période de temps, puisqu'on a démontré qu'elles entraînaient de multiples effets secondaires. Aussi, la personne boulimique doit apprendre à vivre normalement sans recourir constamment à ces produits pharmaceutiques.

Par ailleurs, un diététiste peut prendre en charge une personne boulimique pour l'aider à mettre sur pied un régime suivant les normes de l'alimentation. On tentera alors de réduire le nombre total de calories contenues dans les repas, tout en respectant les apports de vitamines et de minéraux. Toutefois, le spécialiste veillera à personnaliser le régime selon le patient, car un menu trop sévère serait rapidement abandonné, ou encore la personne aurait tendance à l'entrecouper d'orgies de nourriture.

Le malade peut enfin recourir, s'il le désire, aux différentes thérapies offertes pour venir en aide aux gens souffrant de divers troubles de l'alimentation. Certaines rencontres se déroulent individuellement, tandis que d'autres ont été conçues pour recevoir le malade accompagné de ses proches. Certaines thérapies regroupent en outre plusieurs individus affectés par divers problèmes alimentaires et ayant décidé de se réunir pour partager leurs expériences respectives.

Dans cette dernière catégorie, on retrouve les Outremangeurs anonymes de Sherbrooke, un groupe ayant pignon sur rue dans l'ouest de la ville et visant à venir en aide à tous les habitants de la région souffrant de désordres alimentaires.

Membres de la grande organisation des Outremangeurs anonymes, dont le groupe principal se situe à Verdun, les Outremangeurs anonymes de Sherbrooke tentent, par l'intermédiaire de douze étapes, telles qu'admettre son impuissance devant la nourriture(6), « de donner à l'outremangeur compulsif l'acceptation inconditionnelle et l'appui mutuel qui se manifestent au sein des groupes, toujours prêts à accueillir les nouveaux. » (Outremangeurs anonymes, dépliant, p.3) Aussi, les individus peuvent se confier sans hésiter aux autres membres, car chez les Outremangeurs anonymes de Sherbrooke, la confidentialité est de mise. Voilà donc l'endroit par excellence pour bénéficier d'un accueil des plus chaleureux et d'une oreille attentive...

Somme toute, la boulimie, malgré le fait que cette maladie soit encore très méconnue, a su s'infiltrer sournoisement dans notre société, particulièrement auprès des adolescentes et des jeunes femmes. Malheureusement, plusieurs d'entre elles retardent indéfiniment leur visite chez un spécialiste, embarrassées d'avouer leurs comportements inhabituels face à la nourriture.

Ainsi, élégantes et souriantes, ces personnes tentent de montrer à tous qu'elles maîtrisent parfaitement leur vie. Mais intérieurement, elles se sentent impuissantes devant ce corps sans cesse plus enrobé que celui des mannequins aux formes anguleuses faisant la une des magazines aux quatre coins du globe.

Il n'appartient alors qu'à nous d'enrayer cette véritable obsession pour la minceur, puisqu'un grand nombre de victimes se fait prendre chaque année, et que de plus en plus de femmes manquent de laisser leur peau pour ce culte qui n'est en fait qu'un mirage malheureusement inaccessible.

 

Références

Apfeldorfer, Gérard (1995), Anorexie, boulimie, obésité, coll. « Dominos », France, Flammarion, 126 p.

Chabrol, Henri (1991), L'anorexie et la boulimie de l'adolescente, coll. « Que sais-je? », Paris, Presses universitaires de France, 125 p.

Clinique Saint-Amour (1997), site Internet http://www.cliniquestamour.com/

De Castilla, Denise et Christiane Bastin (1988), La boulimie : mieux se connaître pour en guérir, Paris, Éditions Robert Laffont, 202 p.

Morin, Luc [s. d.], site Internet http://www.fmsq.org/

Outremangeurs anonymes (1989), dépliant OA n'est pas un groupe de régimes, [s. l.], 6 p.

Sanchez-Cardenas, M. (1990), Le comportement boulimique, Paris, Masson, 111 p.
 
 

Annotations :

1. Dans les pays occidentaux, cette maladie affecte entre 7 et 10 % de la population.

2. Les diurétiques sont des médicaments augmentant la sécrétion urinaire.

3. Il faut ici noter que plusieurs hommes refusent d'avouer leur boulimie, puisque ce trouble alimentaire est davantage considéré comme une « maladie de femme ».

4. Très souvent, en tentant de surmonter ses troubles boulimiques, le patient sombrera dans le piège de l'anorexie, ne sachant plus comment établir une relation saine avec la nourriture.

5. La plupart des boulimies nécessitent au moins deux ans pour guérir, et dans nombre de cas, le traitement de cette maladie est ponctué de plusieurs rechutes, ce qui prolonge considérablement le processus.

6. Les Outremangeurs anonymes se basent sur les mêmes étapes que celles de tous les autres groupes d'aide comme les Alcooliques anonymes, ou encore les Déprimés anonymes.

 

PARENTS  

ENFANTS ET T.C.A.

 

Les troubles du comportement alimentaire touchent également les enfants. Cette partie apportera aux parents quelques informations afin d'être en mesure de déceler les signes de ces maladies.

 

Ci-dessous la liste des rubriques disponibles :

Anorexie chez l'enfant :

Obésité chez l'enfant :

Conseils aux parents :

Détection :

ANOREXIE CHEZ L'ENFANT

 


Les causes déclenchantes sont diverses : maladies infectieuses, intolérances digestives, parasitoses, erreurs de régime, causes psychologiques.
L'anorexie se traduit par une perte de l'appétit, pouvant aller jusqu'au refus total de manger. L'anorexie du nourrisson s'installe généralement entre le quatrième et le sixième mois. On l'appelle "anorexie de sevrage" ou "anorexie d'opposition". Les causes déclenchantes sont diverses : maladies infectieuses, intolérances digestives, parasitoses, erreurs de régime, causes psychologiques.



Symptômes

  • Le nourrisson ne finit pas ses biberons entièrement.
  • Il repousse la tétine du biberon avec sa langue.
  • Il tourne la tête quand on lui présente le biberon ou la petite cuillère.
  • Il recrache ce qu'on lui met dans la bouche.
  • Il est pris de nausées ou de vomissements.



Comment agir ?

  • Consulter le médecin si votre enfant a perdu l'appétit depuis plus d'une semaine, afin d'en déterminer la cause.
  • Bien surveiller sa courbe de poids.
  • Veiller à lui maintenir sur les 24 heures une certaine quantité d'eau sucrée, à défaut de pouvoir lui faire prendre son lait.
  • Allopathie : prescription de stimulants de l'appétit pendant un mois environ.
  • Ne pas s'angoisser dès qu'arrive l'heure des repas.
  • Donner à l'enfant les aliments qu'il préfère.
  • Ne pas lui imposer d'horaires stricts.
  • Ne pas forcer l'enfant à manger.
  • Lui servir de petites quantités d'aliments pour ne pas le décourager, quitte à le resservir ensuite.

°°° Obésité  

CONSEIL NUTRITIONNEL DE L'ENFANT OBESE

 
 

 

Auteur : Dominique-Adèle Cassuto, mai 2001, médecin nutritionniste enfant et adolescent du service de nutrition de l'Hôpital de l'Hôtel-Dieu de Paris.


" Nous considérons que le conseil nutritionnel est une prescription issue d'une consultation personnalisée de nutrition. Un enfant n'est pas un adulte en miniature auquel il suffirait de concocter un régime en réduction.

Il n'y a pas de réponse unique, il n'y a que des situations différentes. Suivant la nature étiologique de l'obésité, son intensité et son ancienneté, le sexe ou l'âge de l'enfant, les difficultés psychologiques, les aléas familiaux etc., on prévoira des stratégies différentes.

L'enquête alimentaire sera toujours couplée avec une estimation de l'activité physique. On essayera d'évaluer les habitudes alimentaires aux repas (en famille et/ou à la cantine, en semaine, le week-end) et en dehors des repas, les quantités ingérées et les habitudes culinaires familiales (culturelles, modes de cuisson, etc) ainsi que l'alimentation des autres membres de la famille. La prescription va être établie lors des consultations suivantes en fonction des paramètres propres à l'enfant cités ci-dessus et du carnet alimentaire.

Une connaissance parfaite des besoins à chaque âge est essentielle. Toujours couplée à une augmentation de l'activité physique et à une lutte contre la sédentarité, cette prescription devra se faire sur des recommandations positives sans diaboliser des aliments, ni faire des listes d'aliments autorisés et d'aliments interdits.

Aidée des erreurs dépistées lors de l'enquête alimentaire elle tendra vers une diminution des lipides et d'une augmentation des glucides, en veillant à ne pas augmenter l'apport énergétique total. En pratique on construira avec l'enfant un programme alimentaire personnalisé pour une journée comportant les aliments qu'il aime et répondant aux critères souhaités. Les programmes concernant à la fois les parents et l'enfant méritent une attention particulière.

 

Les grignotages peuvent jouer un rôle important dans le bilan énergétique total. Chez l'enfant ces troubles sont rarement sous forme de boulimies mais sont souvent sous forme de grignotages « en cachette » si la restriction est trop importante aux repas ou au goûter pouvant entraîner un cercle vicieux de « restriction-desinhibition ». L'attention des parents doit se porter sur les repas pris à la maison, en diversifiant l'alimentation pour contrebalancer les erreurs faites à l'extérieur.

Le premier objectif pour l'enfant obèse est la stabilisation pondérale : grandir sans grossir c'est mincir. Si l'enfant n'arrive pas à se soumettre aux consignes ou si les résultats pondéraux ne sont pas satisfaisants, la reconnaissance et la prise en charge des déterminants psychologiques, des situations conflictuelles sont au coeur du processus thérapeutique et parfois une prise en charge psychologique doit être mise en place. "

 

Pour en savoir plus : http://www.obesite-enfant.com/adotout.htm

 

Conseils aux parents

 

Lorsqu’un trouble alimentaire entre dans une famille, ce sont tous ses membres qui sont touchés. Face à la personne malade, les proches sont envahis par une foule de sentiments : culpabilité, sentiment d’échec, d’incompétence, de colère, d’anxiété, de tristesse et d’impuissance, voire de désespoir…

 

Les parents et les proches sont souvent désemparés, ne sachant plus quelle attitude adopter, et peuvent à leur tour sombrer dans le découragement. Il leur est difficile de comprendre et d’accepter la maladie, qui par ailleurs est encore parfois considérée comme une simple question de volonté. Il en résulte de violentes tensions, en particulier au moment des repas.

 

Il est important de ne pas rester seul face à la maladie d’un proche. Les parents et l’entourage ont eux aussi besoin d’un soutien et d’un accompagnement pour eux-mêmes.

La maladie a tendance à accaparer l’attention et l’énergie de tous. Même si cela peut paraître difficile, il est essentiel que les proches puissent se préserver un espace pour eux-mêmes : prévoir des activités qui leur font plaisir, continuer à voir des amis, …

 

10 conseils de prévention pour les parents :

Une estime de soi solide est certainement le meilleur des antidote aux désordres alimentaires. Et cela s'apprend dès le plus jeune âge! "Sois en forme et en bonne santé", "Amuse-toi", "Sens-toi bien dans ta peau", sont des messages importants, à faire passer régulièrement à vos enfants.

      1. Observez vos attitudes et vos comportements face à votre corps et à celui des autres. Apprenez à vos enfants à accepter les différences physiques (formes corporelles, défaut, handicaps).
      2. Evitez toute attitude qui renforce l'éloge de l'amaigrissement et le dénigrement de l'excès de poids. Ne taquinez pas les enfants sur base de l'apparence... et ne leur faites pas de remarques telles que: "je t'aimerais davantage si tu perdais du poids", "ne mange pas autant, tu vas grossir"...
      3. De quelles vie rêvez-vous pour vos enfants? Insistez-vous beaucoup sur la beauté et la forme physique, surtout pour les filles? Aidez-les plutôt à s'apprécier, quels que soient les modèles véhiculés par les médias.
      4. Ne diabolisez pas certains aliments en les qualifiants de "mauvais", "caloriques", "grossissants". Si vous diversifiez les repas, ils peuvent tous faire partie d'une alimentation équilibrée.
      5. Vous pouvez discuter régulièrement avec vos enfants des dangers des régimes stricts, de l'intérêt de l'exercice physique et de l'importance d'une alimentation diversifiée. N'oubliez pas de donner l'exemple en mangeant de tout (toujours à table!), en bougeant et en vous acceptant telle que vous êtes.
      6. Ne faites pas de chantage à la nourriture: "mange bien pour faire plaisir à maman", " si tu n'es pas sage, tu n'auras pas de dessert", "tu es triste, prends un bonbon". Manger c'est manger, aimer c'est autre chose.
      7. Proposez différentes activités à vos enfants: sport, dessin, musique... Quand on fait ce que l'on aime, on se soucie moins de son poids, de son apparence et de la nourriture.
      8. Faites de votre mieux pour renforcer l'estime et le respect de soi des filles qui vous entourent. Et donnez les mêmes opportunités et encouragement aux garçons qu'aux filles.
      9. Acceptez d'être une "mauvaise mère" de temps en temps. Une trop bonne mère anticipe les désirs de son enfant sans lui laisser le temps de les ressentir. L'enfant risque alors de vouloir tout et tout de suite, sans supporter le manque. Or la frustration est souvent constructive...
      10. Encouragez régulièrement vos enfants et évitez les réprimandes continuelles.

 

 

Quels signes et quand faut-il s'inquiéter ???

 

Lorsque la nourriture devient le centre des préoccupations de la personne, qu’elle devient source de souffrance, qu’elle entrave son quotidien et l’empêche de vivre normalement (refus d’invitations, isolement, obsession), il est urgent de réagir.

 

Une perte de poids ou une prise de poids anormale et rapide, associées à un repli sur soi, un changement d’humeur et de comportement sont quelques signes auxquels il faut être attentif.

 

Les troubles du comportement alimentaire sont des maladies graves : elles peuvent entraîner des conséquences dramatiques au niveau médical, psychique, social, familial et financier.

 

On sait que plus la prise en charge se fait tôt, plus les chances d’une guérison complète et durable sont élevées.

 

En cas de doute, mieux vaut réagir plutôt que d’attendre en espérant que « ça passe ».

 

 

UTILE 

LIENS & CONTACTS

 

Dans cette partie vous trouverez beaucoup de choses utiles : des coordonnées d'associations et de centres spécialisés, un ensemble de liens vers des sites web. Cette rubrique vous permettra je l'espère de trouver le soutien nécessaire auprès de personnes qui sauront se montrer à votre écoute.

 

Ci-dessous la liste des rubriques disponibles :

Associations :

Des associations prêtes à vous apporter le soutien et l'aide nécessaire afin de surmonter ces épreuves (en Europe et au Canada).

Centres :

La liste des centres spécialisés dans la prise en charge des personnes souffrant de T.C.A. dans les pays francophones.

Sites web :

Une liste de sites web traitant des troubles du comportement alimentaire. Notamment, vous trouverez des forum où vous exprimer.

ASSOCIATIONS

 

En France :

PARTAGE ET ECOUTE :

Troubles Alimentaires - Association régie par la loi de 1901, fondée par Vanessa Roszewitch.

Lieu de rencontre : Courbevoie - La Défense (92) - 38 av. de Verdun
un mercredi tous les 15 jours.
Si vous voulez des précisions appelez au 0147803473 ou 0609758362
Email :
enfine@enfine.com
 

 

OA : Outremangeurs Anonymes

Les Outremangeurs Anonymes sont une association de personnes qui souhaitent résoudre leurs troubles du comportement alimentaire.
Questionnaires : Êtes-vous anorexique , boulimique ?
Témoignages d'anorexiques et de boulimiques.
Liste des réunions en Belgique en France et en Suisse.

Téléphone: 01 43 36 22 67 (24h/24)
Courrier :
OA
BP 537
75 666 PARIS CEDEX 14
E-mail:
oafrance@waika9.com
 

La boite de Pandore (Isère) :

L'association, " LA BOITE DE PANDORE " est une association loi 1901 créée le 31 Mars 2003 (limitée au département de l'Isère) qui a pour objet :
- d'accompagner et d'aider les personnes dépendantes aux produits alcool, drogues, médicaments, tabac et souffrant de boulimie et ou d'anorexie, désireuses de se libérer de leurs conduites addictives dans le but de mieux vivre,

- d'accompagner par une démarche d'aide et de soutien, toutes personnes de l'entourage d'un malade, ou toutes personnes se sentant simplement concernés par lesdites dépendances.


SOS Psychologues :

Association loi 1901 créée en août 1989 - association de bénévoles animée par une équipe de spécialistes.

L'association a pour but d'apporter une réponse à toute personne désireuse de surmonter un état de souffrance ou de conflit psychologique ou bien à la recherche d'une réponse d'orientation à un problème personnel en rendant accessible, au public le plus large, les bienfaits de la psychologie et, dans certains cas, de la démarche analytique.

Réunion mensuelle le dernier mercredi de chaque mois à 20h30 au siège de l'association.

84 rue Michel-Ange
75016 Paris
Tél. : 01 47 43 01 12

E-mail: sospsy@sos-psychologue.com
 

 

L'AAPEL :

L'AAPEL a pour vocation d’aider les personnes souffrant du trouble de la personnalité " limite " " état limite " ou " borderline " ainsi que leurs proches.
Les " borderline " sont des personnes adultes sans la moindre déficience intellectuelle mais qui sont émotionnellement perturbées et avec des comportements pouvant parfois sembler enfantins et immatures.
Ils ont une tendance,biologique,à réagir plus intensément que les autres à des niveaux de stress moindres d’une part, et à mettre plus de temps pour se rétablir d’autre part. On parle alors de dérégulation émotionnelle.
 

AAPEL
appt 44 "la scola"
46 rue des stations
59800 LILLE - France

info@aapeI.org - Tél. (vendredi après-midi seulement) : +33(0)6 67 58 08 51
 


Autrement :

Site d'aide et de soutien contre les troubles du comportement alimentaire (TCA) et site d'information pour les professionnels de Santé - animation de différents groupes de soutien pour les malades atteints de TCA.
ASSOCIATION AUTREMENT
16 rue Le Sueur, 75006 Paris
Tél : 01 40 67 72 98 - Fax : 01 42 75 75 18 (permanence téléphonique actuellement tenue par 3 bénévoles, anciens malades)


 

En Belgique :

Infor Anorexie & Boulimie :

 

Infor A&B est un centre d'aide et soutien, d'information et prévention, et d'orientation thérapeutique. Infor A&B s'adresse en premier lieu aux personnes souffrant d'un trouble alimentaire et à leur entourage mais aussi aux professionnels de la santé et à un public le plus large possible. L'équipe active d'Infor A&B est composée de personnes formées à l'écoute, de psychologues et de spécialistes dans le domaine des troubles alimentaires. Toutes les activités d'infor A&B sont conçues et assurées par un personnel qualifié et supervisé.
Numéro d'appel général + fax : 02 / 662 27 88
Courrier :
Infor Anorexie & Boulimie (asbl)
20, Clos du Bergoje
1160 Bruxelles
E-mail:
info@anorexie-boulimie.com

 

 

En Suisse :

Association Boulimie Anorexie, ABA :

Lausanne
Av. Villamont 19
Tél. 329 04 39, fax 329 04 09
SUISSE
 

 

Autres pays européens :

Italie : ABA
via Solferino 14-20121 MILAN Téléphone : (39) 02 29 00 02 26

Allemagne
: AMAD
Ungererstrasse 32-80802 MUNICH 40

Pays Bas : Stiching Anorexia Nervosa
Postbus 67-6880 ABVELP

Grande Bretagne :
Eating Desorders Association
Sackeville Place 44/48, Magdaleenstreet NORWICH, Norfolk NR 3/2 J.E.
Téléphone : (44) 603 62 14 14

 

Au Canada :

Anorexie Nerveuse et Boulimie - ANEB Québec :

 

Association québécoise d'aide aux personnes souffrant d'anorexie nerveuse et de boulimie.
Pour en savoir davantage sur les causes et les traitements des troubles de l'alimentation.
Symptômes de l’anorexie et symptômes de la boulimie (signes comportementaux et psychologiques), conseils pratiques, programme de prévention...
 

 

 

 

Autres points de contacts utiles en France :

 

Inter-Service-Parents :

Tél : 01 44 93 44 93
 

Jeunesse, J'écoute :

Tél : Canada [1-800-668-6868]
 

Fil-santé-Jeunes :

Ce N° gratuit national reçoit les appels des jeunes 7 jours sur 7, de 8h à minuit. Tous les problèmes y sont abordés, des questions de santé aux problèmes relationnels.

Numéro vert : 0800 235 236

Itinéraires Psy :

Association loi 1901 : plusieurs psychologues fournissent par téléphone des conseils pour entreprendre un traitement psychothérapeutique en matière d’obésité. La personne demandeuse laisse ses coordonnées sur un répondeur et est rappelée par un psychologue.
ITINERAIRES PSY, tél. : 01 47 01 27 18

Allegro fortissimo :

25 rue Benjamin Franklin, 75116 Paris, tél. : 01 45 53 98 36
http://www.allegrofortissimo.com

Association Française des chirurgies de l'obésité (AFCO) :

189 Bld Saint Germain, 75007 Paris, tél. : 01 45 49 20 23

Institut Mère-Enfant :

Trouble des conduites alimentaires, annexe pédiatrique, Hôpital sud, BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2

Centre de dépendance alimentaire (CITD) :

Bld de Metz, 59037 Lille cedex, tél. : 03 20 44 59 62

Association d'Aide aux Boulimiques :

151 Rue d'Alésia, 75014 Paris, tél. : 01 45 41 38 49

Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids (GROS) :

Dr Gérard Apfeldorfer, président du GROS - association loi 1901 - 28 rue de Ponthieu, 75008 Paris (adresse e-mail : gros@gros.org )

Groupe d'Etude Français de l'Anorexie et de la Boulimie (GEFAB) :

Boite postale : Maison des Sciences de l'Homme
54, boulevard Raspail
75006 Paris
Tél : 01 45 43 44 75
http://perso.club-internet.fr/dorigram/

 

 

Centres  

 

FRANCE

  • Consultations obésité, hôpitaux (liste non exhaustive) :
    • Hôpital des Enfants, 330 av Grande Bretagne, 31300 Toulouse
    • Service Endocrinologie, Hôpital Beauregard, 57000 Metz, tél. : 03 82 55 89 22
    • Service Médecine interne B, Hôpital Lariboisière, 2 r Ambroise Paré, 75010 Paris
    • Service pédiatrie 2 gastro-entérologie, Hôpital Armand Trousseau, 75012 Paris
    • Service Chirurgie générale et digestive, Hôpital Pitié-Salpetrière, 47 bld Hôpital, 75013 Paris
    • Service Pédiatrie, Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 av Denfert Rochereau, 75014 Paris
    • Services Endocrinologie et Médecine interne, Hôpital Jean Verdier, av 14 Juillet, 93140 Bondy, tél. : 01 48 02 65 80
    • Service Médecine interne 2 rééducation cardiologique, Hôpital Albert Chenevier, 94000 Créteil
    • Service Endocrinologie, Hôpital Henri Mondor, 51 av Mar de Lattre de Tassigny, 94000 Créteil

 

  • Obésité, nutrition, troubles du comportement alimentaire :
    • Les Cadrans Solaires, Avenue du Colonel Meyere, 06140 Vence, Service spécialisé pour les adolescents scolarisés : anorexie, Tél. : 04 93 24 55 00
    • Service Médecine Infantile, Hôpital de Brabois, 5 Rue du Morvan, 54511 Vandoeuvre-les-Nancy cedex
    • Service Endocrinologie et Nutrition, Hôtel-Dieu, 1 Place du Parvis Notre-Dame, 75004 Paris
    • Service Psychiatrie Infantile, Institut Mutualiste Montsouris, 42 Boulevard Jourdan, 75014 Paris : service spécialisé dans l'anorexie des adolescents (13-21 ans), Tél. : 01 56 61 69 19
    • Centre de Boulimie, Hôpital Sainte-Anne, 100 Rue de la Santé, 75014 Paris
    • Service Endocrinologie et Nutrition, Hôpital Bichat, 16-46 Rue Henri Huchard, 75018 Paris
    • Services Endocrinologie et Nutrition, et Pédiatrie générale, Hôpital Robert Debré, 48 Boulevard Serurier, 75019 Paris

 

  • Centres spécialisés obésité juvénile :
    • Centre médical national (MGEN), 01420 Chanay, tél. : 04 50 56 80 00
    • Val Pré-Vert, Saint Laurent, 05460 Abrie, tél. : 04 92 46 88 00
    • Centre hélio-marin (CHM) de Roscoff, Le Laber, 29680 Perharidy, scolarisation pendant le traitement, tél. : 02 98 29 39 27
    • Institut St Pierre 34250 Palavas Les Flots cedex, 04 67 07 75 00, spécialisé traitement obésité juvénile (nourisson, enfants, adolescents)
    • Centre Médical Infantile, 3 rue Prugne, 63540 Romagnat, tél. : 04 73 62 76 00 (réservé aux enfants habitant dans le département)
    • Maison d'enfants diététique et thermale, Le beau séjour, rue de Provence, 65130 Capvern-les-Bains, tél. : 05 62 40 90 90
    • Club Mini-ligne, CHU de Rouen, Service de pédiatrie du Pr Mallet, 1 Rue de Germont, 76000 ROUEN, tél. : 02 32 88 89 90
    • Maison d'enfants Les Oiseaux, 169 av. du Prado, 83110 Sanary-sur-mer, tél. : 04 94 88 51 00
    • Hôpital San Salvadour, 4312 Route Almanarre, 83400 Hyères, tél. : 04 94 38 08 00
    • Centre thérapeutique pédiatrique de la Croix Rouge, 18 rue Roger Salengro, 95580 Margency, scolarisation pendant le traitement, tél. : 01 34 27 42 00

 

CANADA - QUEBEC

Maison de Transition l'Éclaircie

1100 Route de l'Église
Sainte-Foy, Québec
G1V 3V9
Adm: (418) 650-1076
Fax: (418) 650-1297
Courriel:
l.eclaircie@globetrotter.net
Organisme communautaire venant en aide aux personnes vivant un trouble des conduites alimentaires (anorexie, boulimie) ainsi qu'à leurs proches.


Clinique St-Amour

Centre de traitement de l'anorexie nerveuse, la boulimie et autres troubles de l'alimentation.
On y trouve quelques définitions et explications simples ainsi qu'un aperçu des choix thérapeutiques dans ce centre. Fiches sur l'anorexie nerveuse, la boulimie, et la compulsion alimentaire, le programme de traitement des désordres alimentaires, guide sur l'anorexie et la boulimie,...



 

BELGIQUE - SUISSE

Clinique Le Domaine, Belgique

L'Association Le Domaine : Une collaboration concrète entre des centres publics d'aide sociale du Brabant Wallon et l'Université Libre de Bruxelles - Cliniques universitaires de Bruxelles - Hôpital Erasme, pour la gestion d'une institution psychiatrique régionale.
C'est aussi un parc de 3 hectares au coeur du Brabant Wallon à quelques kilomètres de Bruxelles, un service de navettes gratuites journalières vers la gare de Braine-L'Alleud, une cafétéria, un service personnalisé de buanderie lingerie.


Clinique la Ramée

34, avenue de Boetendael
1180 Bruxelles
e-mail :
info@laramee.be 
 

Le SUPEA (Service Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent) à Lausanne (Suisse)

Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent offre aide et soins psychiques aux enfants et adolescents de 0 à 18 ans, ainsi qu’à leur famille.
Son service de garde est joignable en semaine et aux heures de bureau en s’adressant à l’une des consultations ambulatoires générales (021.314.19.53, 021.627.26.15 ou 021.637.26.00)
le reste du temps en appelant la Centrale Téléphonique des Médecins (021.213.77.77)

 

Liens  

 

Sites web généralistes :

Obesite.com

Le site francophone de l'obésité
Quel sport pratiquer ? Se remotiver après plusieurs echecs de perte de poids, Définition de l'obésité. Pourquoi prend-on du poids ? Risques pour la Santé.


Forum TCA news     &      Nouveau Forum TCA

Forum invitant toute personne souffrant de TAC ou de dépression à s'exprimer sur son quotidien.

bio-conseil.com

Thérapeutes et naturopathes en ligne. Service aux Particuliers et Professionnels de Santé.

Le site de Réalité

Un site pour les adolescents avec un espace informatif et de prévention sur l'anorexie et ses dangers.

Doctissimo.fr

Site médical grand public d'informations santé et bien-être : actualités médicales, prévention et explication des maladies, dictionnaire des médicaments, conseils grossesse et préparation accouchement, santé et soins de bébé, conseils nutritionnels pour une alimentation équilibrée, psychologie, informations sur la sexualité et sexologie, tests, quiz, forum.

Jetaide

Jetaide est un portail du Québec qui offre des ressources d'entraide aux gens et aux organismes qui cherchent de l'aide ou qui aident la communauté. Le portail consiste en une banque de nouvelles de la communauté, une banque d'articles, un répertoire d'organismes, un calendrier des évènements, un forum de discussions, des annonces classées communautaires et toutes les ressources qui y sont liées.

Rondinet

Bienvenue sur rondinet ! le site belge des rond(e)s un peu, beaucoup , passionément ou pas du tout !

L'encyclopédie de la psychologie

Qu'est-ce que la psychologie ? qui fait Quoi ? Ou s'adresser. L'annuaire des associations et des psychologues de France.

Phobosphere

Espace de rencontre et d'informations pour les personnes souffrant de troubles anxieux : claustrophobie, agoraphobie, arachnophobie, phobie sociale...

Témoignage de Vittoria sur l'anorexie

Un témoignage poignant de Vittoria qui vous permettra de mieux comprendre ce qu'est l'anorexie.

Antigone-Diaphana

Un forum sur les TCA tenue par Diaphana, enseignante souffrant d'anorexie.

Site de Sophie Poget Markevitch

Gestalt-praticienne, comédienne et ancienne boulimique.

Automutilation

Automutiliation.org est un site qui se veut un espace d'échanges et d'informations pour toutes les personnes concernées par l'automutilation. Ce sujet tabou touche beaucoup de personnes et nous pouvons désormais en parler sans honte et dans le respect de la souffrance de chacun. Ce site est né en décembre 2002 et espère combler un vide dans le web francophone.

 

Quelques liens intéressants :

http://www.chu-rouen.fr/ssf/pathol/boulimie.html

 

http://perso.wanadoo.fr/senon/Documentation/telechargement/2cycle/moduleD/Troubles%20du%20comportement%20alimentaire.pdf

 

http://www.generation.net/~anebque/francais/f-home.html

Association québécoise d'aide aux personnes souffrant d'Anorexie Nerveuse Et de Boulimie

 

http://www.lemangeur-ocha.com/

Un site ressource sur l'alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie. Une nouvelle rubrique sur les enfants, les adolescents et l'éducation alimentaire

 

http://www.nestle-nutrition.fr/

 

http://www.servicevie.com/02Sante/Autres_Sites/autres_sites.html

Quelques références pour le Canada

 

http://www.reseauproteus.net/1000maux/t/troublesalimentation.htm

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

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Holocauste

 
 

  Schindlers_List.mid

 
 
 
 
 
 

 

http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/General/TimeFr.html

http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/orphans/french/themes/holocaust/page1.html

 

http://www.warmuseum.ca/cwm/newspapers/holocaust/holocaust_f.html

http://www.holocauste.online.fr/

 

http://www.g-ligue.com/dgmi/holocauste.htm

http://www.anti-rev.org/textes/Madelin98a/

http://ecjs.stlouis.stemarie.chez.tiscali.fr/holocauste.htm

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Holocauste

http://membres.lycos.fr/holocauste/

http://www.educa.ch/dyn/84759.htm

 

 

 
 
http://www.jewfaq.org/prayer/kaddish.htm
 
   
    
   
 

 
 
 

 

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I WILL FOLLOW HIM

Love him, I love him, I love him
And where he goes I'll follow, I'll follow, I'll follow

I will follow him, follow him wherever he may go
There isn't an ocean too deep
A mountain so high it can keep me away

I must follow him, ever since he touched my hand I knew
That near him I always must be
And nothing can keep him from me
He is my destiny

I love him, I love him, I love him
And where he goes I'll follow, I'll follow, I'll follow
He'll always be my true love, my true love, my true love
From now until forever, forever, forever

I will follow him, follow him wherever he may go
There isn't an ocean too deep
A mountain so high it can keep, keep me away
Away from my love

I love him, I love him, I love him
And where he goes I'll follow, I'll follow, I'll follow
He'll always be my true love, my true love, my true love
From now until forever, forever, forever

I will follow him, follow him wherever he may go
There isn't an ocean too deep
A mountain so high it can keep, keep me away
Away from my love

Do-do do-do-do do-do-do and where he goes
I'll follow, I'll follow, I'll follow
I know I'll always love him
 

 

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MARTIN LUTHER KING  . Cliquez sur la photo, merci.

 

"Il y a cent ans, un grand Américain, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a signé la Proclamation d’Émancipation. Cet arrêté d'une importance capitale venait porter la lumière, comme un phare d'espoir, aux millions d'esclaves Noirs, marqués par les flammes d'une injustice foudroyante, et annonçait l'aube joyeuse qui allait mettre fin à la longue nuit de la captivité. Mais un siècle plus tard, nous devons faire le constat tragique que les Noirs ne sont pas encore libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs reste entravée par la ségrégation et enchaînée par la discrimination." Martin Luther King Jr., extrait du discours du 28 août 1963 sur les marches du Lincoln Memorial, Washington, D.C.
Un siècle d’affirmation dans les textes de "la foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites" (1945). Cependant cet attachement des États-Unis, en tant que nation, aux Droits de l’Homme, ne s’exprime qu’en paroles. Mais la réalité est toute autre.

Après la seconde Guerre mondiale, durant laquelle plus d’un million de Noirs Américains combattent pour les États-Unis,  les mentalités semblent évoluer. La culture afro-américaine est de plus en plus présente dans le pays avec l’essor du jazz, blues, rock, et des comédies musicales. Des noirs américains accèdent à des postes de responsabilité. Mais au bout du compte, rien n’est tellement différent. Discrimination et ségrégation envers la population Noire Américaine restent omniprésentes dans les mentalités.

Mais, le 1e décembre 1955, une afro-américaine Rosa Parks refuse de céder son siège – comme il était d’usage – à un blanc dans un autobus de Montgomery en Alabama. De cet acte, naît et s’affirme un mouvement collectif pour les Droits Civiques dont l’éminent défenseur, Martin Luther King, restera à jamais un symbole universel d’Espoir et de Fraternité.
 

Né le 15 janvier 1929 à Atlanta (Géorgie), Martin Luther King Jr est issu d’une famille de pasteurs baptistes défenseurs des droits civiques. Ainsi, depuis son plus jeune âge, il apprit l’amour de la famille, l’amour chrétien, la ségrégation du temps des lois ‘Jim Crow’, la diligence et la tolérance. Désireux de continuer l’œuvre de son père, il suit des études de théologie à Atlanta, Chester puis à l’université de Boston. Ses études achevées, il épouse Coretta Scott et s’installe à Montgomery (Alabama) où il est nommé pasteur

Le 5 décembre 1955, soit cinq jours après le refus de Rosa Parks d’obéir aux lois ségrégationnistes, Martin Luther King, soutenu par d’autres ecclésiastiques noirs, organisent le boycott de la compagnie de transport. Après 381 jours de mouvement, la Cour Suprême d’Alabama déclare la ségrégation raciale dans les bus anticonstitutionnelle.

Le 28 août 1963, plus de 250 000 manifestants se joignent à sa marche vers Lincoln Memorial à Washington, monument symbole depuis lequel, il prononce son célèbre discours "I Have A Dream" ("J’ai un rêve").

Le vaste ensemble des actions de King ont contribué au vote de la loi de 1964 sur les Droits Civiques, interdisant toute discrimination raciale dans les lieux publics et établissant l’égalité des chances dans l’emploi et l’éducation. En cette même année, le monde entier le célébrait et lui attribuait le prix Nobel de la paix.
 

 

  Martin Luther King s’inspire des principes de persuasion pacifiste du Mahatma Gandhi, son grand maître. Par cette détermination dans le respect de la non-violence comme moyen officiel de résistance, il parvient à éveiller les consciences. Par la pertinence de ses discours, il fait entendre sa volonté de justice et d’espoir.  Toutefois, sa philosophie est de plus en plus controversée. L’unité des Noirs Américains s’effrite, les arrestations se multiplient. Mais il ne cède pas aux pressions et poursuit ses campagnes contre la ségrégation raciale.

Le 4 avril 1969, Martin Luther King est assassiné à Memphis (Tennessee). Il n’avait que 39 ans. Ce "libérateur" a consacré son existence et a sacrifié sa vie pour défendre les Droits de l’Homme. Comme tout sacrifice il ne fut pas vain. Il ne donna que plus de portée à son œuvre et très rapidement toutes les lois de ségrégation furent abolies.
 

 

Depuis 1986, les américains célèbrent, le troisième lundi du mois de janvier, l’anniversaire de Martin Luther King. Il aura fallu 17 ans de négociations et de pétitions afin de rendre légale cette commémoration. En effet, elle représente un pouvoir accordé à sa philosophie et à ses actes. S’il incarne la justice pour certains, il est vivement condamné par d’autres pour ses actes et son appartenance à une ‘minorité ethnique’.  Toutefois, même si cette célébration n’acquit un caractère légal qu’en 1983 avec la signature du Président Ronald Reagan, divers États et communautés ont, depuis son décès, honoré sa mémoire.

Martin Luther King le savait : il faut du temps pour changer les mentalités et faire évoluer notre société. Et le chemin vers le respect du droit fondamental  "Tous les hommes naissent libres et égaux" semble encore long.

"Remember! Celebrate! Act!
A Day On . . . Not A Day Off"
 

Quelques liens :

Sites anglophones
The King Center (US)
MLK Papers Project (US)
Seattle Times : MLK (US)
MLK Life Tribute (US)
MLK Day CNN (US)
MLK Day  (US)
The Nobel Peace Price 1964 (US)
The National Civil Rights Museum (US)
Powerful Days in Black and White (US)
NAACP Online (US)

Sites francophones
MLK Yahoo Encyclopédie (FR)
Martin Luther King (FR)
MLK sa vie, sa lutte (CA)
MLK AfriquePluriel (CH)
Le Web Marron (Martin Luther King) (FR)
MLK Fraternet (FR)
MLK Grandes personnalités mondiales
Hommage à Martin Luther King
MLK Biographies et articles de presses (FR)
J’ai un rêve – traduction française (FR)
MLK Prix Nobel 1964 (CH)
Les Etats Unis de A à Z – MLJ  "J’ai un rêve " (FR)
 

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Puissent les hommes se souvenir qu'ils sont frères !

 


      

  

      

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Puissent les hommes se souvenir qu'ils sont frères !

 

Prière à Dieu

Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s'enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères ! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Traité sur la tolérance (1763), chap. XXIII.

Voltaire

(1694-1778)


 

 
 

     

       

 

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Halte à la violence contre les femmes

Contrôle des armes

Campagne contre la torture

La peine de mort

Les réfugiés ont des droits

Enfants soldats

Justice internationale

Les organes de suivi des traités de l'ONU

 

 

Halte à la violence contre les femmes
La violence contre les femmes représente le plus grand scandale de notre époque en matière de droits humains.
De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont confrontées à la discrimination et à la violence dont se rendent coupables les États, la société ou les familles.
Contrôle des armes
Le commerce des armes est incontrôlé. Le commerce international des armes attise les conflits, la pauvreté et les atteintes aux droits humains. Mais on peut faire quelque chose pour changer ceci. Amnesty International, Oxfam et l'IANSA (RAIAL) lancent un appel en faveur d’une Convention cadre sur les transferts internationaux d’armes ainsi que pour des mesures prises au niveau local en vue de protéger les civils de la violence armée.
Peine de mort
La peine de mort est la pire forme de châtiment cruel, inhumain et dégradant qui soit. Elle constitue une violation du droit à la vie. Ce châtiment qui est irréversible risque d’être infligé à des innocents. De plus, il n’a jamais été démontré qu’il ait un effet plus dissuasif que les autres peines.
Campagne contre la torture
La torture est utilisée dans bien plus de la moitié des pays du monde. La torture n’est ni un acte normal ni une fatalité. Les informations ne manquent pas sur les moyens d’en finir avec la torture; ce qui manque, c’est la volonté politique. La campagne d’Amnesty International vise à exercer des pressions sur ceux qui ont le pouvoir d’éliminer la torture. Aidez-nous à atteindre cet objectif.
Les réfugiés ont des droits
Tous les jours, des personnes décident de quitter leur domicile, leur communauté, leur pays. Certains partent parce qu'ils ont peur. Ils craignent pour leur vie, celles de leurs enfants et des êtres qui leur sont chers. D'autres partent parce que leur situation sociale ou économique les contraints à le faire.
 
Enfants soldats
De par le monde, dans plus de 85 pays, plus d’un demi-million d’enfants âgés de moins de dix-huit ans sont actuellement incorporés dans les forces armées gouvernementales, dans des forces paramilitaires, dans des milices civiles ou dans un grand nombre de groupes armés non gouvernementaux.
Justice internationale
Le XXe siècle fut peut-être le plus meurtrier dans l'histoire de l'humanité. Des millions de gens ont été victimes de génocide, de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre, de torture, d'exécutions extrajudiciaires et de «disparitions». Ces crimes ont été commis dans le monde entier, au cours des conflits internationaux et des guerres civiles mais aussi en temps de «paix».
Les organes de suivi des traités de l'ONU
Ce site s'adresse à la fois aux organisations non gouvernementales (ONG) et aux particuliers. Ils y trouveront l'actualité des activités des organes de suivi des traités de l'ONU, et les informations nécessaires pour participer au travail de ces derniers. Un texte général d'introduction décrit les principales attributions de ces instances : examiner les rapports des États parties et recevoir les communications et plaintes individuelles pour en étudier le bien-fondé. Une autre partie traite du rôle des ONG dans le travail des organes de suivi des traités.
 
 

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